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Arnaquée d’un million d’euros par des brouteurs, elle s’envole au Ghana pour récupérer son argent — et n’en revient jamais

Publié par Cassandre le 24 Avr 2026 à 9:29
Arnaquée d'un million d'euros par des brouteurs, elle s'envole au Ghana pour récupérer son argent — et n'en revient jamais

Janet Fordham avait 69 ans, une vie rangée dans le Devon, en Angleterre, et un compte en banque vidé par des escrocs en ligne. Pendant cinq ans, cette ancienne gouvernante a envoyé entre 800 000 et un million de livres sterling à des brouteurs basés en Afrique de l’Ouest. Quand elle a réalisé l’ampleur du désastre, elle a pris une décision que personne n’a pu l’empêcher de prendre : s’envoler pour le Ghana, seule, afin de récupérer son argent. Elle y est morte le jour de la Saint-Valentin 2023, dans un accident de voiture que sa famille juge hautement suspect.

Comment tout a commencé sur un site de rencontres

L’histoire de Janet Fordham ressemble à celles que l’on lit dans les rubriques de arnaques en ligne — sauf qu’elle se termine de la pire façon possible. En 2017, cette retraitée britannique s’inscrit sur un site de rencontres. Elle tombe sur un homme charmant qui prétend être sergent-major dans l’armée britannique, en mission en Syrie.

Mains d'une femme âgée sur un ordinateur portable site de rencontres

Le scénario est classique, rodé, implacable. L’homme la séduit à distance, tisse un lien émotionnel fort pendant des semaines. Puis il lui explique qu’il a besoin d’aide pour faire acheminer des « lingots d’or » jusqu’au Royaume-Uni. Janet mord à l’hameçon. Selon les conclusions de l’enquête du comté de Devon, rapportées par le Guardian, elle lui envoie 150 000 livres sterling.

Sa belle-fille, Melanie Fordham, l’avait pourtant mise en garde. « Elle nous disait qu’ils étaient très amoureux et qu’ils allaient acheter une maison ensemble. Je lui ai dit que tout cela paraissait invraisemblable, et qu’il allait lui demander de l’argent. » Janet a balayé l’avertissement. Ce n’était malheureusement que le début d’une spirale dont elle ne sortirait jamais.

De la première arnaque à la ruine totale

Ce qui rend cette affaire aussi glaçante, c’est que Janet ne s’est pas arrêtée après la première escroquerie. Peu de temps après, un autre brouteur la contacte. Cette fois, l’homme se présente comme diplomate. Là encore, il réclame de l’argent. Là encore, elle envoie des milliers de livres. Ce type de manipulation en cascade est fréquent : les victimes d’escroqueries sentimentales sont souvent recontactées par d’autres réseaux qui savent qu’elles sont vulnérables.

« Je pense qu’elle a compris qu’elle avait été arnaquée, mais elle a d’abord eu du mal à l’accepter », a confié Melanie Fordham au Guardian. L’enquête a révélé que Janet avait utilisé tous les moyens possibles pour transférer des fonds : virements bancaires classiques, envois depuis la poste, et possiblement via un agent de voyages.

Caravane isolée dans la campagne anglaise du Devon

Au total, entre 800 000 et un million de livres sterling ont été aspirées par les escrocs. Pour réunir ces sommes considérables, la retraitée avait vendu sa maison et ses terres dans le Devon. Elle vivait désormais dans une simple caravane. Une ancienne gouvernante, sans domicile fixe dans son propre pays, ruinée par des fantômes numériques. La police du Devon a indiqué avoir « tout fait pour convaincre Janet de ne plus avoir de contact avec les criminels et de ne pas remettre d’argent ». En vain.

Un mystérieux « sauveur » apparaît au Ghana

En 2022, alors que Janet a perdu pratiquement tout ce qu’elle possédait, un nouvel individu entre dans sa vie. Un homme basé au Ghana, se faisant appeler Kofi, la contacte. Il affirme être médecin et travailler dans un magasin de téléphonie à Accra. Selon lui, il aurait découvert que Janet avait été victime d’une arnaque, et il propose de l’aider à récupérer son argent.

Ce schéma porte un nom : la « recovery scam », l’arnaque à la récupération. Des escrocs contactent des victimes déjà ruinées en leur faisant miroiter la restitution de leurs fonds. C’est exactement ce qui semble s’être passé ici. L’affaire rappelle le cas de cette octogénaire escroquée par un faux astronaute : les profils les plus isolés sont les plus ciblés.

