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Un requin lui sectionne la jambe : ce surfeur pompier lui plante les doigts dans l’œil, puis rejoint la plage

Publié par Elsa Fanjul le 09 Oct 2026 à 14:29
Surfeur choqué enveloppé dans une couverture sur la plage

Un surfeur, une vingtaine de dauphins, puis un choc brutal. Mel Ismail, pompier professionnel, a perdu une jambe sous la dent d’un requin près de Geraldton, en Australie. Pour la première fois, il raconte ce qu’il a fait sous l’eau, avec un détail précis sur l’œil de l’animal. La suite de son récit, entre fous rires et garrot de fortune, est tout aussi stupéfiante.

Vingt dauphins, puis « bang » : les secondes qui ont tout fait basculer

Le 14 septembre, Mel Ismail attend la prochaine vague à Glenfield Beach, près de Geraldton, sur la côte ouest de l’Australie. Surfeur passionné, il est aussi pompier professionnel. Rien ne laisse présager le drame.

Il patiente au large de la zone où les vagues déferlent quand un groupe d’environ 20 dauphins passe près de lui. Puis quelque chose de massif le percute. « J’ai d’abord cru que j’avais été heurté par un dauphin », a-t-il confié à la chaîne australienne ABC, dans une interview diffusée jeudi.

Quelques instants plus tard, tout s’accélère. « Et soudain, bang, quelque chose m’a attrapé et m’a entraîné sous l’eau. Et j’ai su que c’était un requin. » Le doute n’a duré qu’une seconde.

C’est la première fois qu’il s’exprime publiquement sur l’attaque. Son récit apporte des détails inédits sur ce face-à-face. Les autorités, elles, n’ont toujours pas déterminé l’espèce du requin en cause.

Le contexte est lourd. Quatre jours plus tard, un nageur de 63 ans, Greg O’Neill, a été mortellement attaqué par un grand requin blanc, à Sorrento Beach, dans le nord de Perth, à environ 400 kilomètres au sud de Geraldton.

Mais revenons sous la surface, là où Ismail, traîné vers le fond, a eu un réflexe que peu de gens oseraient imaginer. Que voit-il, exactement, quand la mâchoire se referme ?

Un gros œil noir et des doigts tendus : ce qu’il a fait au requin

Il n’est pas le premier à répondre à un requin par les poings. Une Australienne a elle aussi repoussé un requin à mains nues, preuve que l’instinct de survie prend parfois le pas sur toute logique.

Entraîné vers le fond, Mel Ismail n’a pas le temps de réfléchir. Il se retrouve tout près de la tête de l’animal. « J’en suis arrivé à voir son œil… un gros œil noir », décrit-il.

Il a même eu l’impression que le requin lui faisait un clin d’œil juste avant de mordre sa jambe. L’image est dérangeante, mais elle a une explication possible.

De nombreux requins, dont le requin blanc et le requin-mako, n’ont pas de paupières. Quand ils attaquent une proie, ils font rouler leurs globes oculaires vers l’arrière, dans leurs orbites, pour se protéger. Ils exposent alors une couche de cartilage blanc très résistant. Cela pourrait expliquer ce « clin d’œil », même si l’espèce n’est pas identifiée.

Face à une bête qui venait de lui sectionner la jambe, le pompier a donc visé l’œil. Il a essayé d’enfoncer ses doigts dans l’œil du requin, tandis qu’il était traîné sous l’eau. « Il me faisait un clin d’œil en retour, j’essayais de mettre mes doigts dans son œil et de pousser dessus », raconte-t-il.

Voilà le geste qui donne son relief à toute l’histoire. Mais l’attaque n’est pas finie, et le plus dur reste à venir : il est seul, blessé, et la plage est loin.

Longe de planche posée sur le sable près d'un SUV

Une vague, un inconnu et un garrot de fortune : comment il a regagné le rivage

Réagir d’instinct face à un prédateur, c’est aussi ce qu’a fait ce triathlète attaqué par un alligator en pleine rivière, dont le geste fou a marqué les lecteurs. Ismail, lui, a eu un coup de chance au bon moment.

Seul et en train de saigner au large, il attrape une vague qui le rapproche du rivage d’environ 20 mètres (66 pieds). Essoufflé, il sent ses forces le quitter.

C’est alors qu’il repère Shannan Dunn, un autre surfeur, qui descend les dunes vers la plage. Dunn se précipite et l’aide à monter sur sa planche. Ismail se souvient de ses « yeux comme des soucoupes ».

La première question de Dunn tombe, spontanée : « Où est le requin ? » Réponse du blessé : « Je ne sais pas. J’ai un peu de choses à gérer ici. »

Sur le sable, tout s’enchaîne. Un témoin fabrique un garrot avec une longe de planche, un autre appelle l’ambulance. Deux adolescents aident ensuite Ismail à monter dans le SUV de Dunn, qui file le long de la plage à la rencontre des secours.

Dans le véhicule, l’ambiance surprend. « Il y avait plein de gens qui riaient, qui me gardaient en vie, qui me gardaient positif », se rappelle-t-il. Il a même tapé dans quelques poings, parce qu’il se sentait bien : « J’ai commencé à sentir que j’allais m’en sortir. »

Ce que cette attaque dit d’une année noire sur les plages australiennes

Mel Ismail ne compte pas renoncer à la mer. Il a annoncé son intention d’y retourner, mais en bodyboard plutôt qu’en surf. Un choix qui en dit long sur sa volonté de rester dans l’eau malgré tout.

Son histoire s’inscrit dans une année particulièrement sombre. Il y a eu cinq attaques mortelles en Australie cette année, dont celle de Greg O’Neill, quatre jours après la sienne. Trois plongeurs en apnée ont aussi été tués en quatre semaines, en mai et juin.

En janvier, un jeune garçon est mort à l’hôpital quelques jours après avoir été mordu par un requin-bouledogue dans le port de Sydney. Le pays est donc loin d’une série isolée.

Le chiffre est parlant. Depuis 2000, l’Australie compte en moyenne deux à trois attaques mortelles par an, selon l’Australian Shark Incident Database, un partenariat réunissant notamment Taronga Conservation Society Australia, la Flinders University et le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud. Cette année dépasse nettement cette moyenne.

Ces drames bouleversent les habitudes. Dans l’État de Nouvelle-Galles du Sud, les nageurs se ruent vers les piscines naturelles de Sydney. Quant à la question de l’abattage, elle divise : un ordre d’abattage, chose rarissime, a déjà fait débat après la mort d’un nageur.

Reste une inconnue pour Ismail comme pour les chercheurs : l’espèce du requin n’est toujours pas établie. Tant qu’elle ne l’est pas, une partie du mystère de ce « clin d’œil » demeure.

Face à un requin, un pompier a visé l’œil, attrapé une vague et trouvé des inconnus pour le ramener : la survie tient parfois à quelques secondes et à beaucoup de monde.

Et si vous croyez que ces prédateurs agissent toujours seuls, la façon dont les requins-bouledogues choisissent leurs amis pourrait vous faire changer d’avis. Quant à savoir si votre plage préférée figure sur la liste noire, cette carte des plages où les requins attaquent le plus pourrait réserver une mauvaise surprise.

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