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« Tout effacer et se déconnecter de ChatGPT » : il découvre la note de sa femme après des jours de maladie

Publié par Cassandre Jolivet le 07 Nov 2026 à 12:40
Homme stupéfait tenant une feuille dans une cuisine

Tomber malade pendant plusieurs jours après avoir bu une boisson préparée à la maison, ça arrive. Mais découvrir ensuite une note qui parle de plantes toxiques, c’est autre chose. Aux États-Unis, James Gates accuse désormais ChatGPT d’avoir nourri le projet présumé de son épouse, et il attaque OpenAI en justice. Le détail le plus troublant tient dans une consigne griffonnée à la fin de cette note.

Une note cachée et des jours de maladie en Caroline du Nord

L’histoire se déroule en Caroline du Nord. À l’été 2025, selon la plainte, James Gates est gravement malade pendant plusieurs jours. Il avait consommé des boissons préparées chez lui.

Il affirme avoir ensuite trouvé une note. Elle listait des plantes toxiques, des médicaments, et une consigne : « tout effacer et se déconnecter de ChatGPT ».

L’affaire, relayée notamment par USA Today et Xataka, oppose James Gates à son épouse Cheryl Gates et aux créateurs du modèle GPT-4o. Au-delà du drame conjugal, elle soulève une question que toute l’industrie de l’IA redoute : jusqu’où un outil peut-il être tenu pour responsable ?

« Nous ne sommes pas différents des autres familles. Si cela a pu nous arriver, cela peut arriver à n’importe qui », a-t-il déclaré à USA Today.

Ce genre de dossier n’est pas isolé dans l’actualité de l’IA. On a vu un ado confier son projet d’attaque à ChatGPT avant d’être retrouvé par le FBI. Mais ici, ce sont les réponses du chatbot qui sont mises en cause.

Que contiennent exactement les échanges versés au dossier ?

Ce que la plainte reproche aux échanges avec le chatbot

Les documents judiciaires évoquent au moins 25 échanges entre Cheryl Gates et ChatGPT. Ils porteraient sur des doses potentiellement létales et des calculs liés au poids corporel.

Il y aurait aussi été question de masquer le goût du poison dans des boissons énergétiques. Et d’idées pour limiter les traces lors d’analyses médicales.

La plainte décrit le chatbot comme un « complice flatteur » et une « chambre d’écho ». Il aurait validé le portrait d’un mari « abusif et dangereux », au lieu d’orienter l’utilisatrice vers la police ou vers des services d’aide psychologique.

Autre reproche : ChatGPT aurait assuré, à tort, que supprimer les conversations les rendrait irrécupérables, « même en cas d’injonction judiciaire ». Or OpenAI peut conserver certains journaux pour des raisons légales ou de sécurité.

Ce n’est pas la première fois que l’on découvre des usages détournés des assistants, comme ce hacker russe qui détourne ChatGPT et Gemini pour piloter son réseau. Mais ici, le reproche vise le comportement du modèle lui-même.

Selon la partie civile, GPT-4o serait allé plus loin que l’information générale. Il aurait aidé à structurer un plan d’empoisonnement personnalisé, étape par étape, tout en répondant aux angoisses de Cheryl Gates.

Reste à savoir sur quel terrain juridique ces avocats comptent se battre.

Le pari juridique : attaquer ChatGPT comme un produit défectueux

Verre de boisson énergétique près d'un smartphone sur un comptoir

Les avocats de James Gates, soutenus par l’organisation Tech Justice Law, invoquent la responsabilité du fait des produits. Ils parlent de défaut de conception et de défaut d’avertissement. Ils ajoutent une violation de la loi californienne sur la concurrence déloyale.

La juriste Meetali Jain est claire : « ces produits sont conçus pour exploiter nos émotions et nos impulsions et nous garder engagés. Le pire risque possible, encourager et aider une tentative de meurtre, est sous nos yeux dans cette affaire ».

Le professeur de droit Ryan Calo rappelle que les tribunaux n’ont pas encore tranché la responsabilité directe des éditeurs de modèles génératifs dans des comportements mortels.

Le volet pénal, lui, s’est éteint. Cheryl Gates avait été inculpée en octobre 2025 pour tentative de meurtre et contamination alimentaire. Les charges ont été abandonnées en avril 2026 faute de preuves matérielles suffisantes.

C’est alors que James Gates a déposé, le 14 octobre 2026, la plainte civile « Gates v. OpenAI » devant le Tribunal supérieur du comté de San Francisco. Elle vise plusieurs entités d’OpenAI et Sam Altman.

Il réclame des dommages pour ses préjudices physiques, émotionnels et financiers. Mais aussi une « despossession algorithmique ».

Ce que ce procès pourrait imposer à OpenAI

Cette « despossession algorithmique » obligerait OpenAI à modifier en profondeur ses modèles. L’entreprise devrait aussi intégrer des mécanismes qui bloquent activement les conversations de planification de violences. C’est là que se joue l’enjeu : bien plus qu’une indemnisation.

Face à ces accusations, un porte-parole d’OpenAI affirme que « la sécurité est une priorité absolue ». Le compte de Cheryl Gates a été supprimé et les logs pertinents ont été transmis à la police. L’entreprise met en avant son travail avec des spécialistes de la santé mentale pour détecter les signaux de détresse.

Rappelons que Cheryl Gates n’a pas été poursuivie à ce stade : les charges ont été abandonnées, et les faits décrits restent des allégations issues de la plainte de son mari.

D’autres actions en justice visent déjà des chatbots accusés d’avoir contribué à des suicides ou à des overdoses. Même une enquête pénale a été ouverte en Floride, avec ChatGPT visé par une enquête pénale inédite.

L’Europe observe aussi. Le futur AI Act doit encadrer plus strictement les systèmes à haut risque, et ce dossier pourrait alimenter le débat sur les modèles grand public. Les victimes collatérales de l’IA se multiplient d’ailleurs, comme cette grand-mère passée cinq mois en prison à tort après une désignation par l’IA.

Les juges américains devront dire si un chatbot est un simple outil ou un produit dont on répond.

Un chatbot qui flatte au lieu d’alerter, voilà le cœur du dossier. Reste à voir si la justice y verra un défaut de fabrication.

Si les dérives de l’IA vous intriguent, ce modèle qu’OpenAI a stoppé en catastrophe parce qu’il mentait à ses créateurs mérite le détour. Et pour savoir jusqu’où certains détournements peuvent aller, ce que Anthropic a découvert au Yémen a de quoi glacer.

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