Gazole : jusqu’à 18 centimes de moins le 1er novembre, et les stations n’auront pas le choix

À 2,3 ou 2,4 euros le litre, le gazole pèse lourd sur les budgets depuis début octobre. Le gouvernement vient de publier un décret pour tenter de faire reculer la facture à la pompe. Entre des millions de barils à libérer, une obligation imposée aux distributeurs et un chiffre en centimes, voici ce que le texte prévoit vraiment, et ce qu’il reste à fixer.
2,3 à 2,4 euros le litre : ce que le gouvernement a décidé de débloquer
Le décret a été publié samedi au Journal officiel, rapporte BFMTV. Il fait suite à l’annonce du Premier ministre Sébastien Lecornu, début octobre, de libérer des stocks stratégiques de gazole. Le texte fixe les conditions économiques de cette opération.
Le contexte, tout le monde le connaît : depuis début octobre, le gazole oscille entre 2,3 et 2,4 euros le litre en moyenne, selon les chiffres du gouvernement. À ce tarif, chaque plein laisse un goût amer. Et certains redoutaient pire, comme Michel-Édouard Leclerc, qui évoquait des carburants à 2,40 euros le litre.
Concrètement, le décret autorise la vente de stocks stratégiques pour un volume maximum de 1,6 million de m3, soit environ 10 millions de barils. Cette vente reste possible jusqu’au 31 janvier. La répartition entre les distributeurs, ainsi que le prix, seront fixés par arrêté, donc plus tard.
L’objectif affiché est clair : diminuer le prix du gazole de 12 à 18 centimes par litre. Sur le papier, c’est un vrai coup de pouce pour les automobilistes qui roulent au diesel. Reste une question que tout le monde se pose : qui garantit que cette baisse ne restera pas dans la poche des intermédiaires ?
Prêt, vente, contrôle : le mécanisme qui doit éviter que la baisse s’évapore
Ces stocks appartiennent à la Société anonyme de gestion des stocks de sécurité, la Sagess. D’habitude, leur mise à disposition prend la forme d’un prêt, avec restitution sous un mois. Une réserve de crise, en somme, qu’on emprunte puis qu’on rend.
Cette fois, la logique change. Selon le décret, c’est une vente au coût moyen pondéré d’acquisition qui a été privilégiée. Le gazole ne revient donc pas dans les réserves un mois plus tard : il est cédé, à un prix censé refléter ce qu’il a coûté à constituer.
Le dispositif ne fait pas l’unanimité chez les observateurs. Jean-Marc Jancovici s’est montré peu convaincu par les engagements de Sébastien Lecornu, en rappelant ce que représentent ces 10 millions de barils. Un volume important, mais qui se mesure à l’aune de la consommation.
Reste le point sensible : que deviennent ces économies une fois le gazole vendu aux distributeurs ? C’est là que le décret se montre le plus ferme. Il prévoit que les distributeurs ont l’obligation de répercuter intégralement la baisse sur les consommateurs.
Ils doivent aussi informer les clients avant la vente. Et le texte précise que « cette répercussion peut également avoir lieu par anticipation à compter du 1er novembre 2026 ». Autrement dit, une station peut baisser ses prix avant même la date butoir. Mais ce n’est pas tout : un volet de contrôle complète le dispositif.

Bilans à fournir, TotalEnergies engagé : ce que vous verrez vraiment à la pompe
Pour que la promesse ne reste pas lettre morte, on pourrait se contenter de faire confiance. Le décret préfère vérifier. Dans le détail, Sébastien Lecornu a détaillé comment il compte imposer la baisse aux stations essence, avec un argument chiffré : dix euros d’économie par plein.
Le texte prévoit une transmission régulière aux autorités de bilans des ventes et des répercussions de la baisse par les distributeurs. Ces données serviront, précise le décret, à des fins de contrôle. Un distributeur qui garderait la marge pour lui aurait donc plus de mal à passer entre les mailles.
Autre élément : après l’annonce du Premier ministre, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, s’était engagé à baisser d’environ 10 centimes le prix du litre de gazole pour les particuliers. Pour le gazole non routier, l’engagement porte sur 20 centimes. Ces annonces, selon BFMTV, s’inscrivent dans le même mouvement.
Alors, que verra-t-on au final ? Si l’on applique la fourchette gouvernementale à un gazole à 2,3 ou 2,4 euros, le litre pourrait redescendre, en théorie, autour de 2,12 à 2,28 euros. Un calcul simple, qui ne tient pas compte des variations de marché d’ici là. Le prix réel dépendra de l’arrêté à venir et du jeu des stations.
Retenez surtout ceci : l’échéance est le 1er novembre, la baisse visée va de 12 à 18 centimes, et les distributeurs ont l’obligation de la répercuter en totalité. Mais le gazole routier n’est pas le seul carburant concerné par ces décrets.
Agriculteurs, GNR, mobilisation : pourquoi le gouvernement garde un œil sur l’automne
Un décret distinct, publié lui aussi samedi, acte la prolongation du guichet d’aide pour l’achat de gazole non routier (GNR) destiné aux travaux agricoles. L’aide court jusqu’en décembre, à hauteur de 15 centimes par litre. Ce GNR, c’est le carburant des tracteurs, un poste de dépenses lourd pour les exploitations. D’ailleurs, certains Français ont déjà été tentés par le carburant rouge interdit pour échapper au prix du diesel.
Un autre décret doit rouvrir ce guichet aux retardataires pour les mois d’avril à juin. Les agriculteurs n’ont pas consommé toute l’enveloppe, qui dépasse 50 millions d’euros par mois. Mardi, le ministère de l’Agriculture a indiqué que près de 74 millions d’euros avaient été versés à plus de 184 000 agriculteurs pour les guichets d’avril à août.
En additionnant l’aide de 15 centimes et l’engagement de TotalEnergies de 20 centimes, le soutien peut atteindre 35 centimes par litre au total pour les agriculteurs. Ce n’est pas un hasard. Selon BFMTV, le gouvernement redoute leur mobilisation à l’issue des travaux agricoles d’automne.
Il est déjà confronté à une crise majeure, avec un mouvement étudiant et des gilets jaunes. Les appels se multiplient d’ailleurs : les Gilets jaunes pourraient bientôt revenir, avec des appels qui affluent partout en France. Le prix du carburant reste l’étincelle la plus sensible.
La suite se jouera donc en deux temps : l’arrêté qui fixera le prix et la répartition, puis les premiers bilans des distributeurs. Ce sont eux qui diront si la baisse tient sa promesse.
Dix millions de barils, un décret et une obligation : le 1er novembre dira si les centimes promis arrivent bien jusqu’au réservoir. En attendant, cette option cachée de Google Maps qui réduit la consommation de carburant de 30 % vaut le détour pour alléger la note dès maintenant. Et si la facture vous agace, cette taxe auto détestée suspendue en Italie pour 15 millions de voitures montre ce que la France regarde de près.