Dans les comptes de Wendy, prothésiste ongulaire à Béziers à 1 640 € nets par mois
Wendy a 29 ans, elle est prothésiste ongulaire en institut à Béziers et touche 1 640 € nets par mois. Célibataire sans enfant, elle vit seule dans un T2 en centre-ville. Voici comment elle répartit chaque euro de son salaire, poste par poste.
Ce qui tombe chaque mois sur son compte
Wendy est salariée d’un institut de beauté où elle travaille 35 heures par semaine. Son salaire net fixe s’élève à 1 540 € par mois, un montant classique pour une prothésiste ongulaire avec cinq ans d’expérience dans une ville moyenne du sud de la France.

À ce fixe s’ajoutent des primes sur les ventes de produits en institut. Vernis semi-permanents, huiles pour cuticules, limes professionnelles : chaque vente lui rapporte une commission. « Certains mois c’est 60 €, d’autres à peine 30 €, ça dépend des clientes », explique-t-elle. En moyenne, elle compte 70 € mensuels de commissions.
Wendy complète aussi avec quelques poses à domicile le samedi matin, hors de son contrat. Deux à trois clientes fidèles lui rapportent environ 30 € net la séance. Lissé sur le mois, ce complément représente à peu près 30 € supplémentaires. Total des revenus : 1 640 € nets.
Comparé au salaire d’une coiffeuse dans la même région, Wendy gagne légèrement moins. Mais à Béziers, où le coût de la vie reste contenu, chaque euro pèse différemment qu’à Lyon ou Bordeaux. La vraie question, c’est de savoir si ce budget tient la route une fois les dépenses fixes déduites.
Le mur des charges fixes
Le loyer de son T2 de 42 m² en centre-ville lui coûte 430 € par mois, charges comprises. C’est un tarif courant à Béziers, où les loyers restent parmi les plus accessibles du littoral héraultais. Wendy touche 96 € d’APL, ce qui ramène son reste à charge logement à 334 €.

L’électricité lui revient à 55 € mensuels en moyenne lissée sur l’année. Son assurance habitation coûte 14 € par mois. L’eau est incluse dans les charges, ce qui lui évite une ligne de dépense supplémentaire.
Côté téléphone, elle paie un forfait à 15 € chez un opérateur low-cost. Sa box internet lui coûte 20 € par mois. Elle cumule un abonnement Netflix à 5,99 € (formule avec pub) et Spotify à 10,99 €. « Netflix c’est mon rituel du soir, j’y touche pas », précise-t-elle.
Sa mutuelle santé, souscrite en complément de celle de l’employeur, lui prélève 28 € par mois. L’institut prend en charge une partie, mais le reste à charge couvre mieux les soins dentaires, un poste qu’elle surveille. Comme beaucoup de petits salaires en province, chaque abonnement pèse dans la balance.
Wendy n’a pas de voiture. Elle se déplace à vélo et en bus. Son abonnement transport en commun lui revient à 22 € par mois. « Béziers est assez petite, le vélo suffit pour l’institut, et le bus pour les courses le samedi. »
L’impôt sur le revenu, prélevé à la source, représente environ 35 € par mois. Elle n’est pas imposable sur ses revenus complémentaires en dessous d’un certain seuil déclaratif. Au total, les dépenses fixes mensuelles de Wendy atteignent 540,98 €. Ça laisse un peu plus de 1 000 € pour vivre. Mais les dépenses variables ont vite fait de grignoter ce qui reste.
Là où l’argent file sans prévenir
Le poste alimentaire est celui que Wendy surveille le plus. Elle consacre 230 € par mois aux courses, principalement chez Lidl et au marché couvert de Béziers le vendredi matin. « Au marché je prends les fruits et les légumes, c’est souvent moins cher qu’en supermarché et ça me force à cuisiner. »
Les sorties restaurant ou bar représentent environ 60 € par mois. Un dîner entre amies, un brunch de temps en temps. Rien d’excessif, mais c’est un poste qu’elle refuse de supprimer. « C’est mon budget social, sans ça je deviens folle. »
Le shopping vestimentaire et beauté lui coûte 80 € mensuels en moyenne. Wendy achète beaucoup en seconde main via Vinted, mais investit dans du matériel professionnel de qualité pour ses poses à domicile. Une lampe UV à 45 €, des lots de capsules, du gel : ces achats se lissent sur plusieurs mois mais alourdissent le budget. Les prix des produits du quotidien ont aussi grimpé ces dernières années, y compris les fournitures pro.
L’essence ne la concerne pas, mais l’entretien du vélo (chambre à air, freins) lui prend environ 10 € par mois. Ses loisirs — cinéma, yoga en salle — représentent 35 € mensuels. Le yoga, c’est un cours collectif à 25 € par mois dans une association.
Enfin, Wendy met de côté 25 € par mois pour les vacances. L’été dernier, elle a passé cinq jours en Espagne pour 350 €, transport compris. « Je dors chez des amis ou en auberge, je ne suis pas du genre hôtel quatre étoiles. » Ce budget vacances lissé atteint 25 € par mois. Total des dépenses variables : 440 €. Et c’est au moment du bilan que les choses se corsent.
Ce qu’il reste quand tout est payé
Revenus : 1 640 €. Dépenses fixes : 541 €. Dépenses variables : 440 €. Reste en fin de mois : environ 659 €. Sur le papier, c’est confortable pour un salaire de ce niveau. Mais Wendy nuance immédiatement.
Elle place 150 € par mois sur un Livret A, qui affiche aujourd’hui un solde de 3 200 €. « C’est mon matelas de sécurité, je n’y touche jamais sauf urgence. » Le reste du surplus — environ 500 € — sert de variable d’ajustement. Un mois, c’est une facture d’opticien. Un autre, c’est un cadeau d’anniversaire ou un achat professionnel imprévu.
Wendy n’a aucun crédit en cours. Pas de prêt auto, pas de crédit conso. « J’ai vu ma mère galérer avec des crédits revolving, ça m’a vaccinée. » Ce choix lui donne une marge que beaucoup de salariés au même niveau de revenus n’ont pas. À titre de comparaison, une assistante maternelle à Besançon avec un salaire proche doit souvent jongler avec un crédit auto en plus.
Son projet à moyen terme : se mettre à son compte. Louer une petite pièce en sous-location dans un salon existant, ou aménager un espace chez elle. « En indépendante, je pourrais facturer 45 € la pose complète au lieu de ne toucher que le SMIC. Mais il faut du matériel, de la clientèle, et une trésorerie de départ. » Elle estime avoir besoin de 5 000 € pour se lancer. Au rythme actuel, il lui faudra encore un an et demi.
Le salaire médian en France tourne autour de 2 100 € nets par mois selon l’INSEE. Wendy se situe 460 € en dessous. Pourtant, elle boucle ses fins de mois sans dette et arrive à épargner. Le secret tient en trois mots : pas de voiture. À Béziers, ce choix lui fait économiser entre 250 et 350 € par mois — assurance, carburant, entretien — par rapport à une salariée équivalente motorisée, comme cette préparatrice en pharmacie à Poitiers.
« Je ne roule pas sur l’or, mais je ne galère pas non plus. Le jour où je voudrai un enfant ou une voiture, là il faudra tout repenser. Pour l’instant, je profite de cette légèreté. »