En 2022, un cargo chargé de 3 965 voitures neuves prend feu en plein Atlantique : il coule avec 1 117 Porsche, 189 Bentley et 85 Lamborghini
Des centaines de Porsche, des Bentley, des Lamborghini flambant neuves. Elles devaient rejoindre les concessionnaires américains. Au lieu de ça, elles reposent aujourd’hui à environ 3 000 mètres de profondeur, au fond de l’Atlantique. En février 2022, un incendie a ravagé le cargo qui les transportait. Et plus de quatre ans après, la question de sa cause a fini devant la justice.

Un cargo rempli de voitures neuves
Le Felicity Ace est un navire spécialisé dans le transport de voitures. Long d’environ 200 mètres, il est exploité par la compagnie japonaise Mitsui O.S.K. Lines et navigue sous pavillon panaméen.
Le 10 février 2022, il quitte le port d’Emden, dans le nord de l’Allemagne. Direction Davisville, dans l’État américain du Rhode Island. À son bord, selon Wikipédia, 3 965 véhicules neufs du groupe Volkswagen.
La liste donne le vertige : 1 944 Audi, 1 117 Porsche, 561 Volkswagen, 189 Bentley et 85 Lamborghini. Une cargaison estimée par les analystes entre 334 et 401 millions de dollars.
L’incendie en pleine mer
Le 16 février 2022, alors que le navire se trouve au large des Açores, un incendie se déclare sur l’un des ponts où sont garées les voitures.
Le feu se propage rapidement. Les 22 membres de l’équipage abandonnent le navire. Selon la radio publique américaine NPR, ils sont tous secourus par la marine portugaise et transportés en hélicoptère sur l’île de Faial. Personne n’est blessé.
Le navire, lui, est laissé à son sort. Il dérive et continue de brûler pendant environ une semaine, au milieu de l’océan.
Ces cargaisons perdues en mer fascinent toujours autant. Nous vous avions raconté l’histoire de ces 28 800 canards en plastique tombés d’un cargo en 1992, ou celle des 61 000 baskets Nike perdues dans le Pacifique en 1990.
Les batteries électriques soupçonnées
Très vite, une piste est évoquée. Selon Wikipédia, la capitainerie du port des Açores indique que les batteries lithium-ion des voitures électriques à bord se sont embrasées.
Ces batteries posent un problème bien connu des pompiers : une fois en feu, elles sont extrêmement difficiles à éteindre. Un phénomène qui complique encore la lutte contre l’incendie à bord.
Reste une question essentielle : est-ce une voiture électrique qui a déclenché le feu ? À ce stade, personne ne peut l’affirmer.
Une tentative de sauvetage
Une société spécialisée, Smit Salvage, est engagée le 18 février pour tenter de sauver le navire. Après plusieurs jours, une équipe parvient à monter à bord, à stabiliser le cargo et à l’arrimer à un remorqueur.
L’objectif est de le remorquer jusqu’à la terre ferme. Mais le Felicity Ace, fortement endommagé, a perdu sa stabilité.
Le naufrage
Le 1er mars 2022, alors qu’il est en cours de remorquage, le navire chavire et coule, dans une mer agitée. Selon Wikipédia, il sombre à environ 350 kilomètres des Açores, par environ 3 000 mètres de fond.
Selon NPR, seuls quelques débris et une petite nappe d’hydrocarbures sont visibles à la surface après le naufrage. Des remorqueurs tentent de la disperser à l’aide de lances à eau.
Avec lui disparaissent des milliers de voitures neuves. Elles reposent désormais au fond de l’océan, hors de portée.
Les clients dans l’attente
Pour les constructeurs, le choc est réel. Selon NPR, Volkswagen indique que son assurance couvre ses pertes, qui pourraient atteindre 155 millions de dollars.
Côté Porsche, les concessionnaires américains contactent un à un les clients qui attendaient leur voiture. « Nous travaillons déjà à remplacer chaque voiture concernée par cet incident », assure alors un porte-parole de Porsche Amérique du Nord.
Parmi les voitures perdues figuraient aussi des modèles très exclusifs. Selon Wikipédia, le navire transportait quinze Lamborghini Aventador Ultimae, une série limitée. Le constructeur italien les aurait reconstruites pour les clients concernés.
Les voitures de luxe ont décidément des destins étonnants. Nous vous avions raconté l’histoire de cette Lamborghini à 2,58 millions d’euros restée sans acheteur, malgré ses 457 kilomètres au compteur.
L’affaire devant les tribunaux
Mais l’histoire du Felicity Ace ne s’est pas arrêtée avec le naufrage. Qui doit payer ? En 2024, l’armateur MOL et certains de ses assureurs attaquent Volkswagen en justice en Allemagne. Ils accusent la batterie d’une Porsche électrique d’être à l’origine de l’incendie.
Selon le site spécialisé Maritime Executive, deux procédures distinctes sont lancées contre Porsche, devant les tribunaux régionaux de Stuttgart et de Braunschweig. Les plaignants estiment que la technologie des batteries de la Taycan, le modèle électrique de Porsche, était nouvelle et mal connue, et que le constructeur aurait dû davantage avertir des risques. Plus de 100 Taycan se trouvaient à bord.
Porsche gagne une première manche
En mai 2026, le tribunal de Stuttgart tranche en faveur de Porsche. Selon Maritime Executive, la juridiction estime ne pas avoir reçu de « preuve concluante qu’une Taycan avait déclenché l’incendie ».
Volkswagen faisait valoir que le feu avait pu démarrer autrement, et que ce sont les procédures et les équipements de lutte contre l’incendie du navire qui avaient permis au feu de se propager.
La décision peut encore faire l’objet d’un appel. Et la procédure engagée à Braunschweig est toujours en cours. Plus de quatre ans après le naufrage, la cause exacte de l’incendie reste donc officiellement inconnue.
Un risque qui se répète
Le drame du Felicity Ace n’est pas un cas isolé. Les navires transporteurs de voitures, chargés de milliers de véhicules garés pare-chocs contre pare-chocs sur plusieurs ponts, sont particulièrement exposés aux incendies.
En juillet 2023, un autre transporteur de voitures, le Fremantle Highway, a pris feu au large des côtes néerlandaises avec plusieurs milliers de véhicules à bord. Et selon le site spécialisé gCaptain, un autre navire de ce type, le Morning Midas, a coulé en 2025 dans le Pacifique Nord, après trois semaines de lutte contre les flammes.
Face à ces incendies à répétition, les compagnies maritimes renforcent leurs systèmes de détection et leurs règles de transport des véhicules électriques. Un défi d’autant plus grand que la part de ces voitures ne cesse de progresser dans les cales.
Ces cargaisons qui disparaissent en mer
Le Felicity Ace n’est pas le seul navire à avoir perdu une cargaison spectaculaire. En 2019, un géant des mers a perdu 342 conteneurs au large des Pays-Bas, couvrant les plages de télévisions et de jouets.
Et certaines marchandises perdues en mer continuent de refaire surface des décennies plus tard, comme ces téléphones Garfield échoués pendant plus de 30 ans en Bretagne. Les Porsche du Felicity Ace, elles, ne remonteront jamais.