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« Tu vois comme moi ? » : un chirurgien du Mans accusé d’avoir violé des patientes endormies au bloc opératoire

Publié par Cassandre le 14 Juin 2026 à 10:43
Bloc opératoire vide avec table chirurgicale et lampe scialytique

Un chirurgien respecté depuis trente ans dans une clinique du Mans vient d’être renvoyé devant la cour criminelle. L’accusation est glaçante : il aurait violé quatre femmes pendant qu’elles étaient sous anesthésie générale, seules avec lui au bloc opératoire. Ce sont des infirmières qui ont brisé le silence, après avoir surpris des gestes qui ne relevaient d’aucun protocole médical.

Stéphane R., 61 ans et 30 ans de carrière au bloc

Infirmière inquiète les bras croisés dans un couloir d'hôpital

Stéphane R., 61 ans, est chirurgien spécialiste du rachis — autrement dit, de la colonne vertébrale. Pendant trois décennies, il a opéré dans une clinique de la Sarthe sans que rien ne filtre. Des centaines de patients lui ont confié leur dos, leur nuque, leur confiance.

Lors de sa première audition par les enquêteurs, le praticien balaie les accusations d’un revers de main. Selon lui, il ne s’agirait que d’une « mauvaise interprétation » de gestes purement médicaux. Repositionner un patient sur la table d’opération, le déplacer pour une radio de contrôle : rien d’anormal, assure-t-il. Des gestes courants en milieu hospitalier, selon sa version.

L’argument semble rodé. Pourquoi un médecin installé, en fin de carrière, se livrerait-il soudain à ce qu’il qualifie lui-même de « pratiques immorales » ? C’est précisément cette posture de déni que les magistrats ont dû déconstruire, pièce par pièce.

Car le dossier ne repose pas sur des suppositions. Il s’appuie sur des témoignages convergents de professionnelles de santé qui travaillaient à ses côtés, et dont les récits dessinent un mode opératoire répétitif. Mais comment ces infirmières en sont-elles venues à alerter leur hiérarchie ?

Mai 2022 : une infirmière décide enfin de parler

Le basculement a lieu en mai 2022. Une infirmière de la clinique du Mans prend son courage à deux mains et se confie à sa cheffe de bloc. Ce qu’elle décrit est sans ambiguïté : en l’espace de quelques semaines, elle aurait surpris le docteur R. introduisant son doigt dans le sexe d’une patiente. Pas une fois. Trois fois.

Le scénario se répète de manière quasi identique à chaque intervention. Pendant le contrôle radiologique postopératoire, le chirurgien reste seul avec la patiente endormie. Le reste de l’équipe est temporairement écarté du champ. C’est dans cette fenêtre d’isolement que les faits se seraient produits.

Un détail revient dans les témoignages : le praticien semble avoir retiré ses gants avant de commettre les agressions. Un geste incompatible avec toute justification médicale, et qui a immédiatement alerté les soignantes présentes. Les victimes, elles, n’ont jamais rien su sur le moment — plongées dans l’inconscience par l’anesthésie, elles étaient dans l’impossibilité de se défendre ou de témoigner.

L’enquête révèle au total quatre victimes identifiées. Quatre femmes venues se faire opérer du dos, confiantes dans le cadre supposément protecteur d’un bloc opératoire. Quatre femmes qui ignoraient ce qui s’était passé pendant qu’elles dormaient.

Renvoyé devant la cour criminelle : un procès qui pose la question du contrôle au bloc

Les faits rapportés par les soignantes ont conduit la justice à renvoyer Stéphane R. devant la cour criminelle. Une qualification lourde, réservée aux crimes les plus graves, qui traduit la conviction des magistrats instructeurs quant à la réalité des viols reprochés.

Le dossier soulève une question qui dépasse le cas individuel : comment un praticien a-t-il pu se retrouver seul, gants retirés, avec une patiente inconsciente, sans que le protocole ne l’empêche ? Dans la plupart des cliniques, le contrôle radio peut créer un bref moment où le chirurgien reste en tête-à-tête avec le patient. Un angle mort procédural dont Stéphane R. aurait systématiquement profité.

La phrase murmurée par une infirmière à sa collègue — « Tu vois comme moi ? » — résume à elle seule le basculement. Voir l’impensable dans un lieu censé garantir la sécurité absolue du patient. La confiance aveugle envers le corps médical se fissure un peu plus à chaque affaire de ce type.

Le chirurgien maintient sa version. Il nie catégoriquement toute agression. La cour criminelle devra trancher, face aux témoignages des infirmières et aux éléments rassemblés au cours de l’instruction.

Quatre patientes endormies, un chirurgien de confiance, des gants retirés et une infirmière qui a osé dire ce qu’elle avait vu : cette affaire rappelle que le bloc opératoire, sanctuaire de la médecine, peut aussi devenir un lieu de vulnérabilité extrême. Reste une question vertigineuse : combien de victimes n’ont jamais su ?

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