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Pacifique à 30 °C, record de 2015 pulvérisé : 2027 aurait 95 % de chances d’être l’année la plus chaude

Publié par Elsa Fanjul le 21 Oct 2026 à 11:30
Océan Pacifique au lever du soleil sous une brume de chaleur

Canicules en série, glaciers qui cèdent, inondations géantes : 2026 a déjà tout du millésime qu’on voudrait oublier. Pourtant, les scientifiques ne regardent plus cette année mais la suivante, avec une inquiétude qui grandit. Un phénomène installé dans le Pacifique depuis juin pourrait faire basculer 2027 dans une autre catégorie, et le chiffre avancé par une analyse américaine donne le vertige.

2026 a tout cassé, sauf le record que tout le monde attendait

L’année 2026 s’achèvera dans trois mois. Sur le plan scientifique, elle marque déjà le franchissement d’un nouveau palier climatique, selon Futura. Canicules à répétition, ruptures de glaciers, inondations à grande échelle : le bilan est lourd.

Et pourtant, malgré ces excès de chaleur, il est peu probable que 2026 devienne l’année la plus chaude jamais enregistrée dans le monde. Ce titre appartient toujours à 2024, avec un niveau de réchauffement de +1,55 à +1,60 °C en moyenne globale par rapport à la période préindustrielle.

Les chiffres de la NOAA, l’agence météorologique américaine, vont dans le même sens. De janvier à septembre 2026, la température mondiale se classe au deuxième rang des périodes janvier-septembre les plus chaudes, derrière 2024. Rien n’est joué pour autant : tout dépendra du niveau de chaleur des trois derniers mois de l’année.

Selon Carbon Brief, 2026 devrait rester sur la deuxième marche du podium, avec environ +1,51 °C au-dessus des niveaux préindustriels. Les prévisions de records qui planaient sur l’année 2026 pourraient donc ne pas se concrétiser jusqu’au bout.

Alors pourquoi les climatologues scrutent-ils déjà 2027 ? Parce que le réchauffement dû à l’activité humaine est plutôt bien cerné. Ce qui peut encore surprendre, c’est un autre ingrédient, et il se prépare dans l’océan.

Un Pacifique à 30 °C : le signal qui met les experts en alerte

Son nom est El Niño. Il s’agit d’une phase climatique où l’eau de surface du Pacifique équatorial devient plus chaude que la moyenne. Cette anomalie, installée depuis juin dernier, pèse ensuite sur la météo mondiale pendant environ un an, voire plus.

Son « gros problème », selon Futura, c’est qu’il a tendance à ajouter de la chaleur supplémentaire dans l’atmosphère. Et ce phénomène s’intensifie actuellement de manière exceptionnelle. Plusieurs de ses effets se font déjà sentir, comme le détaille notre article sur les chances d’un El Niño plus fort que tous les autres.

Les relevés donnent le ton. Le 13 octobre, la température de surface de la mer dans la zone Niño 3.4 a franchi les 30 °C pour la troisième fois. Elle se situe à +3,3 °C de la moyenne de référence 1991-2020.

C’est le 22e jour consécutif au-dessus du précédent record absolu de 29,815 °C, établi le 17 novembre 2015. Un climatologue cité sur le réseau X évoque aussi la 13e rafale de vents d’ouest de l’année, la plus forte de l’épisode, qui devrait pousser la zone vers 4 °C au-dessus de la moyenne d’ici fin novembre.

Ce super El Niño n’a pas encore livré tous ses secrets : ses raisons de déclenchement ne sont pas toutes connues. Mais la secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, l’explique ainsi : « El Niño n’ajoute pas de chaleur supplémentaire à la planète. Il libère la chaleur que l’océan emmagasine déjà sous sa surface. »

Or, selon elle, l’océan dont il tire cette chaleur est plus chaud que jamais. Il y a donc plus de chaleur disponible à libérer. Et c’est là que le calendrier devient inquiétant : une analyse du Washington Post, appuyée sur des données de la NOAA et de Copernicus, estime à 95 % la probabilité que 2027 devienne la nouvelle année la plus chaude jamais enregistrée.

Front de glacier en fonte avec ruisseaux d'eau turquoise

+1,7 °C : ce que ce « 95 % » dit vraiment, et ce qu’il ne dit pas

Si cette estimation inquiète, c’est que l’on a déjà vu ce scénario. Les experts de l’épisode qui pourrait durer jusqu’en 2028 suivent de près la même mécanique : El Niño ne réchauffe pas l’air d’un claquement de doigts.

Son pouvoir réchauffant prend du temps à s’installer dans l’atmosphère. Son effet le plus fort intervient en général un an après son déclenchement. Avec un début en juin 2026, le pic pourrait donc survenir entre le printemps et l’été 2027.

D’une manière générale, l’année qui suit le déclenchement d’un El Niño intense tend à établir un nouveau record mondial de température. Carbon Brief prévoit un niveau de réchauffement de +1,7 °C au-dessus de celui de 1850-1900. C’est nettement plus que les +1,55 à +1,60 °C du record actuel de 2024.

Attention toutefois à ne pas confondre probabilité et certitude. Le « 95 % » du Washington Post n’est pas une prévision, c’est une estimation : un scénario probable, mais pas garanti.

Pourquoi ? Parce que ce qui se passe dans l’atmosphère dépend aussi d’autres facteurs. Les éruptions volcaniques, par exemple, ou les autres phases climatiques du monde peuvent jouer les trouble-fêtes. Le record n’est donc pas gravé dans le marbre, même si tout y mène.

Reste la vraie question : que se passerait-il concrètement si ce seuil était franchi ?

Ce que 2027 pourrait réserver, et la question qui reste en suspens

Les conséquences seraient majeures, selon la source. Elles concerneraient la fonte des glaces, le renforcement des vagues de chaleur de l’été, les sécheresses régionales et l’aggravation de certains systèmes pluvieux. Un cocktail qui ne ferait pas de cadeau aux régions déjà fragiles.

L’Europe n’est pas épargnée : son climat se réchauffe plus vite que d’autres, rappelle Futura. Pour mesurer ce que cela pourrait donner chez nous, il suffit de relire les craintes d’un été à hauts risques en France. Ces scénarios dépendent toutefois aussi d’autres paramètres climatiques.

Et l’hiver ? Les spécialistes se demandent déjà comment un tel épisode pourrait bousculer la circulation atmosphérique, comme l’évoque notre article sur l’El Niño « Godzilla » et le vortex polaire. Rien n’est certain, mais la piste est sur la table.

Reste la question que pose Futura : un record en 2027 provoquerait-il enfin un déclic dans nos sociétés ? Les signaux d’alerte ont été nombreux ces dernières années. Rien ne garantit qu’un nouveau seuil de chaleur suffise à faire évoluer les consciences, et surtout les politiques.

Si 2027 franchit ce cap, il faudra espérer que l’humanité, portée par ses dirigeants, passe du simple constat à un véritable progrès collectif. À court terme, la réponse se jouera dans l’océan Pacifique, où le thermomètre continue de grimper.

Un océan à 30 °C, un record de 2015 balayé et une probabilité de 95 % : 2027 s’écrit déjà dans le Pacifique. Et si la chaleur vous paraît abstraite, ce que l’enquête sur la canicule de Chicago en 1995 a désigné comme responsable a de quoi vous faire réfléchir. Quant à la sécheresse qui dure depuis mai, le mois où ce climatologue attend enfin le retour des pluies pourrait vous surprendre.

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