1 900 fragments d’os, une hache et une carte bancaire… le procès glaçant d’un fan de « Dexter » accusé d’avoir tué ses deux colocataires

Un chalet isolé dans les bois de Cornouailles. Deux hommes qui disparaissent sans laisser de traces. Et un suspect décrit au tribunal comme un admirateur de la série Dexter, ce tueur en série fictif qui démembre méthodiquement ses victimes. Le procès qui s’est ouvert à la Crown Court de Winchester ce 24 juin ressemble à un scénario de thriller — sauf que les preuves, elles, sont bien réelles.
Deux anciens colocataires volatilisés près de Cornwall
James Desborough, 40 ans, comparaît pour le meurtre de deux hommes qu’il avait rencontrés dans un centre de réhabilitation. Daniel Coleman, 43 ans, et Claudio Aquilino, 57 ans, résidaient avec lui à Sandy Lodge, une structure d’hébergement destinée aux personnes souffrant de problèmes d’addiction, située à Newquay.
Les trois hommes partageaient le quotidien d’une résidence partagée. Puis les deux victimes ont cessé de donner signe de vie. Selon l’accusation, elles ont été vues vivantes pour la dernière fois en compagnie du suspect. Personne dans leur entourage n’a reçu le moindre message après leur disparition.
Le ministère public affirme que Desborough les a assassinés l’été dernier, puis a caché leurs restes près de son chalet dans les bois, à Sticker, un hameau perdu de Cornouailles. Il aurait ensuite utilisé la carte bancaire de Claudio Aquilino pour acheter un billet de train vers Londres, dans le but de simuler que celui-ci était encore en vie.
Problème : ladite carte a été retrouvée sur le toit de son propre chalet. Un détail qui, aux yeux des enquêteurs, a fait basculer l’enquête.
1 900 fragments d’os et une hache suspendue à un arbre
Les éléments présentés devant le tribunal sont d’une précision macabre. La police a mis au jour 1 900 fragments d’os brûlés près d’un ruisseau traversant la zone boisée où vivait l’accusé. Un plongeur a également repêché un morceau de chair identifié comme appartenant à Claudio Aquilino.
Dans la même zone, les équipes de recherche ont découvert deux morceaux d’omoplate non brûlés. Les restes ont tous été localisés à proximité immédiate du chalet. L’accusation parle d’une « tombe peu profonde » creusée dans le sous-bois, un lieu que seul Desborough fréquentait.
Mais le détail le plus saisissant est peut-être celui-ci : une hache a été retrouvée suspendue à une branche d’arbre, juste à côté de l’endroit où reposait le corps de Daniel Coleman. Ahmed Hossain KC, représentant du ministère public, a déclaré devant la cour que « les deux hommes ont été vus vivants pour la dernière fois en compagnie de Desborough » et que « leurs comptes bancaires ont été consultés et leur argent dépensé par Desborough » après leur disparition.
Le procureur a précisé que des analyses scientifiques, des SMS, des relevés bancaires et des images de vidéosurveillance seront utilisés comme preuves durant ce procès fleuve de sept semaines.

Fan de « Dexter » : quand la fiction s’invite au tribunal
Le parallèle avec la fiction n’a pas été choisi au hasard par l’accusation. Devant les jurés, James Desborough a été décrit comme un fan assumé de la série Dexter, ce programme culte où le personnage principal, médecin légiste le jour, traque et démembre des criminels la nuit. Le mode opératoire reproché — tuer, démembrer, incinérer, dissimuler les restes — épouse de façon troublante la mécanique narrative de la série.
L’accusé nie les deux chefs d’accusation de meurtre. Il a toutefois plaidé coupable d’avoir empêché l’inhumation légale de ses deux anciens colocataires. Un aveu partiel qui soulève une question vertigineuse : comment reconnaître avoir caché des corps tout en affirmant ne pas les avoir tués ?
Le procès doit durer sept semaines. L’accusation promet de dérouler un faisceau de preuves numériques, biologiques et financières. Les jurés devront trancher entre la version d’un homme qui dit avoir trouvé deux cadavres et celle d’un procureur convaincu d’avoir identifié un double meurtrier méthodique.
Une hache, 1 900 fragments d’os et une carte bancaire sur un toit : rarement un dossier criminel aura autant ressemblé à un script de série télé. Sauf qu’ici, personne n’écrira le dénouement à la place des jurés. Et si la réalité dépasse la fiction, le verdict, lui, ne se binge-watchera pas.