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Émeutes des 17 et 18 octobre : le Conseil d’État a déjà jugé illégale une interdiction de TikTok en France

Publié par Elodie le 20 Oct 2026 à 15:38
Smartphone posé sur une chaussée mouillée, reflets de gyrophares au crépuscule

Paris, Marseille, Lyon : les nuits des 17 et 18 octobre ont laissé des vitrines brisées et des commerces pris pour cibles. Très vite, un réflexe est revenu : pointer TikTok du doigt. Mais l’application est-elle vraiment un accélérateur de chaos, et l’État a-t-il le droit de la couper ? La France a déjà essayé, et une juridiction a tranché.

Plus de 2 400 interpellations, des pillages en bandes et un réseau social dans le viseur

Les émeutes qui ont frappé la France les 17 et 18 octobre ont dégénéré à Paris, Marseille, Lyon et dans plusieurs autres villes. Affrontements avec les forces de l’ordre, destructions, attaques de commerces : le tableau est lourd. Selon les chiffres relayés, plus de 2 400 interpellations ont été recensées à l’échelle nationale.

Des pillages en bandes, visant des dizaines de magasins, ont aussi circulé en images. Et c’est là que le débat s’enflamme : ces vidéos, partagées en quelques minutes, donnent l’impression d’une contagion. Sur ce point, la photo souvenir de jeunes masqués posant devant les flammes a d’ailleurs révolté de nombreux internautes.

Trois mécanismes nourrissent le soupçon contre les réseaux sociaux, et TikTok en particulier. D’abord la diffusion éclair de vidéos spectaculaires. Ensuite leur amplification par les algorithmes. Enfin la possibilité de partager très vite des appels à se rassembler.

Rien de tout cela ne prouve pourtant que l’application organise quoi que ce soit. Un réseau peut être le miroir de la violence, son haut-parleur, ou son quartier général : ce ne sont pas du tout les mêmes accusations. Et avant de parler d’interdiction, il faut démêler trois comportements que l’on confond trop souvent.

Montrer, appeler, organiser : trois gestes que la loi ne met pas dans le même sac

Premier geste : montrer un pillage. Filmer, publier, relayer des images spectaculaires, c’est ce que font des millions d’utilisateurs devant n’importe quel événement. Cela ne signifie pas, en soi, qu’on encourage quoi que ce soit.

Deuxième geste : appeler à y participer. Là, le contenu change de nature, puisqu’il s’agit d’inciter explicitement à la violence ou aux dégradations. Troisième geste : organiser une attaque, avec un lieu, une heure, une logistique. Chacun de ces comportements appelle une réponse différente.

C’est tout l’enjeu du débat actuel. Dans un autre registre, la bataille politique sur l’encadrement des réseaux sociaux montre à quel point le sujet divise. Mais réguler une plateforme et la suspendre entièrement, ce n’est pas du tout la même chose.

Alors, la question brûle les lèvres : un gouvernement peut-il, d’un trait de plume, faire disparaître TikTok des téléphones français ? Le précédent existe, il date de mai 2024, en pleine crise en Nouvelle-Calédonie. À l’époque, le gouvernement avait décidé de bloquer TikTok, estimant que l’application contribuait à la propagation des violences.

L’affaire est ensuite remontée jusqu’à la plus haute juridiction administrative. Et le 1er avril 2025, le Conseil d’État a jugé cette interdiction illégale. La réponse à la question du titre est donc claire sur ce précédent, mais le plus instructif, ce sont les raisons de ce verdict.

Marteau de juge posé près d'un ordinateur portable et d'un téléphone retourné

Pourquoi le Conseil d’État a jugé le blocage disproportionné

Avant d’entrer dans le détail, un rappel : la mesure de 2024 ne portait pas sur de simples vidéos gênantes. Elle visait la suspension d’un réseau entier. Et c’est précisément ce qui s’est retourné contre le gouvernement, comme l’illustrent les mesures de couvre-feu numérique débattues pour les mineurs, où la question de la proportionnalité revient sans cesse.

Le Conseil d’État n’a pas fermé la porte. Il a reconnu qu’une suspension provisoire pouvait se justifier en cas de troubles extrêmement graves. Mais il a estimé que le blocage décidé en 2024 était disproportionné, notamment parce qu’il ne comportait pas de limite de durée suffisamment précise.

Voilà le détail décisif : ce n’est pas le principe d’une coupure qui a été condamné, c’est sa forme. Une interdiction doit être temporaire, encadrée, justifiée par une gravité exceptionnelle. Faute de quoi elle tombe.

Un second cadre s’est ajouté depuis. Le règlement européen sur les services numériques, le DSA, impose à TikTok de prévenir et de limiter les risques liés à la diffusion de contenus illégaux et aux menaces contre la sécurité publique. Il permet aussi aux autorités européennes de contrôler les pratiques de modération et les systèmes algorithmiques.

En pratique, trois réponses peuvent être envisagées, par ordre de gravité. Faire retirer les vidéos appelant explicitement à des violences. Demander des mesures renforcées à la plateforme. Et, en dernier recours seulement, envisager une suspension temporaire si les conditions juridiques exceptionnelles sont réunies.

Le gouvernement ne pourrait donc pas interdire TikTok simplement parce que des images de pillages y circulent massivement. Il lui faudrait démontrer que la plateforme contribue effectivement à des troubles d’une gravité exceptionnelle, et qu’aucune solution moins restrictive ne suffit. Reste à savoir ce que cela change dans les semaines qui viennent.

Ce que les autorités devront prouver avant d’aller plus loin

La vraie question n’est plus « TikTok est-il coupable ? », mais « que fait exactement TikTok ? ». Se contente-t-il de montrer les violences, ou certains contenus contribuent-ils réellement à les organiser et à les amplifier ? Les autorités devraient établir cette différence avant de justifier une mesure aussi radicale.

Cela suppose un travail de fond : identifier des contenus précis, démontrer leur rôle, vérifier que la modération n’a pas suffi. Un simple sentiment de contagion ne tiendrait pas devant un juge, comme l’a montré le précédent de 2024.

Le débat dépasse d’ailleurs largement TikTok. Quand l’école s’interroge sur les écrans, par exemple, l’interdiction des téléphones dans les collèges annoncée par Elisabeth Borne montre que le politique cherche des réponses au rapport de la société aux écrans.

Côté politique, les émeutes ont aussi des échos dans l’opinion. Un sondage publié après d’autres troubles récents a ainsi propulsé Jordan Bardella à un niveau jamais atteint, preuve que ces nuits agitées pèsent sur le débat public.

Dans l’immédiat, la voie la plus réaliste reste donc la plus modeste : retraits ciblés de vidéos appelant à la violence, et pression sur la plateforme au titre du DSA. La suspension, elle, demeure l’arme du dernier recours.

Interdire TikTok n’a rien d’un bouton qu’on presse : le juge exige des preuves, une durée et de la proportion. Et si vous croyez que les débats sur la technologie et la sécurité s’arrêtent aux réseaux sociaux, ce que le ministre des Transports reproche au FSD de Tesla va vous surprendre.

Et pour changer complètement d’univers, la décision radicale que les avocats de Robin Williams ont scellée jusqu’en 2039 cache une histoire qu’on n’imagine pas.

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