« Perdre contre un mec de 50 ans, c’est humiliant » : Slater, 54 ans, humilie Medina à Tahiti

À Teahupoo, une légende ne prend jamais vraiment sa retraite. Lundi, lors des 16es de finale de la Tahiti Pro, Kelly Slater a surclassé Gabriel Medina, l’un des meilleurs surfeurs actuels du circuit. À 54 ans, l’Américain a livré à L’Équipe une confession rare sur ce que signifie encore compétir à son âge, entre paternité et instinct pur. Sa réponse cinglante sur l’« humiliation » de perdre contre lui vaut le détour.
Un come-back qui n’a rien d’une nostalgie de canapé
Retraité du circuit mondial depuis deux ans, Kelly Slater n’a pourtant rien perdu de sa lecture des vagues de Teahupoo, ce spot tahitien réputé pour sa dangerosité et sa précision technique. Le onze fois champion du monde a expliqué à quel point sa vie a changé depuis qu’il est redevenu père, en août 2024, avec la naissance de son fils Koa. « Je dois penser à plein de choses : quand mon enfant va se coucher, comment il se réveille, ce qu’il mange », confie-t-il, loin de l’image du sportif obsédé par la performance permanente.
Ce changement de priorités ne l’empêche pas de retrouver ses repères en un claquement de doigts dès qu’il enfile sa combinaison. Comme un rituel presque cérémonial, à l’image de certaines traditions sportives insolites qui traversent les générations sans perdre leur intensité. « Il faut que je trouve une autre façon de concourir », admet-il, conscient que la répétition des compétitions hebdomadaires n’est plus son quotidien. Il doit désormais miser sur l’instinct plutôt que sur l’automatisme.
Ce retour ponctuel illustre aussi une trajectoire rare dans le sport de haut niveau, où l’âge finit souvent par dicter la sortie. Comme d’autres champions qui ont su prolonger leur carrière contre toute attente, à l’image du parcours atypique évoqué dans certaines reconversions sportives spectaculaires, Slater refuse le récit du has-been qui s’accroche.
La victoire face à Medina, entre revanche et lucidité
Le duel contre Gabriel Medina avait une saveur particulière. Les deux hommes s’étaient déjà affrontés en finale de cette même épreuve en 2014, avec une victoire du Brésilien qui avait laissé à Slater un goût « d’amertume et de frustration ». Onze ans plus tard, la donne a changé : Medina avait 42 ans à battre à l’époque, il en affrontait un de 54 cette fois.
« Perdre contre un mec de cinquante ans, c’est un peu humiliant », lance Slater avec une pointe d’ironie assumée, avant de nuancer immédiatement son propos. Il refuse de s’attribuer tout le mérite psychologique de la confrontation : « Je pense qu’elle était surtout sur ses épaules : c’est lui qui chasse des titres mondiaux. » Une manière de rappeler que la pression, à ce niveau, ne se mesure pas qu’en années.
Slater insiste sur un point qui distingue son cas de celui d’un simple vétéran nostalgique : « Je ne suis pas le quinquagénaire qui débarque de son canapé, je surfe tous les jours et je fais de la compétition depuis 45 ans. » Cette longévité, comparable à celle de figures historiques qui ont marqué leur discipline sur plusieurs décennies, comme le rappelle cette page d’histoire liée à des exploits improbables, alimente son statut à part sur le circuit. Même les figures les plus célébrées du surf mondial, à l’image de ce que l’on retrouve dans l’univers des sportifs qui font vibrer leur discipline, peinent à égaler cette régularité.

Le rêve secret de Slater pour cette édition 2026
Derrière la lucidité affichée, Slater ne cache pas une ambition précise pour cette Tahiti Pro. La dernière fois qu’il a soulevé le trophée sur ce spot légendaire, c’était en 2016, il y a dix ans, après un score parfait de 20 sur 20 face à Keanu Asing. Un souvenir qu’il évoque avec une précision presque chirurgicale, preuve que la mémoire compétitive ne s’efface jamais vraiment, un peu comme ces épisodes marquants qui restent gravés malgré le temps qui passe.
Son prochain adversaire sera Jack Robinson, médaillé d’argent aux Jeux olympiques de Paris et considéré comme l’un des meilleurs spécialistes historiques de Teahupoo. Slater ne s’en cache pas : « Mon scénario de rêve, ce serait de passer contre Jack et de me retrouver en finale face à Kauli (Vaast) pour le battre et prendre l’or. » Une déclaration d’intention qui tranche avec le discours mesuré du reste de son interview.
Mais au-delà du résultat sportif, c’est une autre chose que Slater dit chercher avant tout : cette montée d’adrénaline si particulière, ce moment où « tu fais un truc bien et où tu sens que le public est avec toi ». Il l’affirme sans détour : la compétition en elle-même ne lui manque pas vraiment. Ce sont ces instants suspendus, uniques, que rien ne peut remplacer selon lui.
Un come-back éclair, une revanche savourée et un rêve encore permis : à 54 ans, Kelly Slater prouve que la légende n’a pas de date d’expiration à Teahupoo. Reste à savoir s’il tiendra face à Jack Robinson pour transformer son scénario en réalité.