Gilbert Montagné « condamné à mourir » : une erreur médicale aux conséquences irréversibles
Gilbert Montagné a récemment employé une expression rare et lourde de sens au sujet de santé, indiquant qu’il était « condamné à mourir ». Une phrase qui interpelle et suscite des questions, tant l’artiste reste actif à 74 ans. Derrière ces mots, se cache une histoire médicale longtemps restée en arrière-plan, qui remonte aux tout premiers instants de sa vie.
Une naissance dans des conditions médicales extrêmes
Gilbert Montagné naît le 28 décembre 1951 dans un contexte particulièrement critique. Il vient au monde à seulement cinq mois et demi de grossesse, une prématurité sévère pour l’époque, alors que la médecine néonatale en est encore à ses débuts. À la naissance, il ne pèse que 950 grammes, ce qui rend son pronostic vital extrêmement incertain.
Il est immédiatement placé en couveuse à l’hôpital de Port-Royal, à Paris. Il y restera trois mois et demi, une période durant laquelle chaque jour représente un combat pour la survie. Les équipes médicales doivent prendre des décisions rapides, souvent sans disposer de recul scientifique suffisant.
À cette époque, les chances de survie pour un grand prématuré sont faibles. La situation du nourrisson est considérée comme critique, et l’issue reste incertaine pendant de longues semaines.
Une prise en charge vitale aux conséquences irréversibles
Pour permettre au petit Gilbert de respirer, les médecins ont recours à une oxygénation importante. À cette période, les dosages précis d’oxygène chez les grands prématurés ne sont pas encore bien maîtrisés. Les traitements sont administrés dans l’urgence, avec les connaissances disponibles à ce moment-là.
Cette décision permet à l’enfant de rester en vie, mais elle entraîne des conséquences lourdes. Gilbert Montagné expliquera plus tard que l’oxygène lui a été administré en trop grande quantité. « On m’a donné trop d’oxygène et ça a brûlé mes nerfs optiques », confie-t-il.
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Ce surdosage provoque une destruction irréversible de ses nerfs optiques. Il devient aveugle dès la petite enfance. Il s’agit d’une erreur médicale, au sens strict, mais qui s’inscrit dans un contexte où les médecins expérimentaient encore les limites des soins intensifs néonatals.
Une survie qui n’était pas acquise
Gilbert Montagné insiste sur un point fondamental lorsqu’il revient sur cette période. Sans cette oxygénation, même excessive, il n’aurait probablement pas survécu. Il le formule clairement : « S’ils ne m’en avaient pas donné assez, je ne serais pas là pour en parler. »
C’est dans ce contexte qu’il emploie aujourd’hui l’expression « condamné à mourir ». Il ne s’agit pas d’une image, mais d’un constat médical posé dès sa naissance. « J’étais vraiment condamné à mourir », explique-t-il, en rappelant que sa survie dépendait de décisions prises dans des conditions extrêmes.
Cette réalité éclaire le paradoxe de son histoire. Une décision médicale qui lui coûte la vue, mais qui lui permet de vivre. Une vie commencée sous le signe de l’urgence et de l’incertitude.
L’annonce faite à ses parents et l’absence de rancœur
La gravité de la situation est expliquée très tôt à ses parents. Le professeur Minkowski, impliqué dans sa prise en charge, leur expose les risques et les conséquences possibles. Gilbert Montagné rapporte une phrase qui a marqué sa famille : « Vous pleurez aujourd’hui, mais vous viendrez me remercier demain. »
Cette phrase reflète la logique médicale de l’époque, où sauver la vie prime sur toute autre considération. Pour ses parents, le choc est immense, mais ils choisissent de faire confiance aux médecins et de se concentrer sur l’essentiel : la survie de leur enfant.
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Avec le recul, Gilbert Montagné explique que ses parents n’ont jamais nourri de rancœur envers le corps médical. Il rappelle que les médecins ne disposaient pas encore des connaissances actuelles et qu’ils faisaient face à des situations extrêmes, souvent sans certitude quant aux conséquences à long terme.
Grandir aveugle, sans se sentir diminué
Devenu aveugle dès la petite enfance, Gilbert Montagné affirme ne jamais s’être senti handicapé. Il attribue cette perception à l’éducation qu’il a reçue. « Mes parents n’ont jamais considéré que ma déficience visuelle était un handicap », explique-t-il.
Cette attitude a joué un rôle central dans sa construction personnelle. Elle lui a permis de développer très tôt une autonomie et une confiance en lui qui l’accompagneront toute sa vie. Aujourd’hui encore, il affirme : « Je ne me sens vraiment pas handicapé. »
Pour lui, la difficulté vient davantage de l’environnement que de sa condition. « C’est le monde qui n’est pas prévu pour nous », explique-t-il, évoquant une société souvent peu adaptée aux personnes non-voyantes.
Un parcours bâti contre tous les pronostics
Malgré ce handicap, Gilbert Montagné se tourne vers la musique. Il apprend le piano, développe une oreille exceptionnelle et entame une carrière qui le mènera au sommet de la chanson française. Ses titres deviennent des classiques et s’inscrivent durablement dans la mémoire collective.
Son parcours est marqué par une volonté constante de repousser les limites. Il raconte notamment avoir déjà piloté un avion privé, une expérience vécue autant par plaisir que pour démontrer que les personnes non-voyantes peuvent accomplir des choses que l’on juge souvent impossibles.
Même aujourd’hui, à 74 ans, cette logique reste intacte. Il évoque son envie de tester la conduite autonome, notamment le système Full Self-Driving de Tesla, dans une démarche tournée vers l’indépendance et l’autonomie.