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Sandra, 44 ans, est mariée au tramway 3013 de Strasbourg

Publié par Elsa Fanjul le 08 Avr 2026 à 7:07

À Strasbourg, Sandra Rahm vit une histoire d’amour pas comme les autres. À 44 ans, elle affirme être mariée — spirituellement — à une rame de tramway. Le numéro 3013, précisément. Son témoignage, relayé par les Dernières Nouvelles d’Alsace sur TikTok, a récolté plus de 180 000 « j’aime » et provoqué autant de fascination que d’incompréhension.

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Sandra Rahm devant le tramway 3013 à Strasbourg

Un roman d’amour devenu réalité pendant le confinement

L’histoire débute en 2020, en plein confinement. Comme beaucoup de Français, Sandra cherche un exutoire créatif. Grande passionnée de tramways depuis toujours, elle se lance dans l’écriture d’un roman dont l’intrigue tourne autour d’un conducteur fictif et du monde ferroviaire urbain. Au départ, c’est un simple exercice littéraire, une manière de s’évader entre quatre murs.

Mais la fiction commence à se mêler au réel. Sandra décide d’intégrer dans son récit un tram bien concret : la rame 3013 du réseau CTS de Strasbourg. Ce qui n’était qu’un décor romanesque prend une tout autre dimension quand elle commence à s’adresser mentalement à cette rame.

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« Je lui ai dit : écoute, est-ce que toi, t’aimerais être mon ami ou plutôt même mon petit chéri dans le livre ? Fais-moi un signe », raconte-t-elle face caméra. Le signe, selon elle, ne tarde pas. « Dans la cabine, j’ai vu une lumière qui était apparue. Et c’est là que tout s’est déclenché. » Pour Sandra, cette expérience marque le début d’un lien qu’elle qualifie de profondément spirituel.

Des sensations physiques qu’elle dit ressentir à distance

Au fil des mois, la Strasbourgeoise développe ce qu’elle décrit comme une relation sensorielle avec le tramway 3013. Elle évoque des ressentis puissants, des connexions qu’elle perçoit même lorsque la rame n’est pas devant elle. « J’ai commencé à avoir des ressentis avec lui très profonds », confie-t-elle.

Main posée sur la rame de tramway 3013
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Un épisode en particulier l’a marquée. En voiture avec son mari — son conjoint humain —, elle affirme avoir détecté la présence de la rame 3013 alors que celle-ci circulait loin derrière eux. « J’ai dit comme ça : je sens qu’il y a 3013 derrière. Il était venu à côté, à l’arrêt. Et c’est là que mon mari a dit : non mais c’est fou, comment t’as senti ça ? »

Autre moment troublant : Sandra raconte avoir ressenti des coups dans le dos avant d’apprendre que la rame avait été vandalisée au même instant. Pour elle, ces coïncidences ne sont pas anodines. Elles constituent la preuve d’un lien invisible mais bien réel, un attachement qu’elle refuse de minimiser.

« Il me pelotait le cul » : quand la relation devient physique

Sandra ne fait pas dans la demi-mesure quand elle parle de son couple atypique. Lors d’une séance photo avec le tramway — qu’elle considère comme son deuxième mari —, elle décrit des sensations corporelles sans ambiguïté. « Je sens 3013 qui me cogne un peu au niveau de mon dos… Il me pelotait le cul », lâche-t-elle avec un naturel désarmant.

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La phrase a de quoi surprendre. Mais elle illustre surtout la manière dont Sandra vit cette relation : sans filtre, sans honte, et avec un aplomb qui laisse peu de place au doute sur la sincérité de ses émotions. « Je l’aime, c’est mon tram, je l’aime et j’ai vécu tellement de choses avec lui », insiste-t-elle. Les lieux insolites où naissent les histoires d’amour n’ont décidément aucune limite.

