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Au large de Sète, 1 h 30 de lutte pour remonter un requin rarissime : 1 à 5 observations par an seulement

Publié par Elsa Fanjul le 11 Oct 2026 à 8:36
Requin renard à longue queue remonté le long d'un bateau de pêche

Un requin dont on parle rarement vient de refaire surface au large de Sète. Au bout d’une ligne de pêche au gros, à 6 milles des côtes, un spécimen de 120 à 150 kg a résisté plus d’une heure. Pourquoi cette prise, relâchée aussitôt, préoccupe-t-elle autant les scientifiques que les pêcheurs ? La réponse tient en deux mots, prononcés par un spécialiste.

Une ligne qui plie à 45 mètres : le jour où le thon n’est pas venu

Le 23 septembre dernier, Jonathan Delmée, l’un des gérants de Sète Fishing, est en sortie de pêche au gros. Soudain, sa ligne s’alourdit : quelque chose de massif vient de mordre, à environ 45 m de profondeur, à 6 milles des côtes sétoises.

Le pêcheur pense à un thon, et pour cause. Début août, il en avait déjà sorti un de 230 kg, un poids record. Mais là, au bout du fil, c’est autre chose : un requin renard commun, un beau spécimen de 120 à 150 kg.

« C’est costaud, il a fallu 1 h 30 pour le remonter », raconte le professionnel, selon Midi Libre. Il compte seize ans de pêche au compteur et a publié la vidéo de la scène sur la page Facebook de son entreprise.

Sa réaction est étonnamment mesurée. « Ce n’est pas exceptionnel, mais ce n’est pas tous les jours qu’on en voit un », dit-il, en précisant que la dernière fois remontait à cinq ou six ans.

Après quelques images souvenirs, l’animal a été relâché. Un réflexe qui n’a rien d’une faveur : cette espèce fait partie de ces requins menacés d’extinction en Méditerranée, et la loi encadre sévèrement ce qu’on a le droit d’en faire.

Mais à quoi ressemble exactement cet animal, et pourquoi lui donne-t-on un surnom aussi étrange que « timide » ?

Une queue en panache et des profondeurs tranquilles : le portrait d’un discret

Le requin renard doit son nom à sa grande queue en forme de panache, terminée par une sorte de boule. Ce n’est pas qu’un ornement : selon Jonathan Delmée, il s’en sert pour chasser. « Il passe dans les bancs de poissons, il les assomme avec et les mange », décrit-il.

Midi Libre rapporte que son deuxième nom serait « timide ». Non pas qu’il soit plus craintif que ses cousins, mais parce qu’il préfère les profondeurs de la Méditerranée aux eaux de surface.

Le gabarit, lui, n’a rien de timide. Mathieu Lapinski, président de l’association Ailerons, précise que ce grand requin peut atteindre 5 m, et que sa queue peut mesurer la moitié de son corps.

L’association à vocation scientifique, créée en 2006 à Montpellier, a lancé un observatoire national baptisé Elasmed. Il compile les données sur les requins et les raies remontées par les particuliers comme par les professionnels.

C’est dans ce cadre que le spécialiste rappelle le statut de l’espèce. Les grands requins ne sont pas les seuls à avoir déserté nos côtes, et le grand blanc lui-même fait figure d’apparition exceptionnelle quand un plongeur parvient à le filmer.

Pour le renard, le verdict est net : il figure sur la liste rouge des espèces menacées d’extinction. D’où une interdiction totale de le pêcher, de le débarquer et de le consommer.

Reste la question que posait le titre : à quel point une telle rencontre est-elle rare ? Mathieu Lapinski donne un chiffre, et il est plus faible qu’on ne l’imagine : 1 à 5 observations par an en Méditerranée française, pas une de plus. Cinq, au maximum, pour toute la façade.

Requin renard nageant au-dessus d'un banc de poissons argentés

« Une disparition silencieuse » : ce que cache ce chiffre minuscule

Ce chiffre en dit long sur l’état de la mer. Les requins au bord de l’extinction échouent parfois là où personne ne les attendait, mais en Méditerranée, c’est la raréfaction qui prime.

Le spécialiste d’Ailerons rappelle que les grands requins ont presque entièrement disparu de ces eaux. Le renard n’est pas seul : le mako, le peau bleue et même le grand blanc sont concernés, ce dernier ayant défrayé la chronique avec un spécimen en 1956.

Autre mauvaise nouvelle : le réchauffement de la Méditerranée ne leur serait « pas du tout favorable », selon lui. Le climat vient donc s’ajouter à un équilibre déjà fragile.

Il y a plus troublant encore. Le requin renard reste un mystère pour les scientifiques, qui ignorent où il se reproduit. « On en voit plus en plongée », note Mathieu Lapinski, alors qu’en Méditerranée l’animal vit en eau profonde.

Détail qui surprend : il n’a pas besoin de remonter en surface pour respirer. Autrement dit, il peut passer sa vie sans jamais croiser un bateau, ce qui explique en partie qu’on le voie si peu.

Résultat, l’espèce est sous-étudiée chez nous. Des plongeurs vont aujourd’hui jusqu’aux Philippines ou en Égypte pour en apercevoir, pendant que l’un d’eux nage peut-être à quelques milles de Sète sans que personne le sache.

Face à ce constat, le président d’Ailerons résume la situation en deux mots : « C’est une disparition silencieuse. » Pas de catastrophe spectaculaire, pas d’image choc, simplement des animaux qu’on ne voit plus, année après année.

Alors, que peut-on faire d’une prise comme celle-ci ?

Ce que change une vidéo publiée sur Facebook

Pour Mathieu Lapinski, cette observation est une bonne nouvelle, à condition de ne pas la laisser dormir. « C’est important de faire remonter les données, qu’elles ne soient pas perdues dans les smartphones », insiste-t-il.

C’est tout le principe d’Elasmed : transformer les clichés et vidéos de pêcheurs, de plongeurs ou de plaisanciers en matière scientifique. Dans une espèce aussi peu documentée, chaque témoignage compte.

Il faut selon lui « se réjouir d’avoir ces observations, pour que ça puisse être utilisé en science participative ». Il note aussi que les pêcheurs sont conscients de ces enjeux, ce que confirme le geste de Jonathan Delmée, qui a relâché le requin.

Ce type de rencontre rappelle aussi que la mer garde ses surprises. Un grand requin blanc filmé près de Marseille avait déjà relancé le débat sur la présence des grands prédateurs dans le bassin.

Reste à voir si ces témoignages se multiplieront. Le chiffre de 1 à 5 observations annuelles est faible, mais il dépend aussi de la remontée des informations, et les pêcheurs en sont les premiers maillons.

Protéger un animal passe parfois par des moyens inattendus : ailleurs dans le monde, un pays rémunère ses pêcheurs pour qu’ils relâchent les requins-marteaux. À Sète, la logique est plus simple : un pêcheur, une vidéo, un animal remis à l’eau.

Le requin renard, lui, est reparti dans les profondeurs, avec son panache et ses mystères. Les scientifiques, eux, n’ont que quelques secondes d’images pour tenter d’en savoir plus.

Un requin de 150 kg a prouvé qu’il restait des géants discrets en Méditerranée : reste à savoir combien de temps encore on pourra les croiser. Et si un requin de dix mètres filmé à moins d’un kilomètre des côtes françaises vous semblait impossible, son histoire pourrait vous faire changer d’avis. Quant à ces requins découverts au large des Bahamas avec une étonnante substance dans l’organisme, ils posent une tout autre question sur l’état des océans.

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