Recherché par huit mandats, le frère d’Assa Traoré interpellé à Dugny tente de fuir avant une étrange demande

Huit mandats de recherche, un faux nom donné aux policiers, une course-poursuite écourtée en quelques secondes. Le scénario s’est joué lundi soir à Dugny, en Seine-Saint-Denis. L’homme interpellé n’est pas un inconnu : il porte un nom que la France entière a appris à connaître depuis 2016. Une dernière demande, formulée juste après son arrestation, achève de donner à cette affaire une tournure inattendue.
Un signalement de gendarmerie qui déclenche l’intervention
Tout commence par un signalement transmis par la gendarmerie de Beaumont-sur-Oise. Des policiers de la Bac se rendent à Dugny lundi soir, peu avant 21h30, rapporte Le Figaro. Leur cible : Bagui Traoré, 35 ans, frère d’Adama et d’Assa Traoré, visé par pas moins de huit inscriptions au fichier des personnes recherchées.
Ce nom résonne depuis presque une décennie dans le débat public français. La mort d’Adama Traoré en 2016, après une interpellation à Beaumont-sur-Oise, avait fait naître un mouvement porté par sa sœur Assa, devenue une figure incontournable de la lutte contre les violences policières. On l’a récemment vue prendre la parole aux Amfis de LFI sur ce sujet, tandis que d’autres personnalités, comme Louis Boyard lors de la marche des 10 ans, ont continué à porter cette mémoire dans l’espace public.
Cette fois, c’est un tout autre volet judiciaire qui s’ouvre, loin des débats sur les contrôles de police qui avaient notamment nourri la controverse autour de la mère de Nahel. Bagui Traoré, lui, est directement mis en cause pour des faits commis lors de son interpellation.
Un faux nom, une palpation, une tentative de fuite
Selon les informations rapportées par Le Figaro, le trentenaire aurait d’abord fourni une fausse identité aux policiers venus l’interpeller. Une palpation de sécurité aurait toutefois permis de découvrir un passeport mentionnant son véritable nom, réduisant à néant sa tentative de dissimulation.
C’est à ce moment que Bagui Traoré aurait tenté de prendre la fuite, avant d’être rapidement rattrapé par les forces de l’ordre. Une scène qui rappelle, à échelle réduite, d’autres tentatives d’échappée observées récemment dans le département, comme cette fuite en métro après un vol de pièces d’or à Bobigny. Il a été placé en garde à vue pour « usurpation d’identité » et « tentative d’évasion », des chefs qui restent, à ce stade, soumis à l’appréciation de la justice.
Ce nouvel épisode intervient alors que l’homme cumule un lourd passé judiciaire. Bagui Traoré a déjà été condamné à dix-huit reprises, notamment pour des faits d’extorsion, ce qui explique en partie la multiplication des mandats de recherche à son encontre.

Une condamnation pour extorsion et une demande surprenante
Le passé de Bagui Traoré éclaire les raisons de cette traque prolongée. En novembre 2023, il avait été condamné à trois ans de prison ferme après avoir réclamé de l’argent à un homme qu’il accusait de lui devoir une somme. Après avoir obtenu 600 euros, il était revenu deux jours plus tard exiger 1 000 euros supplémentaires, allant jusqu’à menacer sa victime de séquestration.
Lors de ce procès, l’intéressé avait reconnu être « allé un peu loin », tout en contestant une partie des menaces qui lui étaient reprochées. Un profil qui n’est pas sans rappeler d’autres affaires où la justice doit démêler le vrai du faux, à l’image de dossiers traités récemment près de Romainville, dans le même département.
C’est le détail le plus étonnant de cette interpellation : selon Le Figaro, Bagui Traoré aurait demandé, une fois arrêté, que sa sœur Assa Traoré soit prévenue de la situation. Un réflexe qui illustre à quel point le destin judiciaire de cet homme reste, malgré lui, indissociable du combat public mené par sa famille depuis près d’une décennie.
Un faux nom qui tombe à cause d’une simple palpation, une fuite avortée en quelques mètres, et un appel presque instinctif à la sœur la plus connue de France : cette interpellation raconte, en creux, toute la complexité d’un nom devenu symbole. L’enquête doit désormais déterminer si les charges retenues seront confirmées par la justice.