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Accusations d’antisémitisme : Mediapart dégaines de nouvelles preuves et assure à nouveau que le compte Facebook était celui de Bardella

Publié par Elodie le 09 Oct 2026 à 15:32

Depuis plusieurs jours, Jordan Bardella assure que le compte Messenger d’où seraient partis des propos antisémites n’est pas le sien. Ce vendredi 9 octobre, Mediapart revient pourtant à la charge. Selon le média, des publications Twitter du président du RN et des messages Messenger auraient été écrits à quelques minutes d’intervalle, avec une même faute d’orthographe. Laquelle, et que vaut vraiment cette preuve ?

Jordan Bardella

Un compte « qui n’est pas le sien » et des captures déjà troublantes

La semaine dernière, Mediapart avait publié des captures d’écran de messages envoyés entre 2013 et 2015 par un certain Jordan Bardella sur Messenger, la messagerie de Facebook. D’après le média, ils figuraient dans une conversation où des propos antisémites avaient été tenus.

Les détails du profil collaient à la biographie de l’actuel président du RN : une mère née en Italie, la mention d’une interview accordée au Parisien en 2013, un échec au concours de Sciences-Po. Un faisceau d’indices, certes. Mais pas encore une signature.

Face à cela, l’eurodéputé d’extrême droite nie en bloc. Jeudi sur LCI, il répétait : «je n’ai jamais tenu ces propos ignobles». Une défense sans nuance, qui avait déjà donné lieu à la publication de captures certifiées et à la plainte annoncée par l’intéressé.

Le dossier aurait pu en rester là, chacun campant sur sa version. C’était sans compter sur un angle que Mediapart n’avait pas encore exploité : non plus le contenu des messages, mais leur horloge.

Car si le compte Messenger n’appartient pas à Jordan Bardella, une question dérangeante se pose. Comment se fait-il qu’il ait semblé réagir à l’actualité exactement comme lui, et exactement au même moment ?

Deux comptes, une même soirée de septembre 2013

Mediapart a comparé, message après message, les publications du compte Twitter de Jordan Bardella, celui-là même qui est toujours son compte officiel, et celles du compte Messenger contesté. Le média y voit des textes très proches, publiés à de courts intervalles.

Cette méthode a un avantage : elle ne repose ni sur une confidence ni sur un souvenir. Elle repose sur des horodatages, des liens partagés, des tournures de phrase que l’on peut recouper. Reste à savoir si ces recoupements sont aussi solides que Mediapart le dit.

Le cas le plus parlant remonte à un soir précis. L’enchaînement mérite d’être lu lentement, car il ressemble à un jeu de piste. Les deux messages parlent du même homme, avec le même lien, à deux minutes d’écart, dans deux espaces censés n’avoir aucun rapport. Cette nouvelle pièce intervient alors que le chef de l’État s’était lui-même exprimé sur ces messages, ce qui a donné au dossier une dimension nationale.

Le 12 septembre 2013, à 22 h 50, Jordan Bardella publie sur Twitter : «Le Conseiller Economique de François Hollande, employé par la Banque Rotschild». Il y joint un lien vers le magazine Challenges. Cela vise le secrétaire général adjoint de l’Élysée d’alors, Emmanuel Macron.

Deux minutes plus tard, selon Mediapart, le compte Messenger écrit dans la fameuse conversation : «J’étais sur internet, je lisais un truc intéressant ; tu savais que le conseiller économique d’Hollande était employé de la banque Rotschild ?» Et voilà le détail qui relie tout : «Rotschild» au lieu de «Rothschild», la même faute des deux côtés.

Une faute d’orthographe n’est pas une empreinte digitale, on peut l’écrire sans avoir jamais croisé l’autre auteur. Mais une faute identique, un sujet identique et un décalage de deux minutes, cela commence à faire beaucoup de hasards. Et ce n’est que le premier de la liste.

Ordinateur portable, carnet de notes et tasse de café sur un bureau de rédaction

Pétain, Sapir, « oxymore » : la série de coïncidences

Selon Mediapart, l’épisode « Rotschild » n’est pas isolé. Le média pointe d’autres cas où les deux comptes diraient la même chose à très peu de temps d’écart. Une ancienne compagne de Bardella a pris sa défense après les premières révélations, mais ces nouveaux recoupements portent sur d’autres éléments que son témoignage.

Deuxième exemple, plus récent. Le 17 août 2023, Jordan Bardella tweete : «“Syndicat de droite” ça fait un peu oxymore ^^». Quinze minutes plus tôt, le compte Messenger avait envoyé : «Journaliste de droite ça fait oxymore ^^». Même mécanique de phrase, même petit sourire typographique.

Autres rapprochements cités : les deux comptes accuseraient la gauche d’avoir «voté les pleins pouvoirs à Pétain», à un jour d’intervalle. Et ils recommanderaient un livre de l’économiste Jacques Sapir à un mois d’écart. Les intervalles varient, mais le fond reste identique.

Voilà donc la réponse à la question posée plus haut. Ce que Mediapart met sur la table, c’est un faisceau de synchronismes : les mêmes idées, les mêmes références, parfois les mêmes fautes, publiées sur le compte officiel de Jordan Bardella et sur celui qu’il récuse. Le média en déduit que le second était bien le sien à l’époque.

Il faut toutefois garder une distance : il s’agit de la démonstration de Mediapart, et elle est contestée. Aucun juge n’a tranché à ce stade, et une personne qui a toujours nié ne devient pas coupable parce qu’un média accumule des indices. Reste à voir ce que fait la défense de cette chronologie.

Silence de Bardella, riposte de son avocat

Contacté par Mediapart, Jordan Bardella n’a pas réagi à ces nouveaux éléments. Il continue de contester tout propos antisémite, mais par la voix de son avocat, Me Pascal-Pierre Garbarini, et non plus directement.

Ce dernier dénonce «une véritable campagne de dénigrement avec des méthodes très critiquables» menée par le média d’investigation. La défense conteste donc la méthode et le fond, mais, selon la source, ne s’attaque pas point par point aux coïncidences relevées. Un détail qui ne passera pas inaperçu.

De son côté, Mediapart assure depuis le premier volet de son enquête avoir obtenu de nouveaux témoignages établissant que le compte Messenger était bien, à l’époque, celui de Jordan Bardella. Trois personnes qui discutaient avec lui sur la plateforme de Meta auraient par ailleurs accepté de gérer elles-mêmes les extractions de leurs conversations, une manière d’écarter le soupçon de montage.

Le calendrier politique pèse aussi sur l’affaire. Libération rappelle que la campagne de Marine Le Pen se retrouve lestée par ce dossier, au point que certains observateurs jugent que Jordan Bardella y fait figure de poids, selon le quotidien.

Ce que l’on peut surveiller ensuite tient en trois points : la suite de la plainte annoncée, d’éventuelles nouvelles publications du média, et la réaction personnelle du principal intéressé. S’il parle, sa première réponse publique à Mediapart servira de point de comparaison.

Reste une certitude : sur un sujet aussi sensible, les mots comptent autant que les captures. Une faute de frappe, un horaire, une tournure : ce sont ces petits détails qui feront, ou non, basculer l’opinion.

Une faute de deux lettres ne prouve rien à elle seule. Mais répétée à la minute près, elle devient le détail que chacun scrutera, de la rédaction de Mediapart au camp Bardella.

Et si ce dossier vous a donné l’envie de regarder la vie du président du RN sous un autre angle, ce que sa compagne a confié sur leur couple raconte une tout autre histoire. Quant à l’inquiétude que ressentiraient les parents de cette dernière, elle n’a pas fini de faire parler.

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