Zara ouvre le casier d’une salariée malade dans son dos, la licencie pour 5 vêtements… et doit lui verser plus de 90 000 €

Un casier de vestiaire, c’est un bout d’intimité qu’on laisse au travail. Pour une responsable d’un magasin Zara, il est devenu la pièce centrale d’un licenciement. Quelqu’un l’a ouvert pendant son arrêt maladie, sans la prévenir.
Cinq articles de l’enseigne, une paire de baskets, des étiquettes encore en place. Le juge a tranché, et sa décision coûte cher à l’enseigne.
Un poste confortable, des travaux et un arrêt maladie : le décor d’un licenciement
Pendant de nombreuses années, cette salariée a construit sa carrière dans un magasin Zara. Elle était responsable des opérations des rayons, avec un salaire de 3 833,46 euros, primes de vacances au prorata incluses. Une situation stable, sur le papier.
Puis le magasin a lancé des travaux de rénovation. Son emploi, selon la source, s’est retrouvé menacé par ce chantier. Et au même moment, elle a dû s’absenter plusieurs mois pour des raisons de santé.
C’est pendant cette absence que tout a basculé. Les travaux impliquaient le changement complet des casiers, et la direction en a profité pour imposer l’ouverture de tous les vestiaires. Dont le sien, alors qu’elle n’était pas là.
L’opération n’a pas été improvisée dans le dos de tout le monde. Elle a été encadrée par le directeur adjoint, un responsable, le responsable du site et un représentant du personnel. Mais la principale concernée, elle, n’en savait rien. Ce genre de scène rappelle d’ailleurs la limite que la loi fixe à la fouille d’un casier ou d’un sac.
Que contenait ce casier ? Et surtout, qu’a-t-on pu lui reprocher ?
Cinq articles étiquetés, pas de ticket de caisse et une paire de baskets en cause
À l’intérieur, les responsables ont découvert cinq produits de l’enseigne portant encore leurs étiquettes. Ils ont été transférés dans son tout nouveau casier. Puis la direction a réclamé des justificatifs.
Elle n’a pas pu produire de tickets de caisse. Mme F. s’est contentée d’affirmer qu’il s’agissait de ses effets personnels. Une réponse qui n’a pas convaincu ses supérieurs.
Parmi les articles, une paire de baskets a particulièrement pesé. Absente des registres de vente, elle correspondait, selon l’employeur, pile à un produit manquant en rayon. L’argument semblait solide.
Le couperet est tombé au début du printemps 2024. Par courrier officiel, Zara a notifié son licenciement pour faute disciplinaire, lui reprochant d’avoir conservé dans son vestiaire des articles non payés. Les licenciements de ce type surprennent souvent, comme celui validé par une cour d’appel pour un refus de donner ses codes en arrêt maladie.
La salariée a refusé de laisser passer. Elle a saisi les tribunaux pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, mais aussi pour atteinte à ses droits fondamentaux. Restait à savoir si le dossier de l’enseigne tiendrait devant un juge.
C’est le Tribunal social n° 41 de Madrid qui a examiné chaque étape. De l’ouverture du casier sans avertir l’employée jusqu’à la fiabilité contestable des inventaires électroniques de Zara. Et le verdict, lui, a été sans appel.

Le juge balaie les preuves de Zara : « un prétexte » pour la renvoyer
Avant le détail du jugement, un point utile : ce que votre patron n’a pas le droit de vous imposer est souvent plus large qu’on ne l’imagine.
Le juge a estimé que le vestiaire avait été fouillé sans garanties de sécurité suffisantes. Et que rien ne prouvait formellement un vol. Les preuves de l’enseigne ont donc été écartées.
Les inventaires électroniques de Zara, pièce maîtresse de l’accusation, ont été jugés d’une fiabilité contestable. La paire de baskets, censée correspondre à un produit manquant, n’a pas suffi à établir quoi que ce soit.
Pire pour le géant du prêt-à-porter : la justice a estimé que Zara avait cherché un prétexte pour la renvoyer. Elle a aussi retenu que l’enseigne avait bafoué son droit fondamental à la vie privée. Le licenciement a été jugé abusif.
Zara a été contrainte de réintégrer la salariée. Mais ce n’est pas tout : elle repart avec 90 742,72 € d’indemnités. S’y ajoutent 7 501 € de dommages et intérêts pour préjudice moral.
Au total, cela dépasse les 98 000 euros pour une affaire partie de cinq articles dans un casier. La suite de l’histoire ne s’arrête pas à ce chèque.
Ce que cette décision rappelle aux employeurs, et à tous les salariés
Le dossier jugé à Madrid illustre un principe simple : une preuve obtenue sans respecter les garanties nécessaires peut ruiner un licenciement. Ici, c’est l’ouverture du casier en l’absence de la salariée qui a fragilisé toute l’accusation.
Le cas n’est pas isolé dans nos pages. Une autre salariée a, par exemple, vu la Cour de cassation trancher sur un arrêt maladie, preuve que ces situations se jouent souvent sur des détails de procédure.
La source ne précise pas si Zara a fait appel. Le jugement évoque en revanche une réintégration, ce qui place l’enseigne face à une employée qu’elle avait voulu écarter. Reste à voir comment les deux parties s’en accommoderont.
Pour les salariés, le message est clair. Un employeur qui soupçonne quelque chose doit pouvoir le démontrer proprement, avec des preuves fiables. Faute de quoi un tribunal peut y voir un simple prétexte, comme ici.
Et quand l’employeur surveille un salarié en arrêt, la frontière est mince : ce que votre employeur a vraiment le droit de faire face à un arrêt maladie mérite d’être connu avant d’en avoir besoin.
Dernier détail qui frappe : la salariée n’a rien cédé. Elle a contesté, attaqué, et gagné sur toute la ligne.
Un casier ouvert dans son dos, et c’est tout un licenciement qui s’effondre. Zara perd, la vie privée gagne.
Et si un employeur peut perdre gros pour une fouille mal menée, que risque celui qui s’appuie sur un éthylotest non homologué contre un chef de chantier ? La réponse dépasse 100 000 euros. Et pour savoir jusqu’où va le licenciement après une réunion ratée en télétravail, le chiffre final vous surprendra.