« Je ne porterai pas le ruban d’Octobre rose » : Mathilde Panot déclenche la polémique, Aurore Bergé lui demande si elle n’a pas honte
Chaque octobre, le ruban rose fleurit sur les revers, les écrans et les façades. Cette année, une députée a décidé de ne pas l’épingler, et de le dire à voix haute. Mathilde Panot a posté une vidéo qui a mis le feu à la classe politique en quelques heures. Reste à comprendre ce qu’elle reproche exactement au symbole, et qui lui a répondu le plus durement.

Une vidéo de quelques minutes, une campagne de santé publique dans le viseur
Le vendredi 9 octobre, la présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale publie une vidéo sur les réseaux sociaux. Elle y annonce sans détour : « Je ne porterai pas le ruban d’Octobre rose ».
Le contexte rend la sortie explosive. Octobre rose est une campagne annuelle qui vise à sensibiliser les femmes au cancer du sein, à encourager le dépistage et à soutenir la recherche médicale. Le ruban en est le symbole le plus reconnaissable.
La députée du Val-de-Marne ne conteste pas la maladie. Elle s’en prend à ce qu’elle décrit comme une récupération commerciale de la lutte contre le cancer par de grandes multinationales.
Son raisonnement tient en une idée : le cancer ne serait pas seulement une affaire médicale, mais aussi une question politique. Elle la relie aux décisions prises en matière de santé publique, d’environnement et de réglementation des produits chimiques.
Jusque-là, le propos relève du débat classique sur le « pinkwashing ». Mais la vidéo ne s’arrête pas là, et c’est la suite qui a fait basculer les réactions. Les entreprises citées ont de quoi surprendre.
Syngenta, Monsanto et une filiale israélienne : les cibles de Mathilde Panot
Dans sa vidéo, l’élue accuse certains groupes industriels de profiter des deux côtés : vendre des pesticides jugés dangereux, puis tirer des bénéfices de traitements contre le cancer. Selon elle, ces profits contribueraient à alimenter la maladie qu’ils prétendent combattre.
Elle nomme Syngenta et Monsanto. Elle évoque aussi les activités d’une filiale israélienne dans les territoires palestiniens et au Liban. C’est ce dernier point qui allait cristalliser la colère de ses adversaires.
Précision utile : ces accusations relèvent de l’analyse politique de la députée. Elles ne constituent pas, en elles-mêmes, une démonstration scientifique.
Les débats sur l’effet des pesticides sur la santé existent bel et bien. Mais le lien direct qu’elle dessine entre un groupe précis et l’apparition de cancers n’est pas établi dans sa vidéo.
Autre rebondissement dans le même registre : les dernières semaines ont déjà vu Mathilde Panot sommée de s’expliquer sur un tract controversé. Le terrain était donc miné avant même la vidéo.
Elle conclut en proposant de remplacer symboliquement « Octobre rose » par « Octobre colère », pour dénoncer ce qu’elle présente comme l’hypocrisie du système économique. Et c’est ce slogan qui a déclenché la riposte.
« Vous n’avez pas honte ? » : la riposte venue de tous les bords
La première réponse est venue du gouvernement. La ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, lui a lancé : « Vous n’avez pas honte ? ».
L’ancien ministre de la Santé Aurélien Rousseau a pour sa part dénoncé une mise en scène « indécente », en rappelant l’importance de la sensibilisation au dépistage. Son message est clair : on ne joue pas avec un outil de prévention.
Puis est arrivée Marine Le Pen. La figure du Rassemblement national a accusé la députée de ramener, une fois de plus, le débat à Israël, et a dénoncé ce qu’elle considère comme une obsession antisémite.
Les opposants de Mathilde Panot résument leur reproche en un mot : instrumentalisation. Selon eux, elle détourne une campagne destinée à encourager les femmes à se faire dépister.
Elle se défend. Son but, affirme-t-elle, est de dénoncer les causes environnementales et économiques des cancers, pas de remettre en cause la nécessité de lutter contre la maladie.
Reste une question que la polémique laisse en suspens : où s’arrête la critique d’un symbole et où commence le message envoyé aux femmes concernées ?

Sur les réseaux, un clivage qui dépasse la gauche et la droite
Sous la vidéo et les articles qui la relaient, la figure insoumise déjà au centre d’une autre tempête a surtout reçu un déluge de commentaires. Beaucoup sont d’une violence rare, et nous ne les reprendrons pas.
Mais le tableau est plus nuancé qu’attendu. Certains internautes, qui disent ne pas être de gauche, estiment qu’elle n’a pas tort sur le fond. D’autres applaudissent, tout en précisant qu’ils ne votent pas LFI.
Un autre courant, lui, ne remet pas en cause le fond mais la forme : imposer le port d’un ruban, d’un nœud ou d’un maillot relèverait d’une forme de pression. Chacun devrait rester libre de défendre la cause de son choix.
D’autres encore lisent la séquence comme une stratégie politique, en pleine marche vers la présidentielle : chaque sujet deviendrait l’occasion d’une récupération. Ce n’est qu’une lecture parmi d’autres, mais elle revient souvent.
Beaucoup, enfin, reprochent à la députée d’avoir fait entrer Israël dans un débat sur le cancer du sein. C’est précisément le reproche formulé par Marine Le Pen.
Autrement dit, la vidéo a fait ce que font souvent les prises de parole de ce genre : elle a obligé chacun à choisir un camp. Et ce n’est sans doute pas un hasard.
Ce que la polémique risque de laisser derrière elle
Le premier effet est politique. Mathilde Panot ne s’attendait sans doute pas à un silence poli, et la tempête l’a placée au centre de la conversation, au même titre que dans le débat sur l’abaya où Marine Le Pen visait déjà La France insoumise.
Le second effet touche à la santé publique. Aucune des personnalités qui ont réagi ne conteste l’utilité du dépistage, et la députée elle-même assure ne pas la remettre en question. Le risque, c’est que le message se brouille dans le tumulte.
Le troisième est plus discret : la bataille des symboles. Un ruban, une couleur, un slogan comme « Octobre colère » deviennent des terrains d’affrontement, et chaque camp y voit ce qu’il veut.
Dans les semaines qui viennent, on pourra surveiller deux choses. La première : les prises de parole de médecins ou d’associations sur cette séquence. La seconde : l’usage que LFI fera, ou non, de l’expression « Octobre colère ».
Ce n’est pas la première fois qu’une sortie de ce type fait réagir. Pour mesurer à quel point le climat est tendu autour du mouvement, on peut relire les menaces de mort reçues par des députés LFI à l’Assemblée nationale. Les deux affaires montrent un même climat de crispation.
Enfin, un fait demeure : le sujet de départ, le dépistage, a été relégué au second plan. C’est peut-être la vraie perte de cette polémique.
Un ruban refusé, un slogan lancé, et un pays qui s’écharpe sur un symbole plutôt que sur le dépistage lui-même. Voilà la mécanique d’une polémique réussie. Si vous aimez comprendre comment un tweet devient une affaire, cette offre de stage à 1 200 € brut qui a enflammé les réseaux vaut le détour. Et quand la parole politique dérape en direct, la phrase de Pascal Praud sur CNews montre jusqu’où ça peut aller.