El Niño : pourquoi 2027 pourrait battre le record de chaleur jamais mesuré

On croyait 2024 indétrônable. Ce record de chaleur, on se disait qu’il resterait longtemps au sommet. Sauf qu’un phénomène né dans le Pacifique est en train de rebattre les cartes de la planète entière. Et selon plusieurs organismes, c’est bien l’année suivante qui pourrait tout emporter, avec un chiffre précis que l’on découvrira plus bas.
Dans le Pacifique, l’océan chauffe à un niveau que les scientifiques surveillent de très près
Tout part de l’océan Pacifique équatorial. Selon la NOAA, El Niño continue de s’y renforcer. Localement, les températures de surface dépassent les normales de 4 °C.
Dans la région de référence Niño 3.4, l’anomalie atteint +2,1 °C. Les dernières prévisions évoquent un épisode parmi les plus puissants observés depuis 1950, avec un pic d’intensité attendu vers la fin de l’année 2026.
Ce n’est pas qu’une affaire de thermomètre marin. Cet océan surchauffé bouleverse les circulations atmosphériques tropicales. Résultat : la répartition des pluies et des températures change à l’échelle du globe.
Les observateurs ne sont pas seuls à s’en inquiéter. D’autres épisodes récents avaient déjà fait parler d’eux, comme cet El Niño qui s’apprête à dépasser le record de 2015. Mais la vraie question, c’est ce qui se passe sur la température mondiale, et là, le calendrier réserve une surprise.
Un fond de réchauffement déjà record, et un décalage que beaucoup oublient
Le contexte n’aide pas. Selon Copernicus, septembre 2026 a été le deuxième plus chaud jamais observé sur Terre. L’anomalie atteint +1,63 °C par rapport à la période préindustrielle.
Autrement dit, le réchauffement de fond est déjà là. Et El Niño vient désormais s’ajouter à cette base déjà élevée. C’est cette combinaison qui inquiète.
Mais voilà le piège : les effets d’El Niño sur la température mondiale ne sont pas immédiats. La chaleur libérée par l’océan se diffuse progressivement dans l’atmosphère, avec un décalage de plusieurs mois. Le pic de l’océan fin 2026 ne se traduit donc pas tout de suite dans les courbes mondiales.
Le phénomène a aussi des effets sur les tempêtes. Dans le Pacifique nord-est, il favorise généralement les ouragans en réduisant le cisaillement vertical du vent, et les eaux très chaudes peuvent alimenter leur intensification. C’est ce qu’illustrent ces trois ouragans simultanés dans le Pacifique.
Dans l’Atlantique, c’est l’inverse : El Niño renforce généralement le cisaillement des vents, ce qui tend à limiter la formation des cyclones. Un même phénomène, deux effets opposés. Reste à savoir ce que tout cela donne pour l’année qui vient.
C’est là qu’intervient le Met Office britannique. Il estime que 2027 pourrait dépasser 2024, actuellement l’année la plus chaude jamais enregistrée. Le décalage explique tout : l’effet maximal se fera sentir l’année suivant le pic de l’océan.

Le chiffre de Zeke Hausfather, et la nuance qu’il ne faut surtout pas rater
Pour comprendre jusqu’où cela peut aller, il faut regarder du côté des modèles qui annoncent un épisode historique. Un climatologue américain pousse le raisonnement plus loin que les autres.
Il s’agit de Zeke Hausfather, spécialiste des températures mondiales. Selon ses projections, la température moyenne de la planète pourrait atteindre environ +1,8 °C par rapport à l’ère préindustrielle en 2027.
Pour mesurer l’écart, rappelons que le record de 2024 se situe à +1,6 °C. Le dépassement serait donc net, pas simplement symbolique. L’association du réchauffement climatique et d’un El Niño costaud suffirait à produire ce résultat.
Mais attention, et c’est le détail qui change la lecture. Ces +1,8 °C sont une projection pour une année particulière. Ils ne signifient pas le franchissement durable du seuil de +1,5 °C défini par l’accord de Paris.
La nuance est essentielle. Un pic annuel dopé par El Niño n’est pas une nouvelle normale. Mais il montre à quel point le réchauffement de fond rend chaque épisode plus explosif qu’avant.
Reste à voir ce que cela change concrètement, et ce qu’il faudra surveiller dans les prochains mois.
Ce qu’il faudra surveiller d’ici la fin de l’année
Première échéance : le maximum d’intensité d’El Niño, attendu vers la fin de 2026. C’est le moment où l’océan livrera son signal le plus fort. Les mois suivants diront si le décalage annoncé se vérifie.
Deuxième point : les chiffres mensuels de Copernicus. Septembre 2026 a déjà été le deuxième plus chaud jamais observé. Chaque nouveau relevé permettra de voir si la courbe continue de grimper avant même le pic d’El Niño.
Le contexte local compte aussi. Ceux qui suivent la météo en France savent que l’été 2026 a déjà battu un record vieux de 126 ans. Le réchauffement de fond n’attend pas El Niño pour faire des dégâts.
Les inquiétudes dépassent d’ailleurs la seule chaleur. Certains scientifiques s’interrogent sur l’effet sur l’hiver et la circulation atmosphérique. Un météorologue alerte ainsi sur un hiver qui pourrait tout renverser.
Enfin, gardons en tête que tout reste une affaire de projections. Le Met Office parle d’un record possible, pas certain. Hausfather avance un chiffre, pas une promesse. La suite dépendra de la façon dont l’océan et l’atmosphère se répondront.
2027 a donc de sérieuses chances de s’inscrire dans les livres, non pas à cause d’un seul facteur, mais parce qu’un El Niño puissant arrive sur un climat déjà chauffé. Et si le Pacifique vous intrigue, ce que 7 modèles sur 10 prévoient jusqu’en 2028 pourrait vous faire revoir votre calendrier. Quant à l’hiver, les premières tendances pour Noël et la Saint-Sylvestre réservent des surprises.