Dans les comptes de Soraya, opticienne à Nice à 2 470 € nets par mois
Soraya, 34 ans, opticienne diplômée dans une enseigne nationale à Nice, touche 2 470 € nets par mois. Célibataire, sans enfant, elle loue un appartement d’une pièce en centre-ville. Voici comment elle répartit chaque euro.

Des revenus corrects… mais plus serrés qu’ils n’y paraissent
Le salaire de Soraya se compose d’un fixe de 2 200 € nets, auquel s’ajoutent en moyenne 270 € de primes mensuelles liées aux ventes de montures et de verres premium. Sur le papier, ce niveau de rémunération place une opticienne confirmée légèrement au-dessus du salaire médian français, fixé à environ 2 005 € nets selon l’INSEE. Mais à Nice, cette apparente confort se relativise vite.
Elle ne perçoit aucune allocation logement : ses revenus dépassent le plafond APL pour une personne seule dans les Alpes-Maritimes. Pas d’heures supplémentaires non plus — la convention collective de l’optique-lunetterie encadre strictement le temps de travail. « Je gagne bien pour quelqu’un de mon âge en province, mais Nice n’est pas vraiment la province question loyers », dit-elle.
Les charges fixes : le poste qui avale tout
Le loyer représente le premier choc : 780 € par mois pour un studio de 28 m² dans le quartier Libération, sans parking. Les charges de copropriété (eau, entretien) ajoutent 65 € supplémentaires. L’électricité et internet tournent respectivement à 55 € et 32 € mensuels, avec un forfait fibre. Son assurance habitation coûte 18 €, et la mutuelle santé — obligatoire, en partie prise en charge par l’employeur — lui revient à 38 € nets après participation patronale.
Côté transports, Soraya ne possède pas de voiture. Elle utilise les transports en commun niçois pour 45 € par mois via l’abonnement Lignes d’Azur, et loue un vélo électrique en libre-service pour les trajets du quotidien, soit environ 20 € de plus. Les abonnements numériques — Netflix (17 €), Spotify (11 €), téléphone mobile (19 €) — completent ce bloc. L’assurance vie prélevée automatiquement représente 30 € par mois.
Total dépenses fixes : 1 130 €

Les courses, restos et petits plaisirs : là où tout peut déraper
Soraya fait ses courses principalement au Carrefour Market du coin, avec quelques passages au marché du Cours Saleya le samedi matin. Budget alimentaire moyen : 280 € par mois. Elle cuisine beaucoup en semaine — « j’ai pas le choix, les restos à Nice c’est vite 20 € le midi » — mais elle se permet deux ou trois sorties au restaurant par mois pour environ 90 € au total.
Le poste loisirs et shopping mobilise 110 € en moyenne lissée sur l’année : vêtements, cosmétiques, quelques concerts ou expositions. Elle profite des musées gratuits de la ville et des plages pour garder ce budget raisonnable. L’essence est quasi inexistante grâce à l’absence de voiture, mais les trajets Uber occasionnels (soirées, retours tardifs) représentent environ 25 € par mois. Les vacances, elles, pèsent environ 80 € par mois une fois lissé l’ensemble de l’année — soit un budget annuel d’environ 960 € pour un séjour en France ou un week-end en Italie voisine.
Total dépenses variables : 585 €
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Pour faire des économies sur les courses, le choix de l’enseigne compte énormément selon les derniers classements de 60 Millions de Consommateurs. Et si les prix continuent de grimper, certains aliments du quotidien ont déjà bondi de plus de 46 %, ce que Soraya ressent directement au rayon frais.

Épargne et bilan : ce qui reste vraiment à la fin du mois
Une fois toutes les dépenses passées, Soraya dispose théoriquement de 755 € en fin de mois. Mais dans la réalité, ce chiffre est rogné par les imprévus : une paire de lunettes cassée, un billet de train pour rentrer voir ses parents à Lyon, un médicament non remboursé. Elle estime épargner entre 400 et 500 € réellement chaque mois.
Sa stratégie d’épargne est simple et méthodique : 200 € automatiquement versés sur un Livret A — les experts recommandent d’y effectuer un virement avant le 1er mai pour maximiser les intérêts — et 200 € sur un plan d’épargne logement (PEL) ouvert il y a trois ans. Le reste (environ 100 € variables) part sur un compte courant tampon pour les dépenses imprévues.
Elle n’a aucun crédit en cours, ce qui lui donne une marge de manœuvre réelle. Son objectif ? Constituer un apport de 30 000 € d’ici quatre ans pour acheter un studio — de préférence hors de Nice, où certaines villes affichent des loyers inférieurs à 7 € le m². « Je me vois pas rester locataire à Nice toute ma vie, mais partir c’est aussi changer de boulot. C’est compliqué », admet-elle.
Elle n’a pas de crédit voiture, pas de crédit conso, pas d’enfant à charge. Sur ce point, elle le reconnaît : « Je sais que ma situation est confortable comparée à beaucoup. Mais à Nice avec ce salaire, l’impression c’est qu’on court après quelque chose qu’on n’attrape jamais vraiment. »

Ce que ces chiffres nous disent sur le vrai coût de la vie en zone tendue
Avec 2 470 € nets, Soraya se situe environ 23 % au-dessus du salaire médian français. Mais à Nice, troisième ville la plus chère de France après Paris et Lyon selon les données INSEE sur les loyers, ce différentiel s’efface rapidement. Son taux d’effort logement — part du revenu consacrée au loyer et aux charges — dépasse 34 %, bien au-dessus du seuil de 30 % généralement considéré comme raisonnable.
Ce profil illustre une réalité que beaucoup partagent dans les grandes villes côtières : des salaires corrects, une gestion rigoureuse, et pourtant une sensation permanente d’être à l’étroit. Pour comparaison, Thomas, policier à Bordeaux à 2 480 € nets, s’en sort avec un pouvoir d’achat sensiblement plus élevé grâce à un loyer bien inférieur. Et si vous voulez voir ce que donnent les extrêmes, le budget de Vincent, radiologue à Rennes à 5 400 €, montre à quel point la spécialité médicale change tout à l’équation.
Le vrai enseignement du budget de Soraya : en zone tendue, gagner 500 € de plus que la médiane ne suffit pas à acheter une sérénité financière. Ça suffit juste à épargner — lentement, et sans se permettre grand-chose de plus.