Gourcuff, la vérité rétablie 16 ans après le fiasco de Knysna selon Pierre Ménès
2010, Afrique du Sud : le fiasco des Bleus reste gravé dans toutes les mémoires. On a beaucoup parlé du bus, de Domenech, d’Anelka. Beaucoup moins de Yoann Gourcuff, pourtant au cœur d’une tempête silencieuse. Seize ans plus tard, Pierre Ménès affirme savoir ce qui s’est vraiment passé, et il désigne quatre joueurs précis.

Knysna, le scandale qui a tout recouvert
Pour les Bleus, 2010 est une année noire. Éliminés dès la phase de groupes de la Coupe du monde en Afrique du Sud, les joueurs ont aussi refusé de descendre du bus pour s’entraîner, en protestation contre l’éviction de Nicolas Anelka.
Cette image-là a tout avalé. Elle a fait du Mondial 2010 un symbole de naufrage collectif, et laissé dans l’ombre d’autres histoires, plus intimes.
Celle de Yoann Gourcuff, par exemple. Le meneur de jeu breton avait été présenté trop tôt par les médias comme le successeur de Zinedine Zidane. Un étiquetage lourd à porter, surtout dans un vestiaire qui ne lui faisait pas de cadeau.
Selon la source, il aurait connu une profonde fracture avec certains cadres, dont le capitaine de l’époque, Patrice Evra. Une version que Pierre Ménès dit aujourd’hui confirmer. D’ailleurs, la question de ce qui s’est dit dans ce vestiaire revient régulièrement : Evra a promis de révéler la taupe de Knysna dans un documentaire Netflix.
Mais c’est justement ce documentaire qui, d’après Ménès, a oublié l’essentiel. Et ses mots sont sans filtre.
Ménès sort de son silence : « un mec abattu psychologiquement »
Sur sa chaîne YouTube, l’ancien consultant vedette de Canal+, 63 ans, ne mâche pas ses mots. Pour lui, Gourcuff est « l’histoire d’un mec qui s’est fait abattre psychologiquement par des joueurs malsains de l’équipe de France ».
Il reproche au documentaire Netflix de ne rien en montrer. Selon lui, il est « tellement plus facile » de taper sur Domenech et d’absoudre les joueurs. Et il assure ne pas être dupe, car il sait ce qui s’est passé à cette époque.
Autre point : l’image d’un Gourcuff « faible mentalement ». Ménès la balaie. Avec ce qu’il a vécu en Afrique du Sud, dit-il, d’autres seraient devenus très faibles aussi.
Il défend aussi un joueur souvent accusé. On a beaucoup chargé Franck Ribéry, estime-t-il, et ce n’est pas juste : il n’y aurait jamais eu de bagarre entre les deux hommes. L’histoire du joueur est d’ailleurs bien plus marquée qu’on ne l’imagine, comme le montre ce qui est arrivé à Ribéry à l’âge de 2 ans.
Alors qui, dans ce vestiaire, voulait vraiment la peau du Breton ? Ménès n’a pas hésité à donner des noms.
Ceux qui voulaient sa peau, selon lui : Anelka, Abidal, Evra et Malouda. Quatre noms, une accusation lourde, formulée par un seul homme. Reste l’anecdote qui, selon lui, prouve tout.

L’épisode Malouda et la vidéo introuvable
Le récit commence juste avant le premier match, contre l’Uruguay. D’après Ménès, Florent Malouda serait allé voir Raymond Domenech pour lui dire qu’il voulait bien défendre pour Zidane, mais pas pour Gourcuff.
La réaction du sélectionneur, selon lui : la seule qui s’imposait. « Tu ne joues pas. » Un joueur qui ose dire cela ne mérite pas sa place, estime-t-il.
Après le match, c’est Gourcuff qui serait venu trouver Domenech. Il lui aurait dit qu’il ne pouvait pas jouer, parce que les autres le boycottaient. Ménès affirme se souvenir très bien de la scène, car il était alors au centre de formation du centre technique de Clairefontaine.
Domenech aurait répondu que Gourcuff disait des bêtises. Pour le prouver, il aurait demandé au responsable des montages vidéo de produire une séquence montrant que le joueur n’était pas boycotté.
Deux heures plus tard, le monteur serait revenu bredouille. Il n’avait rien à monter : selon lui, « ils ne lui filent jamais la balle ». Voilà, d’après Ménès, la preuve du boycott.
Précision importante : ces affirmations reposent uniquement sur le témoignage du journaliste, et les joueurs cités n’ont pas, dans cette source, donné leur version. Ménès résume enfin le fond du problème : Gourcuff était « la nouvelle star », trop beau, trop bien élevé.
Ce que ces accusations changent, seize ans après
Pour Ménès, la conclusion est amère. Gourcuff aurait été « fracassé par des voyous, qui s’en sortent des années après encore très bien ». Il vise nommément Evra, qui « ose venir donner des leçons au monde entier ».
Ce n’est pas anodin. Le portrait des Bleus de 2010 s’écrit depuis des années à travers les récits des joueurs eux-mêmes, et ce témoignage vient le fissurer. Des histoires de ce genre, entre sport et mémoire collective, continuent d’ailleurs de ressurgir, comme le rapport d’Anelka à la France.
Reste une question : que dira Evra, et que diront les trois autres joueurs mis en cause ? Pour l’instant, rien dans la source ne l’indique. La parole de Ménès, aussi tranchée soit-elle, demeure un point de vue.
Autre réalité : Gourcuff, lui, ne s’est pas exprimé dans cette séquence. Le portrait reste donc celui dressé par un tiers, ce qui invite à la prudence.
Il n’empêche. À l’heure où les anciens Bleus racontent leur version à la télévision, le débat sur les responsabilités de chacun est loin d’être clos. Et l’équipe de France a connu bien d’autres tensions, comme celle où Didier Deschamps a été visé par une sanction décidée par des supporters.
Seize ans après, Knysna ne livre toujours pas tous ses secrets.
La vérité d’un vestiaire se joue rarement dans le bus : elle se joue dans les passes qu’on ne fait pas. Si les histoires de gloire et de chute vous passionnent, ce que Thierry Henry vient de faire de son penthouse new-yorkais vaut le détour. Et pour une autre mémoire d’enfance, le métier que personne n’imaginait pour Mimi-Siku réserve une vraie surprise.