HYROX : l’athlète qui avait provoqué l’indignation en continuant la course après un accident intestinal s’impose à son retour, après des excuses et des révélations sur des violences « traumatisantes »

Un mois plus tôt, son nom faisait le tour des réseaux pour une course que personne n’oubliera. Joanna Wietrzyk, athlète australienne de HYROX, avait continué à courir malgré un grave incident corporel à Pékin. Elle a ensuite été huée, menacée, puis a fini par présenter ses excuses. Et la voilà de retour, sur la ligne de départ à Hambourg, avec un résultat que peu attendaient.
Pékin : la course qui a embrasé les réseaux sociaux
Tout commence lors d’une épreuve HYROX à Pékin. Joanna Wietrzyk, 24 ans, spécialiste d’endurance venue d’Australie, est en pleine course quand elle est victime d’une incontinence intestinale. Selon ses propres mots rapportés par la BBC, tout se serait déclenché brutalement, vers la moitié de l’épreuve.
Elle ne s’arrête pas. Des images de l’athlète, qui poursuit l’effort malgré son état et utilise le matériel partagé avec les autres concurrents, deviennent virales. La polémique est immédiate, et mondiale.
Elle remporte l’épreuve, mais perd les points. Les organisateurs, eux, présentent leurs excuses. Il faut dire que le principe de HYROX, qui enchaîne huit kilomètres de course et huit ateliers, implique de manipuler les mêmes équipements que les autres.
Sur place, d’autres concurrents ont soulevé des inquiétudes : hygiène, risque de contamination, rapidité de la réaction. Pour les participants, la question n’était plus seulement sportive. Elle était sanitaire, et ce n’est pas la seule que posait l’affaire. En une autre course disputée en Chine, un incident corporel en plein effort avait aussi fait réagir, mais l’issue n’avait rien à voir.
Reste une question : que s’est-il passé dans la tête d’une athlète pour continuer ?
« Go hard or go home » : le post qui a aggravé la tempête
La première réaction de Joanna Wietrzyk n’a pas aidé. Après la course, elle a publié sur Instagram un message contenant les mots « Go hard or go home » et « a win is a win ». Le texte, aujourd’hui supprimé, a été perçu comme une provocation.
Elle a d’abord maintenu qu’elle avait eu raison de poursuivre, avant de présenter ses excuses cette semaine seulement. Interrogée par la BBC, elle explique avoir été en « mode combat ou fuite » pendant qu’elle cherchait des soins à l’hôpital. Elle dit ne pas avoir mesuré comment le public verrait la scène.
Ses excuses ont-elles été sincères ou calculées ? La journaliste a posé la question. Elle a répondu qu’elle ne s’attendait pas à une telle exposition et qu’elle avait eu besoin de quelques jours pour réfléchir et encaisser.
Le contrecoup a été violent. Elle parle d’un retour de bâton « traumatisant », avec des attaques personnelles. Après la diffusion de son identité en ligne, HYROX a prévenu que toute personne qui enverrait des insultes ou des menaces serait bannie des futures épreuves. Même une sportive refoulée d’un vol à cause de sa tenue n’avait pas suscité une telle vague.
Mais l’athlète a fini par dire quelque chose de plus important, et il vaut mieux l’écouter jusqu’au bout.

Ce que Joanna Wietrzyk reconnaît enfin, et ce que dit son coach
Dans l’univers des sportifs de haut niveau, l’obsession de la performance est un moteur. Joanna Wietrzyk l’admet : sur le moment, en tant que compétitrice d’élite, sa seule idée était de courir. Elle concède avoir mis d’autres personnes en danger et reconnaît avoir pris la mauvaise décision.
Elle n’accepte pourtant pas l’ampleur du déferlement. « À la fin, je ne suis qu’un être humain », a-t-elle dit à la BBC, estimant ne pas mériter un tel examen en ligne. Elle décrit des athlètes obsédés par la victoire, qui veulent montrer leur forme au monde.
Son entraîneur, Chris Bayens, l’a défendue sur Instagram. Selon lui, les décisions ont été prises « en conditions de compétition » par une athlète, des juges et des officiels, face à une situation qu’aucun n’aurait pu raisonnablement anticiper. Il ajoute qu’il est facile de construire la réponse parfaite une fois le moment passé.
Il reconnaît toutefois que ces choix peuvent être examinés. Sa ligne est claire : la discussion est légitime, la haine et les attaques personnelles ne le sont pas. C’est ce qu’il appelle un moment « imparfait et profondément humain ».
Et la réponse à la question que tout le monde se posait est tombée à Hambourg.
Hambourg : victoire, nervosité et une phrase qui change la perspective
Vendredi, Joanna Wietrzyk a pris le départ de la première épreuve de la nouvelle saison, à Hambourg. Elle l’a remportée. Avant la course, elle avouait être « nerveuse » mais aussi « super excitée » de retrouver le terrain qu’elle aime.
Son espoir était simple : que cet épisode ne la définisse pas. « Je ne veux pas que ça devienne mon identité », a-t-elle confié. Elle ajoute, après quelques semaines de recul, qu’il y a « plus dans la vie que courir et gagner ».
Côté organisation, HYROX affirme avoir isolé les couloirs touchés, retiré le matériel contaminé, puis nettoyé et remplacé la moquette pendant la nuit avant la reprise. HYROX Chine aurait aussi remboursé les frais d’inscription de certains concurrents.
Reste à savoir si les athlètes accepteront ce retour sans arrière-pensée. Et pour le public, à qui revient désormais le dernier mot ?
La saison 2026-27 s’annonce sous haute surveillance
Créé en 2017 en Allemagne, HYROX est devenu un circuit mondial. La saison 2026-27 doit passer par Londres, Bangkok, Las Vegas et Lyon après l’ouverture de Hambourg. Autant d’étapes où la réaction des participants et du public sera scrutée.
Pour les concurrents, le sujet est concret : hygiène du matériel partagé, rapidité d’intervention des juges, protocole en cas d’incident. Ces questions ont été soulevées par certains athlètes après Pékin. La réponse de HYROX, qui évoque l’isolement des couloirs et le nettoyage nocturne, devra être mise à l’épreuve lors des prochaines étapes.
Pour les amateurs, ce type de format polyvalent séduit parce qu’il mêle course et force. Si vous voulez vous y mettre, un banc de musculation à moins de 80 € peut déjà préparer le terrain à la maison. Et pour varier, la discipline qui séduit Léa Salamé à 47 ans offre une approche plus douce.
Quant à Joanna Wietrzyk, elle a retrouvé le podium. Il lui reste à regagner autre chose.
À Hambourg, Joanna Wietrzyk a gagné la course, mais le plus dur reste de faire oublier Pékin. Et si l’on parlait de projets qui paraissent fous ? Ce navire de 1,8 km censé accueillir 80 000 personnes fait rêver depuis trente ans. Quant aux grands ratés, ces semi-remorques de cartouches enterrées dans le désert racontent un autre scandale, bien enfoui.