Omar Sy juge « lamentable » la réponse des autorités aux lycéens mobilisés depuis septembre

Omar Sy n’est pas du genre à hausser le ton en promo. Invité de France Inter pour présenter la nouvelle saison de Lupin, il a pourtant sorti un mot qui claque pour parler de la mobilisation des lycéens. Une phrase entière sur un « réflexe » qu’il juge honteux, et une demande très simple adressée aux autorités : on vous la détaille plus bas.
Cinq journées de manifestation, 147 personnels blessés : le bilan qui pèse sur la mobilisation lycéenne
Pour comprendre la sortie de l’acteur, il faut d’abord regarder le terrain. Les lycéens sont mobilisés depuis la mi-septembre, et le mouvement a déjà donné lieu à cinq journées de manifestation nationale. Certaines ont été marquées par des violences.
Le gouvernement, lui, tient ses comptes. Il recense 147 personnels de l’Éducation nationale blessés. Dans le même temps, 36 enquêtes ont été ouvertes pour des violences présumées des forces de l’ordre sur des manifestants.
Autrement dit, des blessés de chaque côté, et un climat qui s’est tendu au fil des semaines. Les établissements ont été touchés, comme l’a raconté notre article sur les lycées fermés lundi en Île-de-France, où des personnels avaient déjà été blessés.
Dans ce contexte électrique, chaque prise de parole publique est scrutée. Et celle d’un comédien suivi par des millions de personnes ne passe jamais inaperçue.
Alors, qu’a-t-il dit exactement au micro de France Inter ? Pour le savoir, il faut commencer par ce qu’il voit, lui, quand il regarde ces jeunes dans la rue.
« Un pays complètement à la dérive » : le regard d’Omar Sy sur ces jeunes qui disent « j’ai un cap »
L’acteur ne parle pas en sociologue. Il parle en père, en citoyen, avec des mots simples. Pour lui, ce sont « nos mômes », et c’est « l’avenir de notre pays » qui s’exprime.
Sa formule a de quoi frapper : ces jeunes disent, selon lui, « j’ai un cap » à un pays qu’il décrit comme « complètement à la dérive ». Un renversement assumé : ceux qu’on accuse parfois de tout casser seraient ceux qui montrent la direction.
Il s’inquiète surtout de ce qui se passe en face. Les autorités, dit-il en substance, ne réagissent pas à cette parole. Et ce silence en dit long sur la façon dont les adultes écoutent les adolescents.
Le contexte politique est tendu, et d’autres affaires montrent à quel point le dossier est sensible, à l’image de la mise en garde du préfet de police de Paris sur la présence possible de casseurs. Deux lectures d’une même mobilisation, deux regards qui s’opposent.
C’est dans ce décor qu’Omar Sy a lâché la phrase qui a fait le tour des réseaux. Selon les propos rapportés, elle commence par « Quand je vois qu’on ne réagit pas à ça… » et elle ne s’arrête pas à une critique polie.
Il décrit un « réflexe » en trois temps : les empêcher de parler, « leur taper sur la gueule », ou même « les mettre les uns en face des autres pour faire des combats d’enfants ». Verdict : « lamentable ».
« On ne sait même pas ce qu’ils ont à dire » : le vrai reproche d’Omar Sy aux autorités

Le mot « lamentable » a fait le titre, mais le fond de son propos est ailleurs. Ce qu’il reproche, c’est l’ordre des choses. Avant de réprimander ou de sanctionner, répète-t-il, on ne les écoute pas du tout.
Plus grave encore à ses yeux : on leur demande de se taire, puis de se mettre d’accord entre eux. Alors que, souligne-t-il, « on ne sait même pas ce qu’ils ont à dire ».
Le comédien insiste sur le contraste. D’un côté des autorités qui cherchent à calmer, canaliser ou punir. De l’autre, une jeunesse qui veut surtout être entendue. Son interjection en dit long : « Oh mais oh ! Ils ont un truc à dire ».
Reste la solution qu’il propose, et elle est presque désarmante. Pas de grand plan, pas de réforme chiffrée : « Venez, on se calme, on les écoute et après on verra ».
C’est là que se trouve la réponse à la question posée plus haut. Sa demande aux autorités tient en trois verbes : se calmer, écouter, puis décider. Dans cet ordre.
Sur le terrain, la question des violences policières reste ouverte : un policier a notamment été mis en examen après un tir de LBD ayant éborgné un jeune, un dossier qui s’inscrit dans les 36 enquêtes évoquées. À ce stade, ces procédures doivent suivre leur cours, avec la présomption d’innocence qui s’applique.
Wembanyama, Squeezie, Vincent Lindon : Omar Sy n’est pas le seul à prendre position
Le comédien n’est pas isolé dans le monde du spectacle et du sport. Plusieurs personnalités ont déjà soutenu la mobilisation : Victor Wembanyama, Squeezie, Theodora, Louane et Lena Situations.
Autant de noms suivis par un public très jeune, celui-là même qui défile ou qui regarde ses camarades le faire. Sur ce sujet, la prise de parole d’une star pèse parfois plus lourd qu’un communiqué.
On a vu, d’ailleurs, jusqu’où ces soutiens pouvaient aller : une phrase d’une responsable politique avait fait sortir de leur silence Nabilla et Squeezie. Preuve que le mouvement lycéen dépasse largement les murs des établissements.
Vincent Lindon, lui, a salué la mobilisation comme un mouvement « contre la pénurie ». Au Parisien, à l’occasion de la sortie des Misérables, il a décrit des jeunes qui veulent « des chaises pour s’asseoir », « des sanitaires décents et fonctionnels » et une meilleure répartition des moyens, donc des chances.
Des revendications très concrètes, loin de l’image d’une jeunesse qui ne saurait pas ce qu’elle veut. Le propos de Lindon fait écho à celui d’Omar Sy : encore faut-il prendre le temps de les entendre.
Omar Sy n’en est pas à son premier coup de gueule public : il s’était déjà exprimé sur le racisme, en disant que « quand tu es Noir et que tu vis en France… » certaines réalités ne se discutent pas. Un habitué de la parole franche, donc.
Ses propos sur les lycéens ont aussi provoqué une forte réaction. Dans les commentaires sous l’article source, de nombreux lecteurs, très hostiles, lui reprochent de s’exprimer sur France Inter, de vivre aux États-Unis ou de se mêler de politique.
D’autres, plus rares dans ces échanges, défendent son droit à donner son avis. Ce débat, lui, n’est visiblement pas près de se calmer, et il montre que la question de qui a le droit de parler fait partie de l’affaire.
Une chose est sûre : tant que la mobilisation continue, les prises de parole de ce genre se multiplieront. Et chacune relance la question posée par Omar Sy : qui écoute vraiment ?
L’acteur a prouvé qu’un mot peut résumer une colère : « lamentable », mais surtout une demande claire, écouter avant de punir. Pour tourner la page de ce bras de fer, on verra si les autorités l’entendent.
Et si Omar Sy vous intrigue au-delà de ses prises de position, le village provençal où il se ressource loin des paparazzis en dit long sur l’homme. Quant à la phrase qui a glacé toute une salle, celle que Line Renaud a prononcée sur sa maison et sa fortune, elle mérite aussi qu’on s’y arrête.