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« 70.000 musulmans sont morts à Verdun » : le discours de Nuñez qui relance un débat brûlant

Publié par Elodie le 16 Juil 2026 à 12:58

Cent ans jour pour jour après son inauguration, la Grande mosquée de Paris a réuni hier des officiels venus célébrer un lieu chargé d’histoire. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez y a pris la parole pour rappeler une dette oubliée par beaucoup : celle du sang versé par des dizaines de milliers de soldats musulmans pour la France.

Mais derrière la commémoration, une annonce concrète : une future stratégie nationale contre les actes antireligieux, alors que les statistiques de 2025 dessinent une réalité préoccupante pour la communauté musulmane de France.

Laurent Nunez

Une dette de sang scellée à Verdun

« Cette mosquée est née d’une dette de sang et de reconnaissance », a lancé Laurent Nuñez devant l’assemblée. Le ministre faisait référence à l’engagement des tirailleurs musulmans pendant la Première Guerre mondiale, un pan d’histoire souvent relégué au second plan.

Le chiffre qu’il a cité donne le vertige : « Sur ce seul champ de bataille, 70.000 musulmans ont péri en 1916 » à Verdun. Un sacrifice massif qui explique la naissance de cet édifice religieux, pensé comme un hommage national après-guerre.

La Grande mosquée de Paris n’est donc pas qu’un lieu de culte parmi d’autres. Elle incarne, selon les mots du ministre, « un témoignage vivant d’une histoire ancienne, dense, parfois complexe, mais indissociable entre la France et l’islam ».

Des tensions qui n’ont jamais vraiment disparu

Laurent Nuñez n’a pas éludé les polémiques qui ont accompagné la construction du bâtiment il y a un siècle. « Déjà hier, certains voulaient opposer l’identité française et la confession musulmane », a-t-il rappelé.

Cent ans plus tard, le constat du ministre est amer : ces tentations de division « n’ont évidemment pas disparu ». Elles se manifestent aujourd’hui sous d’autres formes, plus insidieuses parfois, mais tout aussi réelles.

« Amalgames, discours haineux, discriminations » : la liste dressée par Laurent Nuñez n’a rien d’abstrait. Elle se traduit chaque année par des actes recensés, mesurables, et en forte hausse récemment.

Laurent Nuñez, au centre, en réunion à Washington avec Alejandro Mayorkas, 13 octobre 2021, parlant à table durant un entretien bilatéral.

Le chiffre qui a fait basculer le discours

En 2025, les actes antimusulmans ont bondi de 88% pour atteindre 326 signalements. Une progression spectaculaire qui replace la question de la sécurité des lieux de culte au cœur de l’agenda gouvernemental.

Ce phénomène ne touche pas seulement les musulmans de France : d’autres communautés religieuses, notamment juive, ont également été ciblées par des attaques récemment, comme le rappelait le ministre après l’attaque terroriste en Australie visant des lieux de culte juifs.

Face à ces chiffres, Laurent Nuñez a voulu marquer les esprits avec une formule forte : « Pour la République laïque qui ne reconnaît aucun culte, celui qui s’en prend à un musulman s’en prend ni plus ni moins à l’un de ses enfants. » Une phrase qui a suscité des réactions contrastées, certains y voyant une confusion entre principe de laïcité et défense communautaire.

Ce que contiendra la future feuille de route

Le gouvernement ne part pas de zéro. Des assises nationales et territoriales de lutte contre les actes antireligieux, annoncées par Emmanuel Macron, se tiennent déjà à travers le pays.

L’objectif affiché est ambitieux : « aboutir à l’élaboration d’une stratégie nationale de lutte contre les actes antireligieux autour de différents axes comme la formation, la prévention, la recherche », a détaillé Laurent Nuñez.

Concrètement, il s’agirait « d’écrire ensemble une véritable feuille de route pour les années à venir ». Reste à savoir quels moyens budgétaires et humains seront réellement mobilisés derrière ces engagements.

Cour intérieure de la Grande mosquée de Paris avec arcades et carrelages ornementaux

Un débat qui dépasse la seule question religieuse

L’annonce intervient dans un contexte social tendu, où la question du racisme en France revient régulièrement dans les sondages et les débats publics. Près d’un Français sur deux dit avoir déjà été confronté à une forme de discrimination.

Certains commentateurs interrogent la pertinence même d’une législation spécifique aux actes « antireligieux », estimant que des textes généraux contre l’insulte, la diffamation ou la discrimination devraient suffire dans une République qui se veut laïque. D’autres pointent que les actes antichrétiens, comme les dégradations d’églises, restent statistiquement majoritaires en France et mériteraient une attention équivalente.

La Grande Mosquée de Paris avait elle-même alerté à plusieurs reprises sur cette vague de musulmanophobie ces dernières années, sans qu’une réponse structurée n’ait vraiment émergé jusqu’ici.

Un centenaire sous tension politique

La cérémonie du centenaire n’a pas échappé au climat politique actuel, marqué par des débats récurrents sur la place de l’islam en France, illustrés récemment par un sondage Ifop controversé sur les jeunes musulmans et la charia.

Dans ce contexte, les propos de Laurent Nuñez visent autant à rassurer une partie de la communauté musulmane qu’à afficher une fermeté républicaine face aux extrémismes, quels qu’ils soient.

La stratégie nationale promise devra désormais transformer ces mots en actes mesurables, sous peine de rester une annonce de plus dans un dossier où les précédents engagements gouvernementaux ont souvent tardé à se concrétiser.

Plaque commémorative en hommage aux soldats musulmans tombés pour la France

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