Il a inventé l’émission culte de France Télévisions en 1987 : François Gall s’éteint à 103 ans

Chaque semaine, des millions de téléspectateurs embarquent à bord de trains mythiques sans connaître l’homme qui a tout lancé. François Gall, journaliste, romancier et réalisateur, vient de s’éteindre à l’âge de 103 ans. Derrière lui, un concept télévisuel unique né en 1987 et toujours diffusé sur le service public, un hommage rare pour une émission française.
François Gall, un siècle de passion entre voyages et télévision
La nouvelle est tombée un samedi, mais ce n’est que mardi que sa famille a publié l’annonce dans le carnet du Figaro. François Gall n’était pas un visage connu du grand public. Son nom, pourtant, résonne dans l’histoire de la télévision française depuis près de quatre décennies.
Avant de créer le programme qui allait le rendre célèbre, cet amoureux de voyages avait d’abord embrassé le journalisme. Dans les années 1970, il produisait « À bout portant », une émission de portraits et d’entretiens avec les vedettes de l’époque. Proche du couple présidentiel Georges et Claude Pompidou, il évoluait dans les cercles les plus influents de la France d’après-guerre.
Romancier aussi, aux côtés de son frère Jacques Gall, il n’a jamais cessé de multiplier les casquettes. Mais c’est un wagon, un rail et une caméra qui allaient changer la donne. En 1987, avec Bernard d’Abrigeon, il imagine un concept inédit : filmer le monde à travers ses lignes ferroviaires. C’était la naissance de quelque chose de rare à la télévision, un programme qui traverse les époques sans prendre une ride.
Le Transsibérien, l’Orient-Express, les trains du Japon, de l’Australie, du Congo ou du Canada : chaque épisode devenait une plongée culturelle totale. Un documentaire de voyage doublé d’une aventure humaine, porté par une voix unique que les téléspectateurs reconnaissaient au premier mot.
« Des trains pas comme les autres » : le programme que France Télévisions ne veut pas lâcher
France Télévisions n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué empreint de « grande tristesse », le groupe public a salué « un programme emblématique du service public, au succès toujours renouvelé depuis sa création en 1987 ». Peu d’émissions peuvent se targuer d’un tel bilan : bientôt quarante ans de diffusion, sans interruption majeure.
Le secret de cette longévité tient en partie à la capacité du format à se réinventer. En 2011, le concept a été repris par Philippe Gougler, qui a apporté sa propre personnalité à l’écran. Là où François Gall guidait le téléspectateur par la seule force de sa narration, Gougler s’est imposé comme un visage familier du service public.
Cet été, Gougler entame sa 16e saison. Sur Facebook, il a rendu un hommage appuyé au fondateur : « À l’époque, il n’y avait pas de présentateur à l’écran, mais sa voix si particulière, ce ton bien à lui qui nous emmenait très loin. » Des mots simples, qui disent beaucoup sur l’empreinte laissée par Gall dans le paysage audiovisuel.
Car c’est bien là que réside l’héritage : avoir prouvé qu’un documentaire pouvait être populaire sans sacrifier l’exigence. Pas de sensationnalisme, pas de mise en scène artificielle. Juste des rails, des paysages et des histoires humaines captées au fil des gares du monde entier.

103 ans, un héritage rare et un modèle télévisuel qui survit à son créateur
Perdre une figure du petit écran n’est jamais anodin. Mais le cas de François Gall est singulier : l’homme a vécu assez longtemps pour voir son œuvre lui survivre, se transformer, conquérir de nouvelles générations. Combien de créateurs de télévision peuvent en dire autant ?
À 103 ans, il avait traversé un siècle entier de bouleversements médiatiques. De la télévision en noir et blanc aux plateformes de streaming, son émission a tenu bon. Elle reste aujourd’hui l’un des rendez-vous documentaires les plus regardés de France Télévisions, preuve que le format ferroviaire possède une universalité que peu de concepts télévisuels atteignent.
Son parcours rappelle aussi une époque où un journaliste pouvait être à la fois reporter, producteur, romancier et ami d’un président de la République. Un temps révolu, peut-être. Mais un modèle qui continue d’inspirer ceux qui croient encore à la télévision de service public, celle qui prend le temps de raconter le monde sans le compresser en stories de quinze secondes.
François Gall a inventé un genre télévisuel à lui seul : le voyage ferroviaire comme fenêtre sur l’humanité. Trente-huit ans après le premier épisode, « Des trains pas comme les autres » roule toujours. Reste une question : qui, aujourd’hui, serait capable de créer une émission encore diffusée en 2063 ?