Retraite : selon le Haut-commissariat au Plan, ces actifs entrés tôt sur le marché du travail devront viser 70 ans

La suspension de la réforme des retraites a fait souffler un vent d’optimisme chez certains actifs. Mais un rapport publié le 10 septembre vient sérieusement doucher les espoirs de départ anticipé. Selon le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, l’équation démographique pourrait forcer un allongement bien plus radical qu’on ne l’imagine.
Un système sous tension malgré la pause de la réforme
Depuis la suspension de la réforme des retraites, l’âge légal reste fixé entre 62 ans et 9 mois et 63 ans et 9 mois selon l’année de naissance. Une pause qui a permis à certaines générations de partir un peu plus tôt que prévu.
Mais dans l’opinion, le débat reste vif. Une majorité de 51 % des Français souhaiterait un retour à un âge légal plus bas que les 64 ans imposés par la réforme de 2023, tandis que 31 % estiment au contraire qu’il faudrait le repousser davantage. Les 18 % restants jugent l’âge actuel adapté au vieillissement de la population.
Ce clivage n’a pourtant pas empêché le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan de trancher dans son rapport présenté jeudi 10 septembre. Le constat est sans appel : le pays n’est pas encore à l’équilibre nécessaire entre temps de travail et temps de retraite, comme le montre le déficit persistant des régimes.
La durée de cotisation pourrait grimper à 47 ans
Le vieillissement de la population et la baisse du nombre d’actifs pourraient rendre nécessaire un allongement de la durée de travail pour préserver le financement du système. Parmi les pistes avancées par le Haut-commissariat : l’allongement de la durée de cotisation de trois à quatre ans supplémentaires d’ici 2050.
Aujourd’hui, cette durée s’élève généralement à 43 ans, hors régimes spéciaux. Une hausse qui, mécaniquement, repousse l’âge réel de départ bien au-delà de l’âge légal théorique, en particulier pour ceux qui ont commencé à travailler tard.
C’est là que la déclaration d’Antoine Foucher, chef de file de ce rapport et citée par Le Figaro, prend tout son sens. Elle bouscule frontalement les certitudes de millions d’actifs sur leur date réelle de départ, bien loin des débats sur l’âge légal repoussé à 66,5 ans qui agitent déjà l’opinion.

« Si vous avez commencé à travailler à 23-24 ans, visez 70 ans »
Voici la phrase qui a fait l’effet d’une douche froide pour de nombreux actifs entrés tardivement sur le marché du travail. Antoine Foucher est catégorique : « Si vous avez commencé à travailler à 18 ans, vous ne partirez pas à 61 mais à 64 ans, et si vous avez commencé à travailler autour de 23-24 ans, c’est plutôt 70 ans qu’il faut viser ».
Une autre piste évoquée dans le rapport pourrait toutefois changer la donne : la mise en place d’un système à points. Chaque euro cotisé, ou acquis pour chômage et congé de naissance, ouvrirait les mêmes droits quel que soit le régime ou le statut professionnel. Le Haut-commissariat propose aussi d’assouplir les règles : valider un trimestre dès 150 heures travaillées, soit l’équivalent d’un quart-temps sur trois mois.
Le rapport pointe enfin le faible taux d’emploi des jeunes et des seniors, dont le marché du travail a désespérément besoin pour limiter les effets négatifs du vieillissement sur les finances publiques. Selon une étude de la Dares, le taux d’emploi des 15-64 ans s’élève à seulement 69 % en France en 2025, contre 71 % en moyenne dans l’Union européenne, plaçant le pays au 21ᵉ rang des 27 États membres.
Entre le discours officiel et la réalité du terrain, l’écart se creuse dangereusement. Reste à savoir si ce rapport influencera les prochains arbitrages budgétaires, ou s’il finira, comme tant d’autres avant lui, dans un tiroir de Bercy.