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Banni de nos assiettes depuis 2020, ce colorant blanc se cache encore dans 4 000 médicaments

Publié par Cassandre Jolivet le 15 Oct 2026 à 17:55
Comprimés blancs enrobés répandus sur une table en bois

Un comprimé pour un mal de tête, une gélule pour l’estomac : on avale sans y penser. Pourtant, un pigment blanc interdit dans votre assiette depuis 2020 serait toujours présent dans plus de 4 000 médicaments, selon 60 Millions de consommateurs. Son nom, les boîtes où il se planque et la méthode pour le repérer sont plus bas.

Chassé de l’assiette, toléré dans la pharmacie : l’étrange deux poids deux mesures

Le ministère de l’Économie et des Finances le rappelle : depuis le 1er janvier 2020, les denrées alimentaires contenant ce pigment ne doivent plus être mises sur le marché français. La France est alors le premier pays européen à tourner la page.

Deux ans plus tard, en janvier 2022, la Commission européenne étend l’interdiction aux Vingt-Sept. Officiellement, le colorant a donc disparu de nos repas dans toute l’Union. Fin de l’histoire ? Pas vraiment.

Pour les médicaments, Bruxelles a choisi une autre voie. Le colorant y reste autorisé provisoirement, en tant qu’excipient, c’est-à-dire la substance qui accompagne le principe actif. Le temps que les laboratoires reformulent leurs produits.

La raison avancée : éviter les ruptures de stock et les problèmes de stabilité des comprimés. L’argument se tient sur le papier. Il laisse pourtant une situation curieuse : ce que la loi écarte de votre assiette, elle le tolère dans votre armoire à pharmacie.

Selon 60 Millions de consommateurs, plus de 4 000 spécialités courantes en contiendraient, y compris des antalgiques en vente libre. Un sujet qui fait écho à la face méconnue de certains médicaments courants. Reste à comprendre pourquoi l’association parle de toxicité.

Une trentaine d’études, une saisine de la justice européenne… et un nom enfin dévoilé

Toujours selon 60 Millions de consommateurs, ce pigment a été interdit dans l’alimentation pour sa « toxicité potentielle sur l’ADN ». Ses nanoparticules favoriseraient aussi des maladies immunitaires, inflammatoires et métaboliques. Le mot clé reste « potentielle » : le débat scientifique n’est pas tranché.

L’association Avicenn, spécialisée dans la veille sur les nanomatériaux, refuse pourtant d’attendre. Elle a recensé plus d’une trentaine d’articles scientifiques récents signalant des effets indésirables après ingestion. Même terrain que cette enquête sur des cosmétiques populaires et une substance interdite.

Selon Avicenn, ces travaux auraient été ignorés. « Mais ils n’ont pas été pris en compte, ni par la Commission européenne ni par l’Agence européenne des médicaments (EMA) », déplore Mathilde Detcheverry, de l’association.

Du côté des autorités, la ligne reste prudente : le bénéfice des médicaments est démontré, alors que les risques potentiels de cet excipient restent discutés. Personne ne demande donc d’arrêter son traitement.

En octobre 2025, Avicenn a franchi un cap en saisissant la justice européenne pour contester ce maintien. Le bras de fer est lancé. Reste la question que vous vous posez depuis le début : de quel pigment parle-t-on ?

Il s’agit du dioxyde de titane, aussi appelé TiO2 ou E171. Ce colorant blanc sert d’excipient dans des milliers de spécialités, antalgiques en vente libre compris. Voilà le suspect : encore faