« Je ne voulais pas lui faire du mal » : elle accouche en secret et abandonne son bébé nu en lisière de forêt
Un dimanche matin de juin, un passant aperçoit une jeune femme ensanglantée au bord d’un bois alsacien. Ce qu’il prend d’abord pour une agression va se révéler bien plus troublant. À quelques mètres de là, un nouveau-né gît nu sur le sol, le cordon ombilical encore enroulé autour du cou.
Un appel aux secours qui révèle l’impensable
Dimanche 7 juin 2026, il est tôt le matin à Wittelsheim, dans le Haut-Rhin. Un homme circule sur une route qui longe un bois quand il remarque une silhouette inquiétante. Une jeune femme, les jambes couvertes de sang, tient une couette sous le bras.

Le témoin pense immédiatement à une agression et alerte les secours. Les gendarmes se rendent sur place et découvrent la réalité : en lisière de forêt, un nouveau-né abandonné, posé à même le sol.
Le procureur de la République de Mulhouse, Nicolas Heitz, a détaillé la scène dans un communiqué. Le bébé est nu, le cordon ombilical enroulé autour du cou. Exposé au froid et au risque d’étouffement, chaque minute compte.
Les sapeurs-pompiers arrivent rapidement et prennent en charge le nourrisson. Il est transporté à l’hôpital, légèrement blessé mais vivant. Sans la réactivité de ce passant, l’issue aurait pu être tragique. Mais comment un tel abandon a-t-il pu se produire ?
Une grossesse cachée au cœur du foyer familial
La jeune femme, 19 ans, vit chez ses parents à proximité de la forêt. Hospitalisée en état de choc après les faits, elle a été entendue par les enquêteurs en fin de semaine. Son récit dessine le portrait d’une grossesse vécue dans le secret et la panique.

Elle explique avoir effectué un test de grossesse trois semaines avant les faits. Le résultat était positif. Selon ses déclarations, elle a voulu avorter, mais le délai légal pour une interruption de grossesse était déjà dépassé.
Au sein de la famille, des soupçons existaient pourtant. Le procureur Heitz précise que sa mère et sa grand-mère l’avaient interrogée sur « son ventre arrondi ». Mais la jeune femme avait systématiquement nié être enceinte.
Un déni qui a tenu jusqu’au bout. Ni ses parents ni ses proches n’auraient été au courant de la grossesse, du moins officiellement. Comment cette situation a-t-elle pu perdurer dans un même foyer pendant des mois ? C’est l’une des questions centrales de l’enquête.
Un accouchement solitaire en pleine nuit
D’après le communiqué du procureur, la jeune femme a accouché seule, au domicile familial, sans aucune assistance médicale. Personne dans la maison n’aurait entendu quoi que ce soit. Un scénario qui rappelle d’autres cas de nouveau-nés abandonnés après des grossesses dissimulées.
Après la naissance, elle affirme avoir quitté la maison avec le nourrisson et une couette. Direction le bois voisin. Elle dit avoir « voulu cacher le bébé pour que ses parents ne l’entendent pas pleurer ».
Aux enquêteurs, elle a livré cette phrase qui résume sa version : « Je ne voulais ni le tuer ni lui faire du mal, ni même l’abandonner. » Elle dit avoir été « apeurée ». Reste que le bébé s’est retrouvé nu, seul, exposé aux éléments, en lisière de forêt. Et que seul le hasard d’un passant matinal a permis de le sauver.
Tentative de meurtre sur mineur : ce que risque la jeune femme
Malgré ses déclarations, la justice a retenu une qualification lourde. La jeune femme de 19 ans a été mise en examen pour tentative de meurtre sur mineur. Une infraction criminelle qui expose en théorie à la réclusion criminelle, la tentative étant punie comme le crime consommé.

Elle a été placée sous contrôle judiciaire. Les conditions sont strictes : interdiction d’entrer en contact avec ses parents, avec le père du bébé — qui a reconnu l’enfant — et avec le nourrisson lui-même. Seule exception : les nécessités de la procédure d’assistance éducative ordonnée par un juge.
Dans ce type de dossier, une expertise psychiatrique est quasi systématique. Les magistrats chercheront à déterminer l’état psychologique de la mère au moment des faits et à évaluer s’il y a eu une volonté homicide ou un geste de panique incontrôlée.
Un juge des enfants a également été saisi pour statuer sur le sort du nourrisson. Le bébé, lui, se porte désormais bien selon les dernières informations communiquées par le parquet de Mulhouse.
Des dispositifs qui existent mais restent méconnus
Ce drame relance une question récurrente : comment éviter ces situations extrêmes ? En France, des dispositifs légaux existent pour les femmes enceintes en détresse. L’accouchement sous X permet de donner naissance anonymement dans un cadre médicalisé. L’IVG est possible jusqu’à 14 semaines de grossesse.
Dans d’autres pays, des boîtes à bébés ont été installées pour offrir une alternative sécurisée à l’abandon. En France, ces solutions restent marginales, et les grossesses non désirées se terminent encore parfois de manière dramatique.
Le cas de Wittelsheim illustre un engrenage bien documenté : le déni ou la dissimulation de grossesse, l’isolement, puis un accouchement solitaire qui mène à la panique. Si le bébé a survécu cette fois-ci, d’autres n’ont pas eu cette chance.