La sentence tombe sur Pogačar

La nouvelle a jeté un froid sur le peloton. Tadej Pogačar a dû abandonner la Vuelta après une lourde chute, et l’opération subie ce mardi selon El Periodico a été plus compliquée que prévu. Reste une question qui obsède les suiveurs du cyclisme : le Slovène sera-t-il sur la ligne de départ des Championnats du monde, le 27 septembre à Montréal ? Un homme d’expérience a tranché, sans détour.
Une chute qui rebat les cartes de la fin de saison
Personne n’imaginait un tel scénario quelques semaines avant les Mondiaux. Tadej Pogačar, quintuple vainqueur du Tour de France, s’est retrouvé sur le carreau après une chute sur la Vuelta, contraint à l’abandon dans des circonstances qui rappellent d’autres drames de la route ayant marqué le peloton ces dernières saisons, à l’image de l’accident survenu dans l’Alpe d’Huez.
L’opération, jugée délicate, a immédiatement fait naître des doutes sur sa capacité à rejoindre le Canada en forme. Le calendrier ne joue pas en sa faveur : les Championnats du monde se courent dans un peu plus de trois semaines, sur un parcours réputé exigeant. Dans un sport où chaque abandon de star relance les spéculations, comme on l’a vu avec celui de Jonas Vingegaard sur le Tour de France, les regards se sont tournés vers les consultants pour comprendre l’ampleur réelle du problème.
Le verdict sans appel de Cyrille Guimard
Cyrille Guimard, ancien directeur sportif de Bernard Hinault et Laurent Fignon, n’a pas mâché ses mots. Interrogé sur une possible présence de Pogačar à Montréal, il balaie l’optimisme ambiant : « Je n’ai pas la science infuse, mais j’ai un petit peu d’expérience et de vécu. »
Son constat est chirurgical. « Le championnat du monde, c’est dans trois semaines et demie. Je ne vois pas comment il peut être compétitif au Canada sur un parcours qui est, en plus, exigeant », explique-t-il. Selon lui, une coupure forcée d’une douzaine ou d’une quinzaine de jours sans activité physique rend toute reprise compétitive illusoire, un raisonnement qui rappelle les prudences affichées récemment autour de l’état de forme de Julian Alaphilippe par Marion Rousse.
Guimard n’exclut cependant pas un retour plus tardif dans la saison. « On peut le revoir autour du Tour de Lombardie. Ça ne me pose pas de problème de le revoir sur la fin de saison, mais pas aux championnats du monde », précise-t-il, fermant la porte au Canada tout en laissant entrevoir une fin d’année normale.

Pourquoi cette chute ne devrait pas freiner sa domination
Voilà la partie la plus rassurante du diagnostic de Guimard sur l’avenir du Slovène : contrairement à d’autres champions victimes d’accidents graves, Pogačar n’aurait aucune séquelle physique durable. « Je pense qu’on va le retrouver à son meilleur niveau parce qu’il n’a pas de blessures qui peuvent l’handicaper », assure le consultant.
Il relativise même la gravité de l’épisode avec une pointe d’ironie sur les tracas habituels du métier. « Une clavicule, j’ai presque envie de dire qu’un coureur qui finit sa carrière aujourd’hui a pratiquement deux clavicules et un scaphoïde ! » lance-t-il, histoire de remettre les choses en perspective face à des blessures bien plus lourdes vécues par d’autres, à l’image de son futur rival Paul Seixas.
Le comparatif est cinglant. Pour Guimard, cette chute n’aura « pas d’impact sur son niveau de performance », contrairement à ce qu’ont vécu Remco Evenepoel, Jonas Vingegaard ou Wout van Aert. « J’ai l’impression qu’à aucun moment ils n’ont retrouvé 100% de leur potentiel, parce que les blessures étaient graves », souligne-t-il, plaçant Pogačar dans une catégorie à part : celle des chanceux du peloton.
Les Mondiaux de Montréal se joueront donc sans lui. Mais si Cyrille Guimard voit juste, la parenthèse ne sera que de quelques semaines avant que Tadej Pogačar ne retrouve les sommets. Reste à savoir si le Tour de Lombardie suffira à rassurer totalement ses fans avant l’hiver.