« Un risque noble » : à Saint-Denis, la mairie paie ses grévistes et le préfet brandit la justice

Mardi 29 septembre, les grilles des hôtels de ville de Saint-Denis et de Pierrefitte-sur-Seine sont restées closes. Le maire insoumis Bally Bagayoko avait promis d’être aux côtés des grévistes de la fonction publique. Mais l’une de ses décisions, rare et très risquée, fait déjà réagir l’État : elle concerne directement la fiche de paie des agents.
Des grilles closes à Saint-Denis et Pierrefitte : la promesse du 29 septembre
Le décor est simple, et il parle de lui-même. Ce mardi, l’hôtel de ville de Saint-Denis ne reçoit personne. Celui de Pierrefitte-sur-Seine non plus.
Selon Le Parisien, la fermeture ne s’arrête pas là. Les grilles du grand centre administratif et du centre communal d’action sociale, installés à l’espace Salvador-Allende, sont elles aussi closes. Pour les habitants, c’est la journée des démarches qui attendront.
Rien de spontané dans cette scène. Le maire et ses adjoints l’avaient annoncé, puis répété : ils seraient du côté des grévistes lors de cette journée de mobilisation de la fonction publique. La parole donnée s’est traduite en portes fermées.
Pour les familles, les usagers et les agents eux-mêmes, une telle journée pose des questions très concrètes. Qui ouvre, qui reste chez soi, et que devient la paie du jour ? Si vous voulez comprendre comment se préparent les foyers dans ces moments-là, ce guide des bons réflexes pour s’organiser détaille les cas des écoles, des transports et des crèches.
À Saint-Denis, l’affaire prend pourtant une tournure plus politique qu’un simple mot d’ordre. Une phrase prononcée quelques jours plus tôt en donnait déjà le ton.
« Nous devrons le combattre dans la rue » : la colère budgétaire de la majorité
Cette phrase, c’est celle de Landry Ngang, adjoint délégué aux finances. Lors du dernier conseil municipal, jeudi, il a prévenu : « Le prochain budget du gouvernement, nous devrons le combattre dans la rue, le 29 septembre et lors des mobilisations d’octobre. »
Le message est clair. La grève du 29 septembre n’est pas présentée comme un épisode isolé, mais comme le premier rendez-vous d’une série. Octobre est déjà cité.
L’élu avait auparavant dénoncé un budget 2027 qu’il juge « dangereux » pour les collectivités territoriales. C’est cet argument, celui des moyens des communes, qui sert de socle à l’engagement de la municipalité.
Côté fonctionnaires, la question salariale alimente aussi la tension. Le sujet du gel du point d’indice revient régulièrement dans le débat, et ce troisième gel confirmé par le gouvernement a déjà mis le feu aux poudres chez les syndicats.
Reste à savoir ce que la mairie de Saint-Denis compte faire concrètement, au-delà des discours et des grilles fermées. C’est là que l’affaire devient inédite.
D’après Le Parisien, la municipalité insoumise a décidé de rémunérer ses agents grévistes lors de la mobilisation du 29 septembre. Autrement dit, ceux qui suivent le mouvement ne verraient pas leur journée disparaître de leur paie. Le quotidien parle d’une mesure inédite à Saint-Denis, et cite en titre un « risque noble ».
Le préfet crie à l’« illégalité » et menace de saisir la justice

La réponse de l’État ne s’est pas fait attendre. Toujours selon Le Parisien, le préfet de Seine-Saint-Denis menace de saisir la justice contre cette décision, qu’il qualifie d’« illégale ».
Le mot est fort. Il place la mairie dans une situation délicate : elle a choisi de soutenir un mouvement social, mais son geste pourrait être contesté devant un juge.
Pourquoi ce point cristallise-t-il autant ? En règle générale, dans la fonction publique, une journée de grève entraîne une retenue sur le traitement de l’agent. C’est le cadre habituel, connu de tous les syndicats. Une commune qui décide de compenser cette perte s’écarte donc de la règle, et c’est ce que le préfet semble lui reprocher.
Ce type de bras de fer entre un préfet et une mairie n’est pas nouveau en soi. Le représentant de l’État veille à la légalité des actes des collectivités, et il peut porter un dossier devant la justice administrative s’il estime qu’une décision dépasse ce que la loi permet.
Dans ce dossier, ce n’est pas le droit de grève qui est en cause. Ce que conteste le préfet, c’est la manière dont la commune a décidé de le financer. La nuance est de taille.
Et Saint-Denis n’en est pas à sa première passe d’armes avec le pouvoir central. Le ministre David Amiel avait déjà alerté Bally Bagayoko sur son projet de désarmer sa police municipale. Deux dossiers, un même climat de défiance.
Ce qu’il faut surveiller après le 29 septembre
La première question est judiciaire. Le préfet ira-t-il jusqu’au bout de sa menace ? Le Parisien ne dit pas, dans le passage accessible de son article, si la saisine est déjà déposée. Tant qu’elle ne l’est pas, tout reste ouvert.
La deuxième est politique. En s’affichant aux côtés des grévistes et en assumant un « risque noble », la municipalité envoie un signal à ses agents comme à ses électeurs. Depuis son arrivée, le maire a déjà multiplié les gestes qui font réagir, comme le décrochage du portrait d’Emmanuel Macron, qui avait posé la question de son droit à le faire.
La troisième est financière. Une commune qui rémunère des jours de grève doit pouvoir justifier la dépense. On peut donc s’attendre à ce que le sujet revienne devant le conseil municipal, où l’opposition ne manquera pas de poser des questions.
Enfin, il y a les mobilisations d’octobre annoncées par Landry Ngang. Si la mairie s’engage de nouveau à payer ses grévistes, le bras de fer avec la préfecture pourrait se répéter, voire se durcir.
Pour mesurer ce que les habitants attendent vraiment de leur maire, ce récit des 100 jours de Bally Bagayoko à la tête de Saint-Denis donne des éléments de contexte utiles. La suite, elle, s’écrira sans doute dans un tribunal ou dans la rue.
Une mairie qui ferme ses portes, un maire qui paie ses grévistes, un préfet qui parle de justice : le 29 septembre à Saint-Denis se joue autant sur les fiches de paie que sur les pancartes.
Et si vous aimez les histoires où le pouvoir local se frotte à l’État, ce face-à-face inédit entre Stéphane Bern et le maire pour la flèche de la basilique vaut le détour.
Et pour changer complètement d’air, la raison, inscrite dans la loi, pour laquelle les marchés français se tiennent toujours le même jour est plus surprenante qu’on ne l’imagine.