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« Les jours les plus difficiles de ma vie » : la mère du gardien Owono file le rejoindre à Andorre

Publié par Mathieu le 07 Nov 2026 à 11:44
Femme inquiète au volant sur une route au crépuscule

Lundi, un match de deuxième division espagnole bascule dans le drame. Quatre jours plus tard, le gardien d’Andorre, Jesus Owono, traverse ce qu’il décrit comme les jours les plus difficiles de sa vie. Une personne a tout laissé pour le rejoindre : sa mère, après cinq heures et demie de route. Leur histoire commune explique pourquoi ce voyage n’avait rien d’une option.

Un choc en fin de match, un décès au petit matin : ce que l’on sait

Tout se joue lundi, dans les arrêts de jeu d’une rencontre de deuxième division. Le score est de 2-2 quand Jesus Owono, gardien d’Andorre, percute en pleine action le attaquant de Tenerife Jesus de Miguel, 30 ans. Selon le rapport de l’arbitre, le gardien aurait utilisé une « force excessive » en disputant le ballon près de la ligne médiane. Il est expulsé.

Le match est suspendu. Selon la presse britannique, le joueur de Tenerife, victime d’un arrêt cardiaque, aurait été réanimé sur la pelouse par les secouristes avant d’être transporté à l’hôpital. Sa compagne et leur fillette suivaient la rencontre depuis les tribunes.

Mardi, vers 9 h 30, le club annonce son décès, survenu vers 8 heures. Un rapport préliminaire d’autopsie évoque un « traumatisme thoracique accidentel », d’autres analyses restant en attente. Un détail ressort : en rejoignant les vestiaires, Owono se serait retourné et serait revenu vers le joueur blessé, en réalisant la gravité de la situation.

Un geste qui éclaire son état d’esprit. Ce n’est pas le seul point que le verdict de la justice espagnole dans l’affaire Diogo Jota rappelle : le football n’est jamais à l’abri d’une tragédie. Mais qui entoure le gardien aujourd’hui ?

Cinq heures et demie de route et un lien né à huit ans

Pour comprendre la scène, il faut remonter à l’enfance. Jesus Owono est l’aîné de six frères et sœurs, né en Guinée équatoriale. Sa mère, Maria del Carmen Owono Mangue, avait émigré en Espagne pour travailler et subvenir aux besoins des siens. Pendant ce temps, une tante accueillait le garçon chez elle.

À huit ans, il rejoint sa mère à San Sebastian, au Pays basque. Il a résumé lui-même ce voyage : « Je suis venu poursuivre un rêve, pas celui de jouer au football, mais celui d’être avec ma mère. » Une phrase qui prend aujourd’hui un poids particulier.

Un proche du gardien confie, selon la presse britannique, que Maria del Carmen est « l’une des personnes les plus importantes, sinon la plus importante » de sa vie. Elle l’aurait aidé à s’intégrer dans un pays inconnu et soutenu à chaque étape de sa route vers le professionnalisme. Séparés si tôt, ils seraient restés inséparables depuis.

Dans une ancienne interview, alors qu’il avait 20 ans, elle disait : « Se réveiller le matin et voir son enfant faire ce qu’il aime le plus est la plus grande joie d’une mère. » Cette phrase résonne différemment aujourd’hui. Quand elle a appris la mort de Jesus de Miguel, elle a pris la route pour Andorre, où son fils de 25 ans joue désormais.

Un de ses fils est venu le confirmer depuis le domicile familial : « Nous sommes tous très affectés. Ma mère est partie retrouver Jesus parce qu’il souffre. » Mais ce n’est pas la seule main tendue.

Une lettre, des supporters et un message qui refuse la haine

Gants de gardien et lettre pliée dans une tribune vide

Après la parole des secouristes, souvent restés dans l’ombre, c’est celle des supporters qui compte ici. Des coéquipiers d’Andorra et des membres du groupe de supporters du club sont venus voir le gardien pour lui remettre une lettre d’encouragement. Owono a par ailleurs fermé ses comptes sur les réseaux sociaux.

Le texte l’appelle leur « Spiderman », « sa joie », « une personne avec des sentiments et un fort lien familial ». Les supporters écrivent : « Vous n’êtes pas seul. Vous avez votre famille, vos amis, vos coéquipiers, le staff et tout le club à vos côtés. »

Le passage le plus fort est un rejet net : ils disent condamner catégoriquement les insultes, les menaces et les jugements reçus ces derniers jours. « Un accident ne définit pas une personne », martèlent-ils. Et d’ajouter : derrière le footballeur, il y a un homme avec des sentiments et une famille qui souffre aussi.

La lettre promet qu’à son retour sur la pelouse, une tribune sera là pour l’encourager « comme toujours ». Elle précise qu’il n’a rien à prouver à personne et que l’essentiel est sa guérison.

De son côté, Owono avait publié mercredi, via son club, un message sobre : « Ce sont les jours les plus difficiles de ma vie. » Il y exprime sa « douleur immense », pense à la famille du joueur disparu et ajoute qu’il affrontera « avec le plus grand respect » ce qui viendra.

Ce qui attend maintenant les deux familles

Du côté de l’attaquant, la tristesse s’organise. Les obsèques ont eu lieu jeudi à Navahermosa, petite ville située à environ 130 kilomètres au sud-ouest de Madrid, d’où viennent ses parents. Ses coéquipiers y sont allés, et le monde du football a multiplié les hommages. Son père, qui regardait le match dans un bar de sa ville, l’avait vu s’effondrer à l’écran.

Sur le plan sportif et judiciaire, rien n’est tranché. Owono s’expose à une longue suspension et la police de Tenerife a confirmé que la brigade des homicides examine l’hypothèse d’un homicide involontaire. Aucune charge n’est à ce stade retenue, et la présomption d’innocence s’applique.

Plusieurs juristes doutent d’ailleurs qu’une poursuite puisse aboutir, car le contact est survenu en plein jeu. Les résultats complets de l’autopsie sont, eux, toujours attendus. Autre épreuve possible : celle du retour sur le terrain, que les supporters promettent d’accompagner, un peu comme une équipe qui s’accroche quand tout semble perdu.

Reste ce que personne ne mesure : le temps qu’il faudra à un joueur pour surmonter un tel poids. Entouré de sa mère, de ses proches et d’un club qui le soutient, il avance pas à pas, loin d’une tempête de colère en ligne qui ne lui apporte rien.

Ce drame de deuxième division a laissé deux familles en deuil, chacune à sa façon. Le premier geste de réconfort, pour Owono, aura été celui d’une mère.

Et à propos de familles qui se retrouvent ou se déchirent, l’histoire de ce footballeur abandonné bébé dont les parents reviennent frapper à la porte prend un tout autre relief.

Et si vous cherchez une histoire qui laisse sans voix, ce que les parents d’un garçon de 4 ans ont repéré dès ses premiers mois vaut le détour.

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