Record battu depuis 1950 ? La NOAA relève à 75 % les chances d’un El Niño plus fort que tous les autres

Un chiffre vient de bouger dans les bulletins climatiques, et il ne bouge que dans un sens. La NOAA affirme désormais que l’El Niño de 2026-2027 a trois chances sur quatre de dépasser tous les épisodes connus depuis les années 1950. En un seul mois, l’estimation a gagné 6 points. Reste à savoir à quel niveau exact le thermomètre du Pacifique devrait culminer.
Un bulletin du 10 septembre qui change l’échelle des records
C’est le Centre de prévision climatique de la NOAA, le CPC, qui a publié ce jeudi 10 sa mise à jour mensuelle. Son titre est technique : « Analyse diagnostique d’El Niño–Oscillation australe ». Son contenu l’est beaucoup moins pour qui s’intéresse au climat.
D’après le relais qu’en fait Meteored, le bulletin de septembre renforce encore le scénario d’un El Niño exceptionnel. L’élément à retenir : la probabilité d’une intensité historique a de nouveau augmenté. Le mois précédent, elle était d’environ 69 %. Elle est montée à 75 %.
Pour comprendre ce que ça veut dire, il faut connaître l’outil de mesure. Les climatologues suivent un indice appelé RONI, calculé par trimestre, qui mesure l’écart de température de l’océan Pacifique par rapport à la normale. Plus il grimpe, plus l’épisode est fort.
Et ce n’est pas un hasard si ce signal circule déjà ailleurs : l’alerte avait été lancée en amont, quand l’ONU évoquait déjà 90 % de chances d’un épisode avant la fin de l’année. Mais entre un El Niño probable et un El Niño record, il y a un monde.
Alors, quel est ce seuil que la NOAA juge désormais plus probable qu’improbable ? Et contre quels épisodes de légende doit-il se mesurer ?
Les quatre monstres de l’histoire, et le chiffre qui les menace
Depuis 1950, seuls quatre épisodes ont atteint la catégorie « très forte », celle que les médias appellent souvent « Super El Niño ». Le seuil est fixé à 2 °C d’anomalie. Le club est donc très fermé, et le graphique réalisé par Meteored à partir des données de la NOAA le montre clairement.
Dans ce club, trois noms dominent les archives. L’épisode de 1982/1983 a culminé à 2,4 °C. Ceux de 1997/1998 et de 2015/2016 sont montés à 2,3 °C. Ces chiffres sont la référence que tout le monde a en tête.
Or, il se passe quelque chose dans le Pacifique en ce moment. Selon la NOAA, El Niño a continué de s’intensifier en août. Les anomalies de température de surface ont atteint +1,8 °C dans la région Niño-3.4, puis +2,5 °C dans la région Niño-3. Dans la région Niño-1+2, à l’est du Pacifique équatorial, elles atteignent un impressionnant +3,4 °C.
L’atmosphère suit le mouvement. Vents, convection et précipitations affichent les régimes typiques d’un El Niño en cours d’intensification. L’océan chauffe, l’air répond, et les deux s’entraînent l’un l’autre.
Pour situer ces valeurs dans la dynamique générale, la comparaison avec le record de 2015 avait déjà été posée par la NOAA quelques semaines plus tôt. Mais cette fois, le bulletin ne parle plus seulement de rivaliser avec 2015.
Selon la NOAA, il existe 75 % de probabilité que l’indice RONI trimestriel dépasse +2,5 °C entre octobre et décembre 2026. Ce serait un niveau supérieur à tous les épisodes observés depuis 1950. Autrement dit, 1982/1983 et ses 2,4 °C seraient dépassés, et l’épisode 2026/2027 deviendrait le plus intense jamais enregistré sur cette période.

Ce que la NOAA ne dit pas, et c’est tout aussi important
Le chiffre de 75 % ne signifie pas que le record est acquis. Il exprime la probabilité, calculée à partir de modèles climatiques, qu’il soit battu au pic de l’épisode. Le scénario reste donc une prévision, et il a déjà bougé d’un bulletin à l’autre.
L’autre point à ne pas confondre, c’est la différence entre deux probabilités qui circulent. La NOAA maintient une probabilité supérieure à 90 % qu’un épisode El Niño très intense se produise durant l’automne et l’hiver de l’hémisphère Nord. Elle estime en revanche à 75 % le risque de franchir le cap des 2,5 °C. Les deux chiffres ne racontent pas la même chose.
Ces modèles indiquent par ailleurs que le réchauffement devrait continuer à s’accentuer au cours des prochains mois. La fenêtre à surveiller est donc clairement celle d’octobre à décembre. C’est là que l’indice trimestriel doit confirmer ou démentir la tendance.
Reste un détail qui compte beaucoup pour le grand public. Un phénomène d’une telle ampleur, selon la NOAA, accroît le risque d’impacts climatiques significatifs dans différentes régions du globe. Mais l’agence précise bien qu’il ne garantit pas des effets précis dans chaque zone. Ni canicule assurée, ni hiver glacial promis.
Cette nuance est capitale, parce que la tentation est grande de transformer un record de température océanique en prédiction météo locale. Et sur ce terrain-là, les travaux sur l’évolution d’El Niño sur mille ans rappellent à quel point le phénomène reste complexe à lire.
Ce que ça change, et ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines
Concrètement, la première échéance se joue dans les bulletins à venir. Le CPC publie une mise à jour mensuelle, et chaque nouvelle édition dira si les 75 % tiennent, montent ou reculent. Le passage de 69 % à 75 % en un mois montre que le scénario s’est consolidé, pas qu’il est figé.
Sur le terrain, les trois régions du Pacifique citées par la NOAA servent de baromètre. Niño-3.4 est la zone de référence habituelle, avec +1,8 °C en août. Niño-1+2, déjà à +3,4 °C, est la plus réactive. Si les deux zones continuent de grimper ensemble, le signal en sera renforcé.
Pour les lecteurs français, la question qui revient le plus est celle de l’été et de l’hiver à venir. Sur ce point, les projections sur la météo en France évoquent les conséquences possibles, avec la prudence qui s’impose puisque aucun effet local n’est garanti.
Autre angle à garder en tête : l’état de l’océan avant même l’arrivée du pic. Le phénomène démarre sur une planète déjà très chaude, et un océanographe avait déjà prévenu que les effets pouvaient s’additionner. C’est probablement l’une des clés de lecture des prochains mois.
Dernier repère, et non des moindres : un El Niño n’est pas une catastrophe programmée mais un moteur de variations climatiques. Les agences scientifiques le répètent, la chaleur de l’océan redistribue les cartes sans écrire le scénario à l’avance.
Le vrai verdict tombera entre octobre et décembre, quand l’indice RONI trimestriel dira si le Pacifique a franchi la barre des 2,5 °C.
Trois chances sur quatre, c’est assez pour que la planète retienne son souffle jusqu’à la fin de l’année. Et si vous vous demandez ce qu’un tel épisode pourrait signifier pour nos saisons, ce que le « Godzilla » du Pacifique pourrait faire au vortex polaire a de quoi intriguer. Quant aux étés caniculaires, cette médecin explique pourquoi nous ne sommes pas tous égaux face aux 40 °C, et la réponse est moins évidente qu’on ne le croit.