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Après 5 canicules cet été, ce que révèle un mycologue du Muséum inquiète les cueilleurs de champignons

Publié par Elsa Fanjul le 06 Sep 2026 à 15:23
Cueilleur tenant un panier de champignons en forêt sèche

Chaque automne, des milliers de Français chaussent leurs bottes et filent en forêt avec leur panier d’osier. Mais cette année, la saison s’annonce différente : la France a traversé cinq canicules entre juin et août, un record encore inédit il y a quelques années. Sous terre, dans un monde invisible fait de champignons microscopiques, quelque chose a peut-être basculé. Et ce que révèle un spécialiste reconnu du Muséum National d’Histoire Naturelle donne matière à s’inquiéter pour les récoltes à venir.

Pourquoi la pluie compte plus que tout pour les champignons

Un champignon que l’on ramasse n’est que la partie visible d’un organisme bien plus vaste. Sous le sol s’étend le mycélium, un réseau de filaments microscopiques qui doit rencontrer un partenaire compatible pour produire, un jour, un carpophore prêt à être cueilli. Sans un minimum d’humidité dans les sols, ce processus s’arrête net.

La plupart des champignons forestiers vivent d’ailleurs en symbiose avec les arbres, une relation que les scientifiques qualifient de symbiotique. Les mycorhizes colonisent les racines, puisent l’eau dans les micro-cavités du sol et la partagent avec l’arbre hôte, qui leur fournit en retour des sucres issus de la photosynthèse. Ce commerce chimique explique pourquoi certains champignons ne poussent que sous des conifères, et d’autres uniquement sous des feuillus, un peu comme on trouve certains champignons précieux uniquement dans certaines zones de nos grandes forêts françaises.

Durant une canicule, cet équilibre se fissure. Les mycorhizes souffrent du manque d’eau, une partie du mycélium disparaît, et il faut ensuite des pluies régulières, réparties sur dix à quinze jours, pour espérer relancer la machine avant l’automne.

Cinq canicules cet été : ce qui inquiète vraiment les experts

Jusqu’à récemment, une seule canicule frappait certains étés, pas tous. En 2026, la France en a subi cinq, un phénomène qui interroge directement sur l’avenir de la cueillette automnale. Le sol, gorgé de milliards de bactéries et de micro-organismes, reste difficile à évaluer précisément, même pour les spécialistes les mieux équipés.

Les mycorhizes savent capter la moindre micro-goutte d’eau, ce qui laisse penser que les champignons résistent mieux qu’on ne le croit. Mais l’état réel des mycéliums après une telle succession de vagues de chaleur, comme celle décrite pour la quatrième canicule fin juillet, demeure une inconnue. Une averse isolée ne suffit jamais à tout relancer : un orage violent fait ruisseler l’eau sur un sol trop sec au lieu de l’infiltrer, comme l’illustre bien la sécheresse persistante observée cet été.

C’est là que le témoignage de Marc-André Selosse pèse lourd. Ce mycologue, biologiste et professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle, a déjà observé une migration des champignons vers le nord, comme s’ils fuyaient littéralement leur propre zone climatique habituelle.

Mycélium blanc visible dans la terre craquelée d'une forêt

Le vrai danger n’est pas là où on l’imagine

Selon les habitués de la cueillette, certaines espèces autrefois fiables à des emplacements précis ont tout simplement disparu, tandis que le début de la saison se décale de plus en plus tard dans l’année. Le vrai basculement, selon Marc-André Selosse, ne vient pas uniquement de la chaleur : ce sont les arbres eux-mêmes qui trinquent, notamment les hêtres et certains conifères, comme le confirment les observations sur des feuilles jaunies dès l’été.

Or, si l’arbre hôte dépérit, le champignon associé disparaît avec lui : leur relation gagnant-gagnant s’effondre des deux côtés à la fois. Privé de sucres, le mycélium s’affaiblit ; privé d’eau, l’arbre s’affaiblit à son tour. Un cercle vicieux qui se referme lentement, sans bruit, sous nos pieds.

Le mycologue insiste sur un point essentiel : la canicule n’agit jamais seule. Elle s’ajoute à un cocktail déjà chargé de microplastiques, de glyphosate, de fongicides et de sols salinisés, dont les effets se multiplient plutôt qu’ils ne s’additionnent. Résultat concret pour l’automne : oui, la canicule de cet été, combinée aux déficits de pluie et à des vagues de chaleur toujours plus fréquentes, pèsera bel et bien sur la récolte de champignons.

Sous terre, les champignons tiennent debout tant bien que mal, mais leurs alliés forestiers, eux, commencent à vaciller. La prochaine sortie en forêt dira peut-être si le mycélium a tenu le choc, ou s’il faudra désormais chercher les cèpes un peu plus au nord.

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