« C’est la révolution ! » : un octogénaire de 82 ans tire sur des gendarmes, convaincu que Macron a été destitué


Un samedi soir paisible en Eure-et-Loir. Un retraité de 82 ans sort de chez lui, fusil en main, persuadé que le président a été renversé. Ce qui suit ressemble à un scénario de film, sauf que deux gendarmes ont bien été blessés par balles.
Retranché dans son sous-sol pendant quatre heures, l’homme n’a cédé qu’à l’arrivée du GIGN. Voici le récit complet d’un fait divers aussi sidérant qu’inquiétant.
Nogent-le-Rotrou, 18h50 : quand un retraité se croit en pleine insurrection
Les faits se sont déroulés le samedi 20 juin, aux abords de Nogent-le-Rotrou, commune tranquille d’Eure-et-Loir. Vers 18h50, un homme de 82 ans s’empare d’un fusil et de cartouches, puis sort dans son jardin en criant « c’est la révolution » et « Macron a été destitué ». Le parquet de Chartres confirme ces propos dans un communiqué officiel.
C’est son épouse qui donne l’alerte. Cinq militaires du Peloton de Surveillance et d’Intervention de la Gendarmerie (PSIG) sont immédiatement dépêchés sur place. À leur arrivée, la fille du couple les prévient : son père se tient embusqué derrière un cèdre dans le jardin, armé.
Les gendarmes tentent le dialogue. Ils progressent prudemment vers le vieil homme. Mais celui-ci fait feu à trois reprises dans leur direction. Deux militaires sont touchés aux jambes. L’un est évacué vers le Centre Hospitalier de Chartres, l’autre vers l’hôpital Percy, dans les Hauts-de-Seine.
Leurs pronostics vitaux ne sont pas engagés, précise le parquet. Mais le choc est immense. Comment un octogénaire sans antécédent judiciaire a-t-il pu en arriver là ? Et surtout, pourquoi était-il convaincu que le pays avait basculé dans le chaos ?
4 heures de siège, le GIGN mobilisé pour un artisan à la retraite
Après avoir tiré, l’homme se réfugie dans le sous-sol de sa maison. La riposte des gendarmes l’a possiblement blessé à une main. Commence alors une phase de négociation qui va durer près de quatre heures. Le GIGN est appelé en renfort pour gérer l’interpellation.
Pendant ce temps, le parquet de Chartres se déplace en personne sur les lieux. Une enquête pour « tentative d’homicides volontaires sur deux personnes dépositaires de l’autorité publique » est ouverte et confiée à la Brigade des Recherches de Nogent-le-Rotrou. Parallèlement, la Section de Recherches d’Orléans est chargée d’examiner les conditions de la riposte des forces de l’ordre.
Aux alentours de 20h50, soit quatre heures après les premiers coups de feu, le retraité se rend sans résistance. Pas de barricade spectaculaire, pas de dénouement violent. Juste un homme de 82 ans qui sort les mains en l’air. La scène a quelque chose de surréaliste.
Et c’est là que le profil du tireur surprend tout le monde. Artisan à la retraite depuis une vingtaine d’années, aucun casier judiciaire connu. Pas de signalement, pas d’historique de violences ou de menaces. Un voisin comme un autre, en somme. Du moins jusqu’à ce samedi soir.

Garde à vue et examen psychiatrique : ce que l’on sait de l’état du tireur
Transporté au centre hospitalier du Mans, l’octogénaire a subi une extraction chirurgicale d’un projectile logé dans la main. Sa situation médicale a été jugée « compatible » avec une mesure de garde à vue, selon les termes du parquet.
Au moment du communiqué, l’homme n’avait pas encore été auditionné. Un examen psychiatrique devait intervenir dans la journée. C’est évidemment la question centrale de cette affaire : qu’est-ce qui a pu convaincre un retraité sans histoire que la France vivait une révolution ?
Désinformation massive sur les réseaux sociaux, confusion cognitive liée à l’âge, climat politique anxiogène — les hypothèses ne manquent pas. Mais seule l’expertise psychiatrique et les auditions permettront d’y voir clair. Le parquet de Chartres garde la main sur le dossier.
Ce qui est certain, c’est que deux gendarmes ont bien été touchés par des tirs réels, dans l’exercice de leurs fonctions, par un homme persuadé de vivre un moment historique qui n’existait que dans sa tête. Le fusil, lui, était bien réel.
Un octogénaire sans casier, un fusil, trois coups de feu et une révolution imaginaire : ce fait divers de Nogent-le-Rotrou interroge autant qu’il glace. Quand la frontière entre réalité et fiction se brouille à ce point, c’est tout un voisinage qui découvre qu’il ne connaissait pas vraiment celui d’à côté. Et vous, vous sauriez reconnaître les signes ?