Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Faits divers

12,97 millions d’euros en 6 ans : l’ostéopathe qui se disait celui de Mitterrand jugé pour emprise sectaire

Publié par Cassandre Jolivet le 11 Oct 2026 à 11:28
Femme inquiète dans une salle d'attente de cabinet de soins

Il se présentait comme l’ostéopathe de Bill Clinton et de François Mitterrand. Ce lundi 12 octobre, Antonino Mercuri, 64 ans, s’assoit pourtant sur le banc des prévenus à Paris. Selon CNEWS, 51 clients auraient été dépouillés de plusieurs millions d’euros, et un détail de son prestigieux CV ne résiste pas à l’enquête.

51 clients, un « gourou » présumé et un procès qui s’ouvre ce lundi à Paris

Ce lundi 12 octobre, le tribunal correctionnel de Paris ouvre le procès d’Antonino Mercuri, ostéopathe de 64 ans. Il est poursuivi pour abus de faiblesse, dans un contexte d’emprise sectaire, et encourt cinq ans de prison.

Les faits visent 51 clients. Selon l’enquête rapportée par CNEWS, le praticien, décrit comme un « gourou », aurait isolé certaines personnes de leur cercle social pour mieux les garder sous sa coupe.

Le point commun des personnes concernées serait la fragilité. Un décès, une maladie, une rupture : après un tel choc, une rhétorique ésotérique leur aurait promis de les « libérer » grâce à des « soins ».

Antonino Mercuri conteste les faits. Sa défense y voit le procès « des bienfaits des médecines alternatives et de la méditation », une ligne qui annonce des débats tendus à l’audience.

Les avocats de cinq parties civiles et de l’Unadfi, association de lutte contre les sectes, décrivent des victimes aux économies captées, parfois « interdit bancaire ». Certaines auraient souscrit des crédits à la consommation ou cédé leur patrimoine immobilier pour vivre en colocation avec d’autres membres du groupe.

Le récit d’emprise qu’Emma Paris livre dans son livre rappelle que l’argent est souvent le nerf du contrôle. Ici, les sommes en jeu donnent le vertige, et les enquêteurs ont sorti la calculette.

Des montres à 2,4 millions et une cinquantaine de biens : l’enquête a fait les comptes

Reprenons depuis le début. La période reprochée court de 2012 à 2018, six années durant lesquelles l’argent aurait coulé vers le cabinet de façon continue.

Dès 2015, la Miviludes, la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, signale le praticien à la justice. Le dossier a donc mûri longtemps avant d’arriver à la barre.

Les enquêteurs se sont aussi penchés sur le train de vie du mis en cause. Il détiendrait une cinquantaine de biens immobiliers, évalués à 26 millions d’euros.

S’y ajoute une collection de montres de luxe, dont la valeur d’achat atteint 2,4 millions d’euros. On est loin du standard d’un cabinet d’ostéopathie de quartier.

Comment des patients ont-ils pu se laisser entraîner si loin ? Ailleurs, un couple de retraités a perdu plus d’un million d’euros en or face à de faux policiers : la confiance, bien manipulée, peut vider des comptes entiers.

Dans cette affaire, le mécanisme passait par une intermédiaire. Les parties civiles lui auraient souvent été envoyées par une psychothérapeute, considérée elle-même sous emprise.

Reste le chiffre central. Selon CNEWS, les enquêteurs ont calculé qu’Antonino Mercuri a perçu 12,97 millions d’euros de la part de ses clients entre 2012 et 2018. Des sommes jugées incompatibles avec une activité ostéopathique classique, même haut de gamme.

Mais ce n’est pas le plus troublant. Un élément de son CV, brandi devant les patients, vient de s’effondrer sous le regard des enquêteurs.

Collection de montres de luxe à côté de dossiers fermés

Mitterrand, « dix ans de soins » ? L’enquête parle de deux rencontres

Le prestige fait souvent le travail de persuasion. Comme dans la polémique autour du nouveau métier de Laure Manaudou, la confiance accordée à un praticien se joue sur son image.

Antonino Mercuri se présentait comme l’ostéopathe de célébrités, citant Bill Clinton ou François Mitterrand. Auprès de ses patients, il aurait affirmé avoir prolongé la vie de ce dernier en le soignant pendant dix ans.

Les parties civiles, souvent adressées par la psychothérapeute, étaient d’abord impressionnées. Elles voyaient en lui un ostéopathe « visionnaire ».

Or, selon CNEWS, l’enquête raconte tout autre chose. Il n’aurait rencontré le président de la République, malade d’un cancer, qu’à deux reprises, et n’aurait jamais fait partie de ses soignants attitrés.

Un CV trompeur, donc. Dix ans de soins d’un côté, deux rencontres de l’autre : l’écart est vertigineux, et un tel décor a pu peser sur des patients déjà fragilisés.

Une fois la confiance acquise, les « soins » pour « libérer » auraient justifié des paiements toujours plus lourds, jusqu’au surendettement pour certains. C’est l’accusation, que le prévenu rejette.

Ce que les juges devront démêler à partir de ce lundi

Le procès s’ouvre ce lundi 12 octobre, et la question centrale tient en une phrase : où s’arrête la confiance, où commence l’abus de faiblesse ? Le tribunal devra l’examiner pour chacun des 51 clients concernés.

Deux récits s’affrontent. D’un côté, des parties civiles et l’Unadfi qui décrivent des économies captées, des crédits contractés et des patrimoines cédés. De l’autre, un praticien de 64 ans qui nie et plaide la défense des médecines alternatives.

Les juges auront aussi à apprécier si de tels montants peuvent s’expliquer par une activité classique. Les enquêteurs, eux, les jugent incompatibles avec une pratique ostéopathique, même haut de gamme.

Dans ce type de dossier, les victimes mettent souvent des années à parler, comme l’illustre le témoignage d’Alexandra Rosenfeld sur l’emprise qu’elle décrit. La parole des parties civiles sera donc scrutée de près.

Quand la victime est âgée, la vulnérabilité devient un terrain de chasse : un couple d’octogénaires de l’Hérault aurait perdu 103 780 € aux mains de ses aides à domicile. Chaque affaire pose la même question de la protection des plus fragiles.

Présumé innocent jusqu’à la décision, Antonino Mercuri aura l’occasion de s’expliquer à la barre. Le verdict dira si le tribunal retient l’emprise.

Douze millions et des poussières, un CV gonflé, une cinquantaine de biens : le dossier tient en trois chiffres et une question de confiance. Et si l’argent des puissants laissait parfois plus de traces que prévu, ce que cache un papier signé à Genève dans la succession d’Alain Delon en dit long. Quant à vos nuits, une seule nuit blanche suffirait à abîmer le cerveau, et ce n’est pas le plus rassurant.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *