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« C’est une première » : le cancer du sein de cette hôtesse de l’air reconnu maladie professionnelle

Publié par Cassandre le 30 Août 2026 à 16:28
Hôtesse de l'air pensive près d'un hublot d'avion

Pendant trente ans, elle a arpenté les couloirs des long-courriers, respirant un air chargé de fumée de cigarette que la réglementation autorisait encore à bord. Aujourd’hui en rémission d’un cancer du sein, Sophie Lainault vient d’obtenir une décision que personne, dans l’aviation française, n’avait jamais réussi à décrocher. Une victoire judiciaire qui pourrait changer la vie de milliers d’autres hôtesses et stewards.

Douze mille heures de vol et un combat de deux ans et demi

Entre 1989 et 2019, Sophie Lainault a travaillé chez Air France, d’abord comme hôtesse de l’air puis comme chef de cabine. Elle a cumulé plus de 12 600 heures de vol, dont plus de 6 500 heures de nuit, un rythme qui a bouleversé son organisme pendant trois décennies. Résidente d’Anglet, dans les Pyrénées-Atlantiques, elle a développé un cancer du sein dont l’origine professionnelle vient d’être officiellement reconnue.

Ce combat, elle l’a mené pendant deux ans et demi, épaulée par des militants de la CFDT. Deux comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles avaient pourtant estimé, avant elle, que le lien entre son cancer et son métier n’était pas établi. Un refus qui aurait pu décourager n’importe qui, mais qui n’a pas eu raison de sa détermination.

Le tabagisme passif a joué un rôle central dans cette affaire : fumer était autorisé à bord des avions Air France jusqu’en 2000, exposant l’ensemble du personnel navigant à des substances aujourd’hui reconnues comme dangereuses. Ce type de reconnaissance rare rappelle d’autres décisions marquantes, comme ce chiffre historique qui change tout pour les malades du cancer, ou encore ce traitement qui fait disparaître des tumeurs jugées incurables.

Une décision qui fait jurisprudence en France

Début juillet, le pôle social du tribunal judiciaire de Bayonne a tranché : le cancer de Sophie Lainault est bien d’origine professionnelle. Les juges ont écarté toute autre explication génétique ou liée à son hygiène de vie, ne retenant que l’exposition professionnelle prolongée comme cause plausible de la maladie.

Le problème, c’est que le cancer du sein ne figure toujours pas dans les tableaux officiels des maladies professionnelles en France. Concrètement, cela transforme chaque demande de reconnaissance en véritable parcours du combattant pour les malades qui osent l’engager.

Son avocate, Élisabeth Leroux, insiste sur la portée de cette victoire. Le lien entre cancer du sein et exposition professionnelle avait déjà été reconnu pour des infirmières, des ouvrières ou des agents de sécurité, à cause du travail de nuit, des rayonnements ionisants ou des perturbateurs endocriniens.

Mais jamais, à sa connaissance, pour une hôtesse de l’air.

Cette décision, définitive en l’absence d’appel, ouvre donc un précédent juridique inédit dans tout le secteur aérien français, un peu comme d’autres décisions ont récemment bousculé des situations jugées figées, à l’image de cette greffe inédite qui a changé la vie d’un patient ou de ce traitement qui a fait disparaître une tumeur chez 100% des patients d’un essai.

Marteau de justice et ruban rose sur documents officiels

« Que d’autres femmes osent » : l’onde de choc dans tout le secteur

Le lien entre exposition prolongée et risque de cancer fait débat depuis des années dans plusieurs professions exposées à des facteurs de risque particuliers. Pour Sophie Lainault, la portée de sa victoire dépasse largement son propre cas. « C’est vraiment mon vœu le plus cher que ça ouvre la voie à d’autres femmes qui n’auraient pas osé jusque-là », confie-t-elle. Cette reconnaissance lui permet aussi, très concrètement, de prendre sa retraite de façon anticipée.

Du côté syndical, l’espoir est immense. François Dosso, membre de l’équipe cancer du sein de la CFDT, estime qu’il faut désormais convaincre les personnes travaillant dans l’aérien que cette démarche est possible, et parfois nécessaire. Selon lui, entre 30 et 40 demandes similaires sont déjà en cours pour des aides-soignantes et des infirmières, un signe que le mouvement pourrait s’accélérer bien au-delà de l’aviation.

Air France, de son côté, précise ne pas avoir été partie prenante de la procédure et n’avoir pas eu connaissance de la motivation exacte du jugement. La compagnie affirme que la santé de ses collaborateurs reste « un impératif absolu », avec un suivi médical allant au-delà des minima réglementaires.

Avec près de 13 000 décès annuels, le cancer du sein demeure le cancer le plus meurtrier chez les femmes en France, et l’Anses doit publier à l’automne 2027 les résultats de son expertise sur ce lien avec le travail de nuit et les rayonnements.

Une décision de justice, un précédent, et peut-être bientôt des dizaines d’autres femmes qui oseront enfin franchir le pas. L’histoire de Sophie Lainault ne s’arrête pas à Bayonne : elle vient peut-être de réécrire les règles pour tout un secteur.

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