26 juin : le jour où la Cour suprême a légalisé le mariage gay aux États-Unis… et où un dictateur a pris le pouvoir pour 42 ans
Certaines dates du calendrier concentrent une densité d’événements qui défie la logique. Le 26 juin en fait partie. Ce jour-là, des nations se sont unies pour éviter une troisième guerre mondiale, un pays entier a basculé dans la dictature, et la plus haute juridiction américaine a changé la définition du mariage.
Des champs de bataille de la Somme aux couloirs de la Cour suprême, en passant par la naissance d’une icône du ballon rond, voici tout ce qui s’est passé un 26 juin dans l’histoire.
Le texte signé par 50 pays pour empêcher l’apocalypse
Le 26 juin 1945, à San Francisco, les délégués de 50 nations apposent leur signature au bas de la Charte des Nations unies. La Seconde Guerre mondiale n’est pas encore officiellement terminée — le Japon ne capitulera qu’en août — mais le monde veut déjà poser les bases d’un nouvel ordre.

Le texte, rédigé en cinq langues officielles, crée le Conseil de sécurité et son fameux droit de veto réservé à cinq puissances. Un détail surprenant : la Pologne, pourtant parmi les premières victimes du conflit, n’a pas pu signer ce jour-là faute de gouvernement reconnu. Elle ne rejoindra l’organisation que deux mois plus tard.
Aujourd’hui, l’ONU compte 193 États membres. Mais son architecture, avec ce veto qui paralyse régulièrement les décisions, reste celle imaginée en 1945. Un héritage que beaucoup jugent obsolète, mais que personne ne parvient à réformer.
1 million de morts en 141 jours sur la Somme
Avant l’ONU, le 26 juin est aussi lié à l’un des épisodes les plus sanglants de la Première Guerre mondiale. Ce jour-là, en 1916, les préparatifs de la bataille de la Somme entrent dans leur phase finale avec le début du bombardement préparatoire britannique.
Pendant sept jours, 1 500 pièces d’artillerie vont pilonner les lignes allemandes sans interruption. L’état-major britannique est convaincu que rien ne survivra à ce déluge de feu. Il se trompe lourdement.
Le 1er juillet, quand l’infanterie sort des tranchées, les mitrailleuses allemandes — intactes dans leurs abris bétonnés — fauchent 57 470 soldats britanniques en une seule journée. C’est la pire journée de l’histoire de l’armée britannique. La bataille durera jusqu’en novembre et fera plus d’un million de victimes des deux côtés, pour un gain territorial dérisoire.
Un président qui ne quittera jamais le pouvoir
Le 26 juin 1977, Djibouti proclame son indépendance vis-à-vis de la France. Hassan Gouled Aptidon devient le premier président de ce petit territoire stratégique coincé entre l’Éthiopie, l’Érythrée et la Somalie, face au détroit de Bab-el-Mandeb par lequel transite une part considérable du commerce maritime mondial.

Mais l’histoire prend un tournant familier. Aptidon instaure rapidement un régime à parti unique. Il restera au pouvoir jusqu’en 1999, avant de passer la main à son neveu Ismaïl Omar Guelleh. Ce dernier dirige toujours le pays en 2026, soit 42 ans de pouvoir concentré dans la même famille.
Le territoire accueille aujourd’hui la plus grande base militaire française à l’étranger et la seule base permanente américaine en Afrique. Un micro-État de moins d’un million d’habitants devenu un pion géostratégique majeur. Mais à quel prix pour sa population ?
Cinq juges, un arc-en-ciel et un pays coupé en deux
Le 26 juin 2015, la Cour suprême des États-Unis rend l’arrêt Obergefell v. Hodges par cinq voix contre quatre. Le mariage entre personnes de même sexe devient un droit constitutionnel dans les 50 États. Le juge Anthony Kennedy écrit dans son opinion majoritaire une phrase aussitôt devenue historique : « Aucune union n’est plus profonde que le mariage. »
La décision met fin à un patchwork juridique où le mariage gay était légal dans 37 États mais interdit dans 13 autres. En France, la loi Taubira avait ouvert le mariage aux couples de même sexe deux ans plus tôt, le 23 mai 2013, après des mois de manifestations massives dans les deux camps.
