Manquer de soleil serait encore plus dangereux que fumer : ce que révèle cette étude suédoise qui fait froid dans le dos
Pendant des années, le discours de santé publique a surtout insisté sur un point. Il faut se protéger du soleil pour réduire le risque de cancers cutanés. Pourtant, une vaste étude suédoise. Menée sur près de 30 000 femmes pendant vingt ans, a relancé le débat sur le manque de soleil. Ses auteurs ne disent pas que les UV sont inoffensifs. En revanche, ils estiment que l’évitement systématique du soleil pourrait être associé à une hausse de la mortalité globale d’une ampleur comparable à celle du tabac. Au moins dans leur cohorte.
Le sujet mérite d’être traité avec prudence, car il touche à deux réalités qui coexistent. D’un côté, l’Organisation mondiale de la santé rappelle que l’exposition excessive aux UV augmente bien le risque de cancer de la peau. Et que les cabines UV sont à éviter. De l’autre, l’OMS indique aussi qu’une certaine quantité d’UV est bénéfique pour la santé, notamment pour la vitamine D. Toute la difficulté consiste donc à sortir d’un message trop binaire.
Une étude suédoise de très grande ampleur, suivie sur vingt ans
Le travail le plus souvent cité dans ce débat a été dirigé par le Dr Pelle Lindqvist. Et ses collègues, à partir de la cohorte MISS, pour Melanoma in Southern Sweden. La première publication marquante, parue en 2014 dans BMJ Open, a porté sur 29 518 femmes suédoises âgées de 25 à 64 ans au départ. Recrutées entre 1990 et 1992 puis suivies pendant vingt ans. Les chercheuses et chercheurs ont comparé leurs habitudes d’exposition solaire et leur mortalité toutes causes confondues.
Le résultat principal a frappé les observateurs. Dans cette cohorte, les femmes qui évitaient le plus le soleil présentaient une mortalité plus élevée. Que celles qui s’exposaient davantage. Les auteurs ont même estimé que le taux de mortalité des femmes qui évitaient le soleil était environ deux fois plus élevé que dans le groupe le plus exposé. Avec un risque attribuable dans la population évalué à 3 %.
Deux ans plus tard, la même équipe a affiné l’analyse dans le Journal of Internal Medicine. Cette fois, elle s’est penchée sur les grandes causes de décès. Les auteurs y écrivent qu’une femme non-fumeuse évitant le soleil avait une espérance de vie similaire à celle d’une fumeuse. Appartenant au groupe le plus exposé au soleil. C’est de là que vient la formule devenue virale. Selon eux, l’évitement solaire représenterait un facteur de risque de décès « d’une ampleur similaire » à celui du tabagisme.
Pourquoi le manque de soleil intrigue autant les médecins
Une telle conclusion ne signifie pas que le soleil protège de tout, ni qu’il faudrait bronzer sans retenue. Elle montre surtout qu’un manque de soleil prolongé pourrait s’inscrire dans un ensemble de mécanismes biologiques utiles à l’organisme. Le plus connu concerne la vitamine D, produite par la peau sous l’effet des UVB. L’Inserm rappelle d’ailleurs que notre peau synthétise un précurseur de la vitamine D lorsqu’elle est exposée aux rayonnements ultraviolets du soleil.
En France, l’Anses indique que deux voies permettent de couvrir les besoins quotidiens : l’exposition au soleil et l’alimentation. L’agence évoque en particulier une exposition de 15 à 20 minutes en fin de matinée ou dans l’après-midi comme repère général pour assurer un apport quotidien suffisant, tout en restant dans une logique de modération.
Il n’y a toutefois pas que la vitamine D. Des travaux de synthèse récents soulignent que l’exposition solaire déclenche aussi d’autres réponses physiologiques, notamment la libération d’oxyde nitrique dans la peau, ce qui peut favoriser une vasodilatation et contribuer à faire baisser la pression artérielle. Ces hypothèses sont régulièrement avancées pour expliquer pourquoi les bénéfices du soleil ne se résument pas à la seule santé osseuse.
Cœur, diabète, mortalité globale : ce que suggèrent vraiment les données
L’étude suédoise de 2016 apporte un élément important de nuance. Les femmes les plus exposées au soleil présentaient bien davantage de cancers cutanés, mais elles avaient aussi une mortalité plus faible liée aux maladies cardiovasculaires et aux causes non cancéreuses, comparées aux femmes qui évitaient le soleil. En d’autres termes, la balance globale n’allait pas forcément dans le sens que beaucoup imaginaient.
Ce point est central, car il évite les caricatures. Oui, une surexposition solaire augmente les risques dermatologiques. Mais non, cela ne signifie pas qu’une stratégie de « zéro soleil » soit optimale pour la santé générale. Dans les pays peu ensoleillés une grande partie de l’année, les auteurs de la cohorte suédoise estiment même que des recommandations trop restrictives pourraient être nuisibles aux femmes.
Le contexte suédois compte beaucoup. La latitude, la durée de l’hiver, l’intensité du rayonnement solaire et les habitudes de vie ne sont pas les mêmes qu’en Méditerranée. C’est précisément pour cette raison qu’il serait excessif de transformer cette étude en consigne universelle. Les données restent observationnelles, sur une population donnée, et elles ne prouvent pas à elles seules qu’un supplément de soleil ferait mécaniquement gagner des années de vie à tout le monde.
Ce que l’étude ne dit pas, et pourquoi il faut éviter les raccourcis
Le grand risque, avec ce type de sujet, est de basculer d’un excès à l’autre. Les travaux de Pelle Lindqvist ne disent pas qu’il faut s’exposer aux heures les plus fortes, ni qu’il faut renoncer à la crème solaire, ni que les coups de soleil seraient anodins. L’OMS continue de rappeler que les expositions excessives, surtout répétées, augmentent le risque de cancer de la peau et d’autres cancers cutanés, et que les cabines UV ne constituent pas une solution acceptable.
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Santé publique France tient d’ailleurs une ligne assez claire : quand l’indice UV grimpe, il faut rechercher l’ombre aux heures les plus risquées, porter des vêtements protecteurs, un chapeau, des lunettes, et utiliser une protection solaire adaptée. L’agence rappelle aussi que la meilleure manière de prévenir les dommages est la vigilance constante, car la vitamine D est produite rapidement par la peau et qu’il n’est pas nécessaire de prolonger l’exposition pour maintenir son taux.
C’est probablement là que se trouve le point d’équilibre le plus crédible. Le soleil a des effets utiles, mais ces effets ne justifient ni l’exposition prolongée ni la recherche du bronzage à tout prix. Les bénéfices évoqués par la littérature portent surtout sur des expositions courtes, régulières et raisonnables, pas sur les coups de soleil ou les séances d’UV artificiels.
Faut-il revoir notre rapport au soleil ?
La vraie leçon de cette étude suédoise n’est pas qu’il faudrait choisir entre peur des UV et culte du bronzage. Elle est ailleurs : notre rapport au soleil a parfois été résumé à un message trop simpliste. Or la santé publique fonctionne rarement bien avec des slogans absolus. Entre l’exposition excessive et l’évitement permanent, il existe une zone de bon sens qui explique aussi pourquoi le soleil nous rend heureux, une sensation que plusieurs institutions reconnaissent déjà, chacune avec ses nuances.
En pratique, le manque de soleil peut devenir un sujet particulièrement pertinent en hiver, dans les régions peu lumineuses, chez les personnes très sédentaires, ou chez celles qui passent l’essentiel de leurs journées en intérieur. Cela ne veut pas dire qu’une promenade au soleil remplace une consultation médicale, ni qu’elle suffit à corriger toutes les carences. Mais cela rappelle qu’une vie entièrement coupée de la lumière naturelle n’est probablement pas neutre.
Autre point important : les besoins varient selon le phototype, l’âge, la latitude, la saison, les vêtements portés, les habitudes de vie et certains problèmes de santé. Les recommandations individualisées restent donc préférables aux injonctions uniformes. Le BMJ rapportait déjà en 2016 que les consignes d’exposition solaire devaient être adaptées aux individus, tout en rappelant que la plupart des gens peuvent produire suffisamment de vitamine D grâce à de courtes périodes au soleil, sans aller jusqu’au coup de soleil.
Un équilibre d’exposition au soleil à avoir
Cette étude suédoise n’autorise pas à dire que le soleil serait sans danger. En revanche, elle oblige à regarder les choses de façon plus complète. Oui, les UV peuvent abîmer la peau et favoriser certains cancers. Mais un évitement systématique du soleil, surtout dans des pays où la lumière manque déjà une bonne partie de l’année, pourrait lui aussi avoir un coût sanitaire réel. Le message le plus sérieux n’est donc ni « fuyez le soleil » ni « exposez-vous sans limite ». Il tient plutôt en une formule simple : chercher un équilibre, sans oublier que le corps humain a aussi besoin de lumière.
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