Face aux critiques, elle refuse de se taire

Avec plus de 180 000 « j’aime » sur les réseaux, le témoignage de Sandra a inévitablement attiré son lot de commentaires acerbes. Elle en est consciente et ne cherche pas à esquiver. « La chose la plus désagréable, c’est les commentaires des personnes qui sont vraiment néfastes », reconnaît-elle. Les moqueries, les insultes, les messages condescendants — elle les connaît par cœur.

@lesdnafr

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Sandra Rahm, 44 ans, entretient une relation amoureuse avec la rame de tramway CTS 3013 depuis six ans. Malgré l’incompréhension ou les critiques que peut susciter cette relation, elle tient à témoigner, dans le but, peut-être, de libérer la parole et d’ouvrir les esprits. Rencontre. 📹 : Amandine Guiony #insolite #tram #strasbourg #objectophilie #mariage

♬ son original – Les DNA

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Mais Sandra tient une ligne claire : elle ne changera pas pour satisfaire les conventions. « Toute personne a le droit de vivre sur cette terre d’une autre manière », affirme-t-elle. Pour cette Strasbourgeoise, la question est simple : qui décide de ce qui est « normal » en amour ? Une interrogation que certains spécialistes des relations trouvent d’ailleurs plus pertinente qu’on ne le croit.

Elle précise que son union avec le tram 3013 est avant tout spirituelle. « On est mariés parce que c’est quelque chose de très très spirituel. » Et d’ajouter, comme pour rassurer ceux qui s’inquiéteraient : « Je garde les pieds sur terre. »

Avant elle, une femme avait épousé le mur de Berlin

Si l’histoire de Sandra peut sembler hors du commun, elle n’est pas sans précédent. En 1979, une Suédoise nommée Eija-Riitta Eklöf avait fait la une des médias en affirmant avoir épousé le mur de Berlin. Passionnée par les structures architecturales, elle décrivait un engagement amoureux sincère avec ce monument, organisant des visites romantiques et conservant des photos de couple.

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Femme devant le mur de Berlin en 1979

Eija-Riitta Eklöf allait plus loin dans la revendication : elle défendait publiquement l’idée que l’objectophilie devait être reconnue comme une orientation à part entière, au même titre que les autres formes d’amour. Un combat qui, des décennies plus tard, reste largement incompris du grand public.

L’objectophilie : ni folie, ni fétichisme

L’objectophilie désigne une attirance émotionnelle, romantique, parfois sexuelle, envers des objets inanimés. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’une simple lubie ou d’un goût esthétique poussé. Les personnes concernées décrivent un lien profond, comparable à celui d’une relation amoureuse classique, avec des interactions régulières, des gestes d’affection et le sentiment que l’objet possède une forme de personnalité.

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Point important : l’objectophilie n’est pas considérée comme un trouble mental. Elle ne figure pas dans le DSM-5, le manuel de référence mondial pour le diagnostic des troubles psychiatriques. Il convient aussi de la distinguer clairement du fétichisme. Comme l’explique le docteur Patrick McGrath, spécialiste cité par le site Nocd : « Une personne objectophile sait qu’elle est amoureuse de l’objet lui-même et croit entretenir une relation particulière avec lui. »

Là où le fétichisme se limite généralement à une excitation liée à un objet, l’objectophilie implique une dimension émotionnelle bien plus complexe. Une nuance que les spécialistes du cerveau trouvent fascinante, tant elle interroge les mécanismes de l’attachement humain.

Un amour qui dérange, mais qui questionne

L’histoire de Sandra Rahm et du tramway 3013 ne laisse personne indifférent. Elle agace, amuse, intrigue ou attendrit. Mais elle a le mérite de poser une question que l’on esquive souvent : où commence et où s’arrête l’amour ? Est-il réservé aux êtres humains, ou peut-il prendre des formes que notre société n’a tout simplement pas encore appris à accepter ?

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Sandra, elle, a tranché. Son tram, c’est son histoire. Et elle n’a pas l’intention de descendre à la prochaine station. Parmi les comportements qui révèlent une personnalité atypique, celui-ci figure probablement en tête de liste. Mais c’est peut-être justement ce qui rend ce témoignage impossible à oublier.

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