Détail peu connu : Jim Obergefell, le plaignant qui a donné son nom à l’arrêt, s’était marié dans un avion médicalisé sur le tarmac de l’aéroport de Baltimore. Son compagnon John Arthur, atteint de sclérose latérale amyotrophique, est mort trois mois après leur union. Obergefell voulait simplement que le nom de son époux figure sur le certificat de décès.
Le jour où l’aéroport d’Istanbul a tremblé
Le 26 juin 2016, trois kamikazes ouvrent le feu puis se font exploser à l’aéroport Atatürk d’Istanbul. L’attaque fait 45 morts et plus de 230 blessés. C’est l’un des attentats les plus meurtriers jamais commis dans un aéroport international.
Les assaillants, identifiés comme des ressortissants russe, ouzbek et kirghize, sont affiliés à Daech. L’attentat survient à un moment où la Turquie est prise en étau : en guerre contre le PKK kurde au sud-est, engagée contre l’État islamique en Syrie et secouée par une série d’attaques sanglantes depuis 2015.
Un mois plus tard, le 15 juillet, une tentative de coup d’État militaire ébranlera le pays. Ces deux événements, à moins de trois semaines d’intervalle, transformeront durablement la politique intérieure turque et les équilibres géopolitiques de la région.
Des légendes nées un 26 juin
Le 26 juin 1904 naît à Saint-Pétersbourg Peter Lorre, acteur austro-hongrois dont le visage hante le cinéma noir des années 1940. Son rôle de tueur d’enfants dans M le maudit de Fritz Lang, en 1931, reste l’une des performances les plus glaçantes de l’histoire du cinéma. Il avait 27 ans et ne parlait pas un mot d’anglais quand il a débarqué à Hollywood.
Même jour en 1970, à Marseille, un certain Jérôme Alonzo voit le jour. Le gardien de but deviendra une figure du Paris Saint-Germain et de l’AS Saint-Étienne. Mais c’est surtout un autre natif du 26 juin qui a marqué le football : Derek Jeter, légende des New York Yankees, né en 1974 dans le New Jersey.
Côté musique, Ariana Grande naît le 26 juin 1993 à Boca Raton, en Floride. À 33 ans, elle cumule plus de 380 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux et a vendu plus de 90 millions de singles. Elle est aussi l’une des rares artistes à avoir placé trois titres simultanément dans le top 3 du Billboard Hot 100, un record que seuls les Beatles avaient atteint avant elle.
L’évasion la plus audacieuse de la Guerre froide
Le 26 juin 1963, le président John F. Kennedy prononce son célèbre discours « Ich bin ein Berliner » devant une foule de 450 000 personnes massées sur la Rudolph-Wilde-Platz à Berlin-Ouest. Deux ans après la construction du Mur, cette phrase de quatre mots en allemand devient le symbole de la résistance occidentale face au bloc soviétique.
Ce que la plupart des gens ignorent, c’est que Kennedy avait un deuxième discours dans sa poche, bien plus diplomatique, préparé par le Département d’État. Il l’a prononcé juste après à l’Université libre de Berlin, mais personne ne s’en souvient. C’est la version improvisée, chargée d’émotion, qui est entrée dans l’histoire.
La légende urbaine selon laquelle « ein Berliner » désignerait un beignet et non un habitant de Berlin est fausse. Les Berlinois n’utilisent pas ce terme pour leur pâtisserie locale. Kennedy, contrairement à ce qu’on raconte depuis des décennies, n’a pas dit qu’il était un beignet.
Un détail que personne ne remarque jamais
Si tu regardes un billet de 5 dollars américains, tu trouveras la date du 26 juin gravée dans l’histoire d’une manière inattendue. Le Lincoln Memorial, représenté au dos du billet, a été inauguré le 30 mai 1922. Mais c’est le 26 juin 1934 que le billet de 5 dollars a adopté ce design pour la première fois.
Autre curiosité : le 26 juin est la Journée internationale contre l’abus et le trafic illicite de drogues, instaurée par l’ONU en 1987. Cette date a été choisie pour commémorer la destruction par Lin Zexu, en 1839, de caisses d’opium britanniques à Canton. Un geste qui déclenchera la première guerre de l’Opium entre la Chine et le Royaume-Uni.
Un mandarin chinois qui brûle de la drogue au XIXe siècle, un président américain qui crie en allemand au XXe, une cour de justice qui redéfinit le mariage au XXIe : le 26 juin ne fait jamais les choses à moitié. Si tu veux découvrir ce qui s’est passé la veille, l’éphéméride du 25 juin réserve aussi quelques surprises.