Il célèbre sa victoire à un mètre de l’arrivée, chute… et franchit la ligne sur les fesses

Dans le cyclisme, les arrivées au sprint réservent parfois des scénarios qu’aucun scénariste n’oserait écrire. Dimanche, sur le GP Gippingen en Suisse, un jeune coureur belge a offert au peloton l’image la plus cocasse de la saison. Sa célébration prématurée a failli tout gâcher — mais le bitume, pour une fois, s’est montré clément.
Liam Slock, 25 ans et un premier bouquet qui tourne à la farce
Le GP Gippingen est une classique suisse exigeante, taillée pour les puncheurs capables de résister aux bosses helvétiques. Liam Slock, coureur de 25 ans évoluant chez Lotto-Intermarché, s’y est présenté dimanche avec l’ambition de décrocher sa toute première victoire professionnelle.
L’échappée du jour réunissait des noms qui donnent le tournis. Aleksandr Vlasov, le grimpeur russe de Red Bull-Bora-Hansgrohe, et Richard Carapaz, champion olympique sous les couleurs d’EF Education-Easy Post, faisaient partie du groupe de tête.
Au sprint, Slock a montré qu’il avait les jambes. Il a devancé ses deux compagnons d’échappée avec une pointe de vitesse franche. La ligne était là, à portée de roue. Et c’est précisément à cet instant que tout a basculé.
Le Belge, envahi par l’euphorie, a posé ses deux mains sur son casque pour célébrer. Un geste de joie classique dans le peloton, mais réalisé un mètre trop tôt. Sa roue avant a chassé instantanément, et le coureur s’est retrouvé au sol en une fraction de seconde. Dans le monde du cyclisme professionnel, une telle erreur se paie généralement au prix fort.
Une glissade sur le bitume qui lui sauve la mise
Ce qui s’est passé ensuite tient du miracle géométrique. En s’écroulant, Slock a glissé dans la bonne direction. Son corps a continué sur sa lancée, pieds hors des cales, vélo couché, roues parallèles à la route. Il a franchi la ligne d’arrivée allongé sur le bitume, dans la posture la moins académique qu’un vainqueur ait jamais adoptée.
Vlasov et Carapaz, lancés dans son sillage, ont passé la ligne pratiquement dans le même temps. Aucun des deux ne s’est douté sur le moment qu’il aurait pu chiper la victoire au Belge. Il a fallu plusieurs minutes aux commissaires pour éplucher les images et confirmer le verdict.
L’organisation a finalement déclaré Slock vainqueur. La photo-finish a montré que son élan l’avait porté au-delà de la ligne avant que ses rivaux ne la franchissent. Une marge infime, probablement quelques centimètres, entre le triomphe et un immense regret.
Le puncheur belge a donc ouvert son comptoir professionnel d’une manière qu’il n’oubliera jamais. Sur les fesses, littéralement. Les images de sa glissade ont aussitôt fait le tour des réseaux sociaux, oscillant entre éclats de rire et soulagement pour le coureur, sorti indemne de sa mésaventure spectaculaire.

Alaphilippe cinquième : les autres enseignements du GP Gippingen
La chute de Slock a éclipsé un autre fait notable de cette journée suisse. Le peloton professionnel a vu Julian Alaphilippe signer sa meilleure performance de la saison avec une cinquième place. Le Français de l’équipe Tudor, en quête de résultats depuis des mois, a montré des signes encourageants sur ce terrain vallonné.
Derrière le trio de tête, Thibau Nys (Lidl-Trek) a pris la quatrième place, confirmant la montée en puissance du jeune Belge polyvalent. Un classement final qui mêlait donc talents confirmés et espoirs du peloton, sur une course qui restera surtout dans les mémoires pour sa conclusion surréaliste.
Pour Slock, cette victoire acquise dans des circonstances aussi improbables pourrait bien devenir un moment marquant de sa jeune carrière. Le genre d’anecdote que l’on raconte encore vingt ans plus tard dans les pelotons.
On retiendra la leçon, simple et universelle : ne jamais célébrer avant d’avoir réellement franchi la ligne. Le cyclisme l’enseigne à chaque génération, et Liam Slock vient d’en fournir la démonstration la plus spectaculaire — et la plus chanceuse — de l’année 2025.
Première victoire pro, premier buzz planétaire, et une glissade qui restera dans les annales du sprint. Slock a prouvé malgré lui qu’en cyclisme, la frontière entre le ridicule et la gloire tient parfois à quelques centimètres de bitume. La prochaine fois, il attendra peut-être d’avoir passé la ligne pour lâcher le guidon — ou pas.