Dans les comptes de Loïc, technicien son à Montpellier à 1 810 € nets par mois
Loïc a 34 ans, il est technicien son intermittent du spectacle à Montpellier. Il touche en moyenne 1 810 € nets par mois, lissés sur l’année grâce à ses cachets et à ses allocations Pôle emploi spectacle. Célibataire sans enfant, il vit dans un T2 du quartier Boutonnet. Voici comment il ventile chaque euro.
Un revenu en dents de scie, lissé à la force du poignet
Le statut d’intermittent rend les revenus de Loïc imprévisibles d’un mois à l’autre. En période de festival, entre mai et septembre, il enchaîne les dates et peut facturer jusqu’à 2 600 € nets. L’hiver, certains mois tombent à 900 €.

Pour y voir clair, il a pris l’habitude de raisonner en moyenne annuelle. Sur les douze derniers mois, ses cachets ont représenté environ 14 500 € nets. Ses indemnités Pôle emploi spectacle complètent le reste pour atteindre un total annuel de 21 720 €, soit 1 810 € mensuels.
Aucune prime, aucun treizième mois, aucune aide au logement. « L’APL, j’y ai eu droit un temps, mais avec le recalcul en temps réel, je suis passé juste au-dessus du plafond », explique-t-il. Un complément ponctuel vient parfois s’ajouter : il mixe des podcasts pour une association locale, ce qui lui rapporte entre 100 et 200 € par mois. Ce revenu n’est pas comptabilisé dans sa moyenne car trop irrégulier.
À titre de comparaison, le salaire médian en France tourne autour de 2 100 € nets. Loïc se situe donc 300 € en dessous, avec la précarité du statut en prime. Mais ce qui pèse le plus lourd dans son budget, ce ne sont pas les factures.
Le détail de chaque facture qui tombe sans prévenir
Son loyer constitue le premier poste : 590 € charges comprises pour un 38 m² avec parquet et petite terrasse. « À Montpellier, en dessous de 550 €, tu trouves que des studios sombres en rez-de-chaussée », justifie-t-il. Ce montant représente déjà 32 % de ses revenus, au-delà du seuil de confort généralement fixé à 30 %.

L’assurance habitation lui coûte 18 € par mois. Sa mutuelle, souscrite à titre individuel puisqu’il n’a pas d’employeur fixe, s’élève à 47 €. Un poste que beaucoup de salariés en CDI oublient, comme le rappelait le profil d’Élodie, photographe auto-entrepreneuse, confrontée au même problème.
Côté énergie, sa facture d’électricité atteint 54 € en moyenne, tirée vers le haut par le chauffage électrique l’hiver. L’eau est incluse dans les charges. Son forfait téléphone coûte 12 € et sa box internet 30 €.
Netflix et un abonnement Spotify Duo partagé avec un ami lui reviennent à 16 €. Pour les transports, Loïc se déplace presque exclusivement en vélo. Il possède une vieille Clio de 2009 qu’il utilise surtout pour transporter du matériel son sur les lieux de prestation. Assurance auto : 42 € par mois. Essence : environ 65 €, très variable selon le nombre de dates.
L’impôt sur le revenu, prélevé à la source sur ses cachets et ses allocations, représente environ 48 € par mois. Au total, ses dépenses fixes pèsent 922 € mensuels, soit plus de la moitié de ses revenus. Il ne lui reste donc que 888 € pour tout le reste.
Les courses, les sorties et le poste qu’il refuse de sacrifier
Loïc consacre 260 € par mois à l’alimentation. Il cuisine beaucoup, fait ses courses au marché des Arceaux le samedi et complète au Lidl du coin. « Je mange bien, c’est non négociable. Quand tu bosses douze heures sur un festival en plein soleil, t’as intérêt à avoir de l’énergie. »
Les sorties — bars, restaurants, concerts — représentent en moyenne 120 € mensuels. Un poste qu’il trouve incompressible pour une raison professionnelle autant que personnelle : c’est dans ces lieux qu’il entretient son réseau. « La moitié de mes contrats viennent d’un verre pris avec un régisseur ou un musicien. »
Le shopping vestimentaire est quasi inexistant : il estime dépenser 25 € par mois en moyenne, souvent dans des friperies. En revanche, un poste surprend dans ses comptes : l’entretien de son matériel audio personnel. Câbles, adaptateurs, protections auditives moulées, petites réparations sur ses enceintes de monitoring — il y consacre environ 55 € par mois lissés.
« Mon matos, c’est mon outil de travail. Certains techniciens bossent uniquement avec le matériel fourni par la prod, mais moi j’ai mes micros, mon enregistreur. Ça rassure les clients et ça me permet de facturer plus cher. » Un investissement qui rappelle celui de Franck, ébéniste à Annecy, dont l’outillage personnel représentait aussi un poste stratégique.
Côté loisirs hors sorties, il dépense peu : un abonnement à une salle d’escalade à 38 € par mois, et c’est à peu près tout. Les vacances, il les prend rarement. « Quand les gens partent en août, moi je bosse. Et quand j’ai du temps libre en janvier, j’ai pas le budget. » Il estime à 40 € mensuels lissés son budget voyage, essentiellement quelques week-ends chez des amis.
Au total, ses dépenses variables atteignent 538 € par mois. Ajoutées aux charges fixes, on arrive à 1 460 €. Ce qui laisse théoriquement 350 € de marge, mais la réalité est plus compliquée.
Ce qu’il reste vraiment une fois les comptes faits
Sur le papier, 350 € d’excédent chaque mois, c’est correct pour un célibataire. Mais Loïc insiste sur un point : la moyenne masque des creux violents. « En février dernier, j’ai fini le mois à -180 € sur mon compte courant. En juillet, j’avais 1 200 € d’avance. »
Sa stratégie d’épargne est rudimentaire mais efficace. Dès qu’un mois dépasse 2 000 € de revenus, il transfère l’excédent sur un Livret A qui affiche aujourd’hui 3 400 €. « C’est mon matelas de survie. Si je perds mon statut d’intermittent, je tiens deux mois. »
Aucun crédit en cours. Il a remboursé l’an dernier un prêt personnel de 2 500 € contracté pour acheter un enregistreur Zoom F6. Aucun projet immobilier à l’horizon. « Avec des revenus variables et pas de CDI, aucune banque ne te suit. J’ai demandé une simulation, le conseiller m’a ri au nez. »
Son vrai projet, c’est de stabiliser ses revenus en développant la partie studio. Il aimerait investir 4 000 € dans du traitement acoustique pour transformer une pièce de son appartement en cabine de mixage semi-professionnelle. « Si j’arrive à décrocher deux ou trois clients réguliers en podcast ou voix off, je peux ajouter 400 € nets par mois sans dépendre de la météo festival. »
En attendant, Loïc vit avec une discipline budgétaire que beaucoup de salariés en CDI n’ont pas besoin d’acquérir. « Je connais le prix de tout. Mon cappuccino du mercredi, c’est 3,80 €. Je sais que c’est exactement le prix de quatre piles pour mon micro HF. » Le salaire médian français est 300 € au-dessus de ce qu’il touche, mais Loïc ne se plaint pas. « Je fais un métier que j’aime, dans une ville où il fait beau 300 jours par an. Le reste, c’est de la gestion. »