50 infractions, 9 ans de prison pour un enlèvement au couteau… et un juge l’autorise à rester

Un homme condamné pour un enlèvement au couteau, auteur de 50 infractions au total, ne sera finalement pas expulsé du Royaume-Uni. Selon le Daily Mail, un juge de l’immigration vient de lui donner raison au nom des droits humains. Le motif décisif tient en un mot que peu de gens attendaient, et il explique toute la logique de la décision.
50 infractions, un enlèvement de 2018 : le parcours d’Avdi Alija
Avdi Alija a 39 ans. Selon le Daily Mail, il est arrivé illégalement au Royaume-Uni à 14 ans, caché à l’arrière d’un camion en 2002. Depuis, son casier s’est considérablement étoffé.
Le quotidien britannique parle de 50 infractions : cambriolages, vols, détention de cocaïne, conduite sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants. Le juge lui-même a évoqué un casier « long et étendu ».
Mais le dossier le plus lourd date de 2018. Un homme est enlevé par un gang et forcé de monter dans une voiture sous la menace d’un couteau, d’après le tribunal de l’immigration de Newport, au pays de Galles.
Le rôle d’Alija ? Son logement aurait servi de prison provisoire. Selon le juge du procès, il a ouvert la porte pour que la victime y soit poussée et tendu un T-shirt utilisé pour lui attacher les jambes.
Sur place, la victime a été frappée et menacée d’être poignardée, puis ébouillantée, si elle ne versait pas 50 000 livres. Au bout de quatre heures et demie, elle a réussi à fuir en brisant une fenêtre à double vitrage à coups de pied, avant de sauter d’un balcon du deuxième étage.
Le bilan est lourd : coupures au corps, au cou, aux mains et aux bras, cinq opérations et trois semaines d’hôpital. Alija a écopé de neuf ans de prison pour séquestration et d’un an de plus pour violences. Une histoire de papiers et d’identité qui rappelle, dans un tout autre contexte, le cas de cet arbitre somalien interrogé 11 heures malgré ses « bons papiers ».
Alors comment un tel dossier a-t-il pu basculer en sa faveur ? Tout commence par un ordre d’expulsion signé en 2022.
Expulsion ordonnée, deux recours : ce que le tribunal devait trancher
En mars 2022, la ministre de l’Intérieur de l’époque, Priti Patel, ordonne son expulsion. Motif : l’homme représenterait un danger pour la collectivité.
Alija fait appel en invoquant la Convention européenne des droits de l’homme. Ce premier recours échoue : un tribunal de première instance confirme la décision de la ministre le 31 mars 2025.
Il ne s’arrête pas là. Son dossier est réexaminé le 29 septembre de cette année par le juge de l’immigration Ian Boyes, alors que l’homme est déjà sorti de prison, en liberté conditionnelle.
L’audience revient sur son histoire personnelle. Né au Kosovo de parents roms, il aurait perdu ses parents, tués pendant la guerre de 1998-1999, tandis que leur maison était détruite.
Son statut de personne dangereuse pour la collectivité lui interdisait de demander l’asile au titre de la Convention de Genève. Une porte fermée, donc, mais pas toutes.
Car il pouvait encore contester l’ordre d’expulsion sur la base de la Convention européenne des droits de l’homme, en citant les articles 2, 3 et 4. Ils protègent le droit à la vie et interdisent les traitements dégradants, l’esclavage et le travail forcé. Une question de frontières et d’identité, un peu comme ce mur de sable qui coupe le Sahara en deux, où la nationalité devient un casse-tête.
C’est là que le juge Boyes a tranché. Il a accueilli l’appel : Alija est autorisé à rester au Royaume-Uni. Reste à comprendre sur quoi il s’est appuyé, car sa phrase la plus importante n’a rien à voir avec le crime.

« Il ne peut donc pas être renvoyé » : les mots du juge
Précaution d’usage avant de citer le jugement : ces éléments proviennent du compte rendu du Daily Mail, et il faut les lire comme tels, comme dans cette histoire de marche de 14 cm où l’on a vu combien un récit circulant en ligne peut être contesté.
Selon le Daily Mail, le juge écrit : « La question la plus pertinente est que l’appelant est apatride. Il ne peut donc pas être renvoyé. » Voilà le mot-clé : apatride.
Le magistrat s’appuie sur l’absence de documents prouvant sa nationalité kosovare. Associée à son identité rom, elle l’exposerait à un risque de mauvais traitements en cas de renvoi.
Il cite le témoignage d’un expert, Vebi Kosumi. D’après lui, Alija « ferait face à de la discrimination, à une exploitation potentielle et à des abus » s’il était expulsé vers le Kosovo.
Le juge ajoute que, si un renvoi vers le Kosovo avait lieu, Alija subirait un traitement contraire à l’article 3. Il y voit une circonstance « très impérieuse » qui empêche l’expulsion.
Ce n’est pas tout. Le juge estime aussi que l’article 8, qui protège la vie privée et familiale, justifie de le laisser rester. Il énumère : sa longue résidence depuis l’enfance, son histoire personnelle jugée établie, son apatridie de fait, l’échec de toutes les démarches pour établir sa nationalité, son origine rom, sa vulnérabilité face à l’exploitation et à la misère, et l’absence de solution réaliste.
Son verdict : les conséquences d’une expulsion seraient « exceptionnellement dures ». La promesse du titre est donc tenue : c’est bien un juge qui l’autorise à rester, pour ces raisons précises.
Ce que cette décision change, et ce qu’elle ne dit pas
Concrètement, l’appel d’Avdi Alija est accepté : il peut rester sur le territoire britannique. Il est déjà libre, en liberté conditionnelle.
Dans les éléments rapportés par le Daily Mail, rien n’indique en revanche si l’administration compte contester ce jugement. La question reste donc ouverte, tout comme les suites éventuelles de la procédure.
La décision illustre surtout un mécanisme précis : être jugé dangereux ferme la porte de l’asile, mais pas celle de la protection contre les traitements dégradants. Les deux sont distincts, et c’est ce second volet qui a fait pencher le juge.
Elle rappelle aussi qu’une expulsion suppose un pays où renvoyer la personne. Sans preuve de nationalité, le renvoi devient en pratique difficile, voire impossible, comme l’affirme le juge.
D’autres histoires montrent la dureté des procédures d’expulsion sous un autre angle : cette retraitée expulsée de son appartement après plus de 70 ans réclamait seulement du temps pour ses affaires.
Reste la victime, dont le Daily Mail décrit les blessures et les cinq opérations. Dans un tout autre contexte, l’agression de cette journaliste dans un tramway rappelle combien la violence laisse des traces durables.
Un casier de 50 infractions, un enlèvement, et pourtant un juge qui refuse l’expulsion : la clé, c’est l’apatridie. Et vous, que feriez-vous à la place du magistrat ?
Si ce genre de décision vous interpelle, ce maire qui arrose des manifestants au tuyau devant sa mairie en dit long sur un tout autre bras de fer.
Et pour savoir jusqu’où peut aller le grand écart avec les faits, les fake news médicales enchaînées par Donald Trump en un seul discours méritent le détour.