Vandalisée à la disqueuse et disparue 2 mois : la croix du pic d’Aneto retrouvée par hasard lors d’un sauvetage

Depuis 1956, une croix de trois mètres veillait sur le plus haut sommet des Pyrénées. Mi-avril, quelqu’un l’a découpée à la disqueuse, et elle a disparu dans la nature. Deux mois plus tard, c’est un coup du sort — et un hélicoptère de la Guardia civile — qui l’a remise en lumière de la façon la plus inattendue.
Une croix emblématique sciée à la base sur le toit des Pyrénées
Le pic d’Aneto culmine à 3 404 mètres dans les Pyrénées aragonaises, côté espagnol. C’est le point le plus élevé de toute la chaîne, un lieu de pèlerinage autant sportif que symbolique. Depuis près de soixante-dix ans, une croix métallique marquait son sommet.
Entre le 8 et le 14 avril, selon les témoignages de guides de haute montagne, un ou plusieurs individus ont scié l’édifice à la disqueuse, au ras de la base. Le 15 avril, les alpinistes constatent l’absence. Plus rien ne dépasse de la roche.
L’affaire fait rapidement le tour des réseaux sociaux. Randonneurs, montagnards et habitants de la vallée de Benasque dénoncent un acte de vandalisme gratuit contre un symbole ancré dans le paysage pyrénéen. Certains y voient un geste incompréhensible, d’autres pointent un mobile anticlérical jamais confirmé.
Pendant ce temps, un jeune Montalbanais de 18 ans, Maël Le Lagadec, décide de ne pas attendre. Paysagiste de métier, il sculpte une croix en bois de ses mains et la hisse jusqu’au sommet pour remplacer celle en métal. Un geste qui fait parler bien au-delà des Pyrénées.
Mais la croix originale, elle, restait introuvable. Où avait-elle pu atterrir après avoir été découpée ? La montagne gardait son secret, jusqu’à ce qu’un événement totalement imprévu ne change la donne.
Retrouvée par hasard sur la face nord lors d’un sauvetage héliporté
C’est le quotidien espagnol Heraldo qui a révélé l’information. La croix n’a pas été retrouvée grâce à une enquête policière ni à une expédition dédiée. Elle a resurgi par pur hasard, lors d’une mission de sauvetage aérien menée par la Guardia civile.
Les gardes civils survolaient la face nord de l’Aneto quand ils l’ont aperçue en contrebas, tombée sur le versant le plus escarpé de la montagne. Trois mètres de métal gisant sur la roche, invisibles depuis les itinéraires classiques d’ascension. Sans l’hélicoptère, personne n’aurait pu la repérer.
L’édifice a été hélitreuillé et transporté jusqu’à la caserne de Benasque, la commune la plus proche du massif de la Maladeta. Les autorités doivent maintenant évaluer l’étendue des dégâts causés par la découpe et la chute.
La réinstallation au sommet n’est pas encore programmée. Selon Heraldo, la croix restera stockée à la caserne « jusqu’à ce que les réparations soient effectuées et qu’elle puisse être réinstallée ». Aucun calendrier précis n’a été communiqué, et l’enquête sur l’auteur du vandalisme suit son cours sans suspect identifié publiquement.
Reste un détail qui intrigue les montagnards : comment une structure de cette taille a-t-elle pu être découpée à plus de 3 400 mètres d’altitude, puis basculée sur la face nord, sans que personne ne remarque quoi que ce soit ?

Un symbole de 1956 entre foi, paysage et polémique
L’histoire de cette croix dépasse la simple question religieuse. Installée en 1956, elle fait partie du paysage pyrénéen depuis presque sept décennies. Pour beaucoup, elle n’est plus un objet de culte mais un repère visuel, un point d’arrivée symbolique après des heures d’effort.
Maël Le Lagadec, le jeune homme qui a sculpté la croix de remplacement en bois, l’avait très bien résumé auprès de La Dépêche du Midi : « C’est un symbole religieux. Moi, même si j’ai été baptisé, je ne suis pas croyant, mais je trouve que cette croix symbolise ce lieu exceptionnel et fait partie intégrante du paysage depuis 1956. »
Sa démarche avait ému bien au-delà des cercles de montagnards. À seulement 18 ans, il avait porté seul une croix en bois jusqu’au sommet le plus haut des Pyrénées. Un geste qui a enflammé les réseaux sociaux et relancé le débat sur la présence de symboles religieux dans les espaces naturels.
Car la polémique existe. En Espagne comme en France, des voix s’élèvent régulièrement pour demander le retrait des croix sommitales, au nom de la laïcité ou du respect de la nature brute. D’autres estiment que ces édifices, souvent centenaires, relèvent du patrimoine de montagne autant que de la religion.
La croix métallique originale est désormais en sécurité à Benasque. Quant à la croix en bois de Maël, elle trône toujours au sommet. Deux croix pour un même pic : la montagne n’avait pas prévu ce scénario.
Après deux mois de mystère, l’Aneto a donc récupéré son symbole — ou du moins ce qu’il en reste. La question n’est plus de savoir où se trouvait la croix, mais qui a eu l’audace de monter une disqueuse à 3 404 mètres d’altitude. Et surtout, pourquoi.