« Il se battait depuis trois ans et demi » : Éric Roy, l’entraîneur de Brest, frappé par la maladie à 58 ans

Éric Roy s’est éteint le 17 juin 2026 à l’âge de 58 ans. L’homme qui avait conduit le Stade Brestois jusqu’en Ligue des champions menait un combat que personne — ou presque — ne soupçonnait. Ses trois enfants ont brisé le silence, et leurs mots disent tout de la force silencieuse d’un père qui n’a jamais lâché.
Éric Roy, un cancer du pancréas gardé secret pendant trois ans et demi
Victoria Rose, Markus et Loëtitia ont annoncé la nouvelle sur les réseaux sociaux. Des mots simples, bruts, sans filtre : « Nous avons la très grande tristesse de vous annoncer le décès de notre papa et mari, Éric Roy. » Derrière cette phrase, trois ans et demi de lutte contre un cancer du pancréas, l’un des plus redoutables qui existent.
Personne dans le grand public ne savait. En août 2025, quand l’entraîneur était apparu crâne rasé et lunettes à larges montures en conférence de presse, il avait simplement lancé : « Vous avez vu le nouveau look. » Un trait d’humour pour esquiver les questions, une pudeur qui le définissait.
Il avait alors justifié ce changement par « un geste de solidarité envers son staff ». En réalité, la maladie était déjà là depuis plus de deux ans. Sur le banc de touche, dans le vestiaire, face aux caméras, Éric Roy portait ce combat seul, sans jamais se plaindre.
Ses enfants le décrivent comme un homme « profondément bienveillant, tendre, droit et honnête ». Un père qui savait « encourager, transmettre, pousser les autres à se dépasser ». Le football n’était pas une fuite : c’était son oxygène. Et cette saison historique avec le football français lui a donné une raison de continuer à se battre.
De l’OL à la Ligue des champions avec Brest : une carrière hors norme
Éric Roy, c’est d’abord un joueur de talent. Passé par l’OGC Nice, l’Olympique Lyonnais, puis l’Olympique de Marseille — 104 matchs, 12 buts entre 1996 et 1999 — il a marqué la Ligue 1 de la fin des années 1990. Reconverti entraîneur, il avait dirigé Nice entre 2010 et 2011 avant un long retrait.
Son retour en 2023 au Stade Brestois 29 a changé l’histoire du club breton. Dès sa première saison complète, il conduit l’équipe à une troisième place en Ligue 1. Du jamais vu pour Brest. Mais le meilleur restait à venir.
La saison 2024-2025 en Ligue des champions restera comme un conte de fées. Victoire contre le Sturm Graz, démonstration 4-0 à Salzbourg, nul arraché face au Bayer Leverkusen, champion d’Allemagne en titre, puis succès à Prague. Brest termine quatrième à mi-parcours de la phase de groupes.
Les Bretons seront finalement éliminés en seizièmes de finale par le Paris Saint-Germain, futur champion d’Europe. Mais personne n’a oublié le parcours. Personne n’a oublié que tout cela s’est fait alors que leur coach luttait en silence contre la maladie. Un exploit sportif doublé d’un exploit humain.

« Il a tenu jusqu’au bout du bout » : le vestiaire de Brest savait
Brendan Chardonnet, capitaine du Stade Brestois, a pris la parole sur RMC. Et ses mots font mal. « C’est compliqué de trouver les mots. On le savait parce qu’on l’avait remarqué sur son visage et sa forme physique sur ces deux derniers mois. »
Le capitaine précise qu’Éric Roy n’en a jamais parlé officiellement au groupe. « Il était très pudique. » Ce n’est que fin mars, début avril, que l’entraîneur avait réuni les cadres pour leur dire que « c’était compliqué pour lui ». Sans s’effondrer. Sans demander de pitié. Juste un aveu mesuré entre hommes qui se respectent.
« Il se battait. Mais il a tenu jusqu’au bout du bout », a conclu Chardonnet, la voix serrée. Le club a publié un message sur X : « Éric, nous n’oublierons jamais tout ce que tu as apporté. Tu resteras à jamais dans nos cœurs et dans l’histoire du Stade Brestois 29. Kenavo King. »
L’Olympique de Marseille a également rendu hommage à son ancien joueur, saluant « un homme passionné, respecté pour son engagement et les valeurs humaines qu’il incarnait ». La famille, elle, a trouvé les mots justes : « Nous savons l’empreinte magnifique qu’il laisse derrière lui. Une empreinte faite de passion, de loyauté, de courage, d’exigence, de respect et d’amour du jeu. »
Éric Roy laisse derrière lui un immense vide et une certitude : on peut être malade, terrassé, diminué, et rester debout devant les autres. À 58 ans, il a prouvé que le courage ne fait pas de bruit. Et le foot français a perdu bien plus qu’un entraîneur — il a perdu un homme rare.
Reste une question qui dépasse le sport : combien de personnes autour de nous mènent un combat invisible, sans jamais en dire un mot ?