« C’est faux, dans tous les domaines » : ce patron d’une pépite à 50 milliards fracasse la semaine de 35 heures

La Silicon Valley et ses tables de ping-pong, ses horaires flexibles, son culte du bien-être au bureau : cette image d’Épinal prend un coup de vieux. Un patron vient de la piétiner en direct, sans filtre. Son message : oubliez l’équilibre vie pro-vie perso si vous voulez compter dans l’IA. Et il ne s’agit pas d’un anonyme provocateur, mais du dirigeant d’une entreprise valorisée à près de 50 milliards de dollars.
Une pépite de l’IA qui défie Nvidia
Andrew Feldman n’est pas un inconnu du secteur. Vétéran des semi-conducteurs, il a cofondé Cerebras avec un pari fou : construire des puces géantes, à l’échelle d’une galette de silicium entière, capables d’avaler des volumes de données colossaux pour entraîner les modèles d’intelligence artificielle.
Le pari a payé. La société pèse aujourd’hui environ 49,5 milliards de dollars, après une levée de fonds de 5,55 milliards de dollars qui s’impose comme la plus grosse introduction en bourse d’une entreprise tech américaine depuis Snowflake. Une trajectoire qui rappelle d’autres success stories fulgurantes, à l’image de ces métiers du numérique devenus soudainement les plus recherchés du marché.
Avec ses puces hors normes destinées aux datacenters, Cerebras se pose désormais en rival crédible de Nvidia, le géant incontesté du secteur. Une ascension qui n’est pas sans rappeler la manière dont certains entrepreneurs rebattent les cartes d’un marché entier, comme cet ancien fondateur de PriceMinister qui a voulu racheter sa propre création des années plus tard.
« Sidérant » : la charge frontale contre les 35 heures
C’est au micro du podcast 20VC qu’Andrew Feldman a lâché sa bombe. Interrogé sur la valeur travail dans la tech, il n’a rien édulcoré. Pour lui, viser l’excellence mondiale tout en conservant des horaires classiques relève purement et simplement du fantasme.
Sa phrase a fait le tour des rédactions spécialisées : « Cette idée qu’on puisse construire quelque chose d’extraordinaire en travaillant 38 heures par semaine et en ayant un équilibre vie professionnelle-vie privée, c’est tout simplement sidérant. C’est faux, dans tous les domaines. »
Il enfonce le clou : bâtir un empire technologique exigerait de consacrer chaque minute de son temps de veille au projet. Il concède qu’un rythme de 40 heures hebdomadaires convient à ceux qui veulent une vie paisible. Mais selon lui, ces salariés-là ne feront jamais émerger la prochaine pépite ni les produits qui façonneront le monde de demain, à l’heure où même des singes apprennent seuls à utiliser l’IA.

Une culture d’entreprise partagée par toute l’élite tech
Le plus troublant, c’est qu’Andrew Feldman n’est absolument pas un cas isolé dans la Silicon Valley. Sergey Brin, cofondateur de Google, a récemment poussé ses équipes à grimper jusqu’à 60 heures par semaine pour ne pas perdre la main sur la course à l’IA.
Andrew Bosworth, directeur technique chez Meta, a été tout aussi direct : il a prévenu ses employés que les gains d’efficacité générés par les nouveaux outils ne devaient surtout pas servir à réclamer des jours de repos supplémentaires. Il a même qualifié ces demandes de « stupides ». Une rhétorique qui tranche avec les débats actuels sur les emplois menacés par l’intelligence artificielle d’ici dix ans.
Derrière ces discours enflammés sur la passion et le sacrifice, une question dérange de plus en plus : celle du partage des bénéfices. Le dirigeant d’une société à 49,5 milliards de dollars touche directement les fruits de ce rythme effréné. Les ingénieurs, eux, sont sommés de tout donner sans forcément voir la couleur de cette manne financière.
Une chose est sûre : dans la course à l’intelligence artificielle, le mythe du salarié épanoui à 35 heures semble définitivement relégué au musée des utopies de la tech. Reste à savoir si les talents accepteront encore longtemps ce marché — tout donner, sans garantie de retour.