« Ça m’a fait un mal de chien » : enceinte, elle vit 11 mois avec une aiguille de 5 cm oubliée dans le dos
Margaux, 24 ans, a accouché de sa petite fille sans savoir qu’un morceau d’aiguille de 5 centimètres était logé dans le bas de son dos depuis des mois. Résidu d’une ponction lombaire ratée au CHU de Rennes, ce bout de métal a provoqué des douleurs que les médecins ont longtemps attribuées à un simple hématome. Aujourd’hui, la jeune mère bretonne attaque l’hôpital en justice.
Une ponction lombaire qui tourne au calvaire
Le 8 février 2025, Margaux est enceinte de trois mois lorsqu’elle est prise de violents maux de tête et de douleurs à la nuque. Les secours l’amènent aux urgences du CHU de Rennes, en Ille-et-Vilaine. Sur place, le personnel hospitalier suspecte une hypertension intracrânienne — un excès de liquide céphalorachidien qu’il faut évacuer.

La décision est prise de réaliser une ponction lombaire. Sauf que l’intervention est confiée à un interne, sans supervision d’un médecin référent. D’après le récit de Margaux, relayé par Ouest-France, le jeune praticien a dû s’y reprendre à six fois avant d’abandonner. La patiente est restée deux heures et demie sur la table d’opération. « Ça m’a fait un mal de chien », décrit-elle.
Six tentatives infructueuses sur une femme enceinte de trois mois, sans que personne ne prenne le relais. Ce détail pose une question centrale : comment un tel enchaînement a-t-il pu se produire dans un CHU de cette envergure ? Mais le pire restait à venir.
Une « boule rouge » que personne ne prend au sérieux
Deux jours après sa sortie de l’hôpital, Margaux ressent une forte douleur dans le bas du dos. Elle constate la présence d’une boule « rouge, dure et très chaude » à l’endroit où la ponction a été réalisée. Inquiète, elle retourne consulter. Les médecins diagnostiquent un hématome et tentent de la rassurer.
Ce genre de situation rappelle d’autres cas où des patients n’ont pas été écoutés à temps par l’hôpital. Margaux, elle, serre les dents pendant des mois. S’asseoir sur une chaise lui arrache des grimaces de douleur. Mais elle est enceinte, concentrée sur sa grossesse, et fait confiance au diagnostic posé.

Tout l’été, la Bretonne compose avec cette douleur permanente. En juillet 2025, elle accouche de sa petite fille. L’accouchement se déroule alors qu’un bout de métal de 5 centimètres est planté dans son dos, à quelques centimètres de sa colonne vertébrale. Elle ne le sait pas encore.
Des décharges électriques et un médecin qui sent « quelque chose de pointu »
Les mois passent. Margaux tente de vivre normalement avec son bébé, mais en décembre 2025, les douleurs changent de nature. Ce ne sont plus de simples tiraillements : elle décrit des « décharges électriques le long des jambes », des épisodes si intenses qu’ils deviennent insoutenables.
La jeune mère prend rendez-vous avec son médecin généraliste. Lors de l’examen, le praticien palpe le bas de son dos et sent quelque chose de pointu sous la peau. Un scanner est immédiatement prescrit. Le résultat est sans appel : une aiguille de 5 centimètres est logée dans le tissu graisseux, à proximité de la troisième vertèbre lombaire.
Onze mois. L’aiguille est restée en place pendant onze mois, à travers une grossesse, un accouchement et des consultations médicales où l’on a renvoyé Margaux chez elle avec un diagnostic d’hématome. Ce type d’erreur médicale aux conséquences lourdes soulève des questions que seule la justice pourra trancher.
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L’extraction et la découverte qui fait tout basculer
Le 17 décembre 2025, l’aiguille est enfin retirée chirurgicalement du dos de Margaux. Pour la jeune femme, le soulagement physique est immédiat. Mais c’est psychologiquement que la charge explose : pendant presque un an, son corps abritait un corps étranger métallique, résidu d’une intervention ratée.

Margaux est convaincue que l’aiguille brisée provient de la ponction lombaire réalisée en février au CHU de Rennes. Les six tentatives de l’interne, l’absence de contrôle post-opératoire, la douleur signalée dès le surlendemain : tous les éléments convergent. D’autres patients ont vécu des situations comparables, comme cet homme qui avait un objet coincé dans le corps pendant des années sans le savoir.
Une plainte contre le CHU de Rennes
La Bretonne a décidé d’attaquer l’établissement en justice pour obtenir réparation. Elle dénonce non seulement la ponction lombaire bâclée, mais aussi les mois passés à signaler ses douleurs sans être prise au sérieux. « Les médecins ne m’ont pas crue », résume-t-elle.
Ce cas n’est pas isolé dans le paysage hospitalier français. Des erreurs médicales découvertes des années plus tard alimentent régulièrement l’actualité judiciaire. En 2023, un homme interné par erreur pendant deux ans avait obtenu 840 000 euros de dommages et intérêts.
Contacté par Ouest-France, le CHU de Rennes n’a pas souhaité commenter l’affaire. La procédure judiciaire est en cours. Margaux, elle, espère que son témoignage servira d’alerte : dans un système hospitalier sous tension, combien de signaux de douleur sont ignorés chaque jour parce que le patient n’a « qu’un hématome » ?
Un système hospitalier en question
Au-delà du cas individuel de Margaux, cette affaire met en lumière plusieurs failles structurelles. Un interne livré à lui-même pour un geste technique délicat, sur une patiente enceinte. Six tentatives sans qu’un senior ne soit appelé. Et surtout, un suivi post-opératoire qui a manifestement échoué à détecter un corps étranger métallique pendant onze mois.
La ponction lombaire n’est pas un geste anodin. Elle consiste à insérer une aiguille entre deux vertèbres pour prélever ou évacuer du liquide céphalorachidien. Lorsqu’elle se déroule bien, elle dure une vingtaine de minutes. Chez Margaux, l’intervention a duré deux heures et demie et l’aiguille s’est brisée dans le dos de la patiente.
Des cas similaires existent à l’étranger. En 2019, une patiente américaine avait découvert, après des douleurs persistantes au ventre, qu’un instrument chirurgical avait été oublié lors d’une opération. Ces affaires se ressemblent toutes sur un point : le patient qui alerte est celui qu’on écoute en dernier.
Pour Margaux, la bataille judiciaire ne fait que commencer. Mais en rendant son histoire publique, la jeune mère de 24 ans pose une question que des millions de patients se posent sans jamais oser la formuler : que se passe-t-il quand l’hôpital refuse de croire celui qui souffre ?