Affaire Lyhanna : ce signalement ignoré deux mois avant l’enlèvement qui accable la justice

Une fillette de 11 ans avait parlé. Ses éducateurs avaient transmis l’alerte. Le parquet avait reçu le signalement. Et pourtant, Jérôme Barrella n’a jamais été entendu. Deux mois et demi plus tard, Lyhanna disparaissait. Ce que révèlent les documents sur l’inaction de la justice donne froid dans le dos.
Un signalement de l’Aide sociale à l’enfance resté lettre morte
L’histoire commence pendant l’été 2025. Une fillette de 11 ans, placée dans un centre d’hébergement de l’aide sociale à l’enfance, dort chez une amie. C’est une soirée pyjama ordinaire, chez Jérôme Barrella.
Cette nuit-là, quelque chose se passe. La petite fille constate la présence de Barrella derrière elle, « à hauteur de ses fesses ». Elle décrit des gestes qu’elle qualifie de « déplacés », même si aucun contact physique direct n’est mentionné. Six mois s’écoulent avant qu’elle trouve le courage d’en parler à ses éducateurs.
Le centre prend ses confidences au sérieux. Le 12 mars 2026, un signalement officiel est adressé au parquet d’Auch. Le document est clair, circonstancié, rédigé par des professionnels habitués à ce type de procédure. Dans un contexte où la disparition de Lyhanna allait bouleverser la France entière quelques semaines plus tard, cette alerte aurait dû déclencher une réaction immédiate.
Sauf que rien ne se passe. Barrella n’est jamais convoqué. Jamais entendu. Le signalement semble s’être perdu dans les méandres administratifs. C’est comme si les alertes concernant des enfants n’avaient pas le poids qu’on imagine dans la chaîne judiciaire.
Et pendant ce temps, le suspect continuait de vivre sa vie, libre, à proximité d’autres enfants.
Le père de la victime contraint d’aller lui-même porter plainte
Quand le père de la fillette de 11 ans apprend que le signalement est resté sans suite, il n’en revient pas. Trois mois passent. Pas un appel, pas une convocation, pas la moindre audition. Alors il décide d’agir seul.
Il y a deux semaines, il s’est rendu à la gendarmerie pour déposer plainte lui-même. Ses mots, rapportés par France Télévisions, sont sans détour : « Le foyer a fait le déclenchement au mois de mars et pas de nouvelles. C’est inadmissible. Je n’accepte pas. » Un père qui doit relancer une machine censée protéger sa fille. L’image est difficile à encaisser.
Ce qui rend cette chronologie encore plus douloureuse, c’est le décalage entre la réactivité du centre d’hébergement et l’immobilisme du parquet. Les éducateurs ont fait leur travail. Ils ont écouté l’enfant, rédigé un rapport, envoyé l’alerte dans les règles. Comme le rappelle le père, quand un enfant est placé, la procédure est censée être immédiate.
L’enlèvement de Lyhanna a eu lieu deux mois et demi après ce signalement. Personne ne peut affirmer avec certitude qu’une audition de Barrella aurait empêché le drame. Mais la question hante désormais tous les acteurs du dossier. Et bien au-delà. Car des affaires comme celle de cette collégienne poignardée dans l’Aisne posent la même question lancinante : le système protège-t-il vraiment les plus vulnérables ?
Ce dysfonctionnement vient s’ajouter à une série de révélations qui fragilisent la chaîne de protection judiciaire en France.

Barrella incarcéré à l’isolement : ce qui se joue maintenant à Mont-de-Marsan
La suite judiciaire de l’affaire s’accélère enfin. Jérôme Barrella est actuellement incarcéré à l’isolement à la maison d’arrêt de Mont-de-Marsan. Il devrait prochainement être de nouveau entendu par la juge d’instruction, cette fois en vue d’une mise en examen pour le meurtre de Lyhanna.
Quant à la fillette de 11 ans dont le signalement avait été ignoré, elle a finalement été entendue. C’était ce lundi 15 juin, par les gendarmes, pendant deux heures. Soit plus de trois mois après l’alerte initiale. Trois mois pendant lesquels sa parole est restée dans un tiroir.
Le parquet d’Auch n’a pas encore communiqué sur les raisons de ce délai. Mais l’affaire remet sur la table un débat récurrent : le traitement des signalements dans les juridictions surchargées. Chaque année, des milliers de signalements remontent via l’aide sociale à l’enfance. Combien restent sans réponse ? Combien arrivent trop tard ? Ce sont des questions auxquelles certaines affaires anciennes continuent de donner un écho glaçant.
La juge d’instruction détient désormais entre ses mains un dossier qui dépasse le seul meurtre de Lyhanna. Un dossier qui interroge l’ensemble de la chaîne, du foyer jusqu’au tribunal. Et qui pourrait bien provoquer des remous bien au-delà du Gers.
Un signalement, deux mois, une enfant enlevée. Cette séquence restera comme l’une des failles les plus douloureuses de l’affaire Lyhanna. Reste une question que personne n’ose formuler à voix haute : combien d’alertes similaires dorment encore dans des bureaux de parquets saturés en ce moment même ?