Melanie Fordham a tout tenté pour empêcher sa belle-mère de partir. « J’ai parlé à son médecin, demandé un avis juridique, mais comme elle était saine d’esprit — bien qu’elle ait été conditionnée — elle a été jugée capable, et il n’y avait rien que nous puissions faire. » En octobre 2022, Janet Fordham monte dans un avion pour Accra, à plus de 5 000 kilomètres de chez elle, avec la conviction qu’elle allait enfin récupérer son argent.

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Le jour de la Saint-Valentin 2023

Ce qui se passe ensuite au Ghana est trouble. Arrivée à Accra, Janet noue une relation avec Kofi. La relation professionnelle se transforme en romance. La retraitée de 69 ans accepte même d’épouser cet homme qu’elle connaît depuis quelques mois à peine. Le conditionnement émotionnel dont elle a été victime pendant cinq ans semble avoir profondément altéré sa capacité à évaluer les situations.

Le 14 février 2023 — jour de la Saint-Valentin —, Janet et Kofi prennent la route en voiture. Ils se rendent chez un membre de la famille de Kofi pour discuter du futur mariage. Kofi est au volant. Sur le trajet, le véhicule dévie de sa trajectoire et fait un tonneau. Janet, qui n’est pas attachée, subit un violent traumatisme crânien. Elle meurt sur le coup.

Kofi, lui, s’en sort. Il a reconnu une « infraction routière ». Mais les circonstances de cet accident posent de nombreuses questions — des questions auxquelles personne n’a encore apporté de réponse claire.

« Des circonstances suspectes » selon la famille

Voiture accidentée sur une route du Ghana

La famille de Janet Fordham n’a jamais cru à la thèse du simple accident. « En tant que famille, nous avons besoin de faire notre deuil, de savoir ce qui s’est passé et de traduire en justice ceux qui l’ont si maltraitée et arrachée à ses proches », ont écrit les proches sur une cagnotte en ligne ouverte en 2023 pour financer le rapatriement du corps de Janet en Angleterre.

Le médecin légiste britannique, chargé de clore l’enquête, a lui-même reconnu l’existence de plusieurs « incohérences » dans le dossier. Des incohérences dues, selon lui, à un « manque de preuves » — ce qui, pour une famille endeuillée, revient à entendre qu’on ne saura probablement jamais la vérité. La justice du Devon a conclu que Janet était décédée « des suites d’un traumatisme crânien », sans pouvoir déterminer formellement si l’accident était intentionnel ou non.

Ce flou juridique est d’autant plus douloureux que les autorités britanniques avaient été alertées à plusieurs reprises. Janet et ses proches avaient contacté la police. Le détective Ben Smith a confirmé lors de l’enquête que des mises en garde répétées avaient été adressées à la retraitée. Mais face à une personne majeure et considérée comme « saine d’esprit », les forces de l’ordre n’avaient aucun levier légal pour l’empêcher de partir.

Les brouteurs, une menace qui ne recule pas

L’affaire Janet Fordham illustre de façon tragique la puissance destructrice des réseaux de brouteurs. Ces cybercriminels, principalement basés en Afrique de l’Ouest, ciblent des personnes isolées sur les sites de rencontres, les réseaux sociaux ou par e-mail. Leur méthode repose sur l’ingénierie sociale : créer un lien émotionnel intense, puis exploiter ce lien pour extorquer de l’argent, parfois pendant des années.

En France aussi, ce phénomène prend de l’ampleur. Les alertes de la DGCCRF se multiplient, et les escroqueries en ligne touchent toutes les tranches d’âge. Mais les retraités restent une cible privilégiée : plus de temps libre, parfois plus de solitude, et souvent une moindre familiarité avec les codes du numérique. Le cas récent d’une retraitée persuadée de sortir avec un chanteur célèbre le montre bien : le mécanisme de manipulation est toujours le même.

Si vous avez un proche qui utilise des sites de rencontres, parlez-en avec lui — sans le juger. C’est souvent la honte qui empêche les victimes de demander de l’aide. Janet Fordham, elle, avait refusé tous les avertissements. Elle est partie au Ghana avec l’espoir de retrouver sa vie d’avant. Elle y a trouvé la mort, à 5 000 kilomètres de chez elle, le jour de la fête des amoureux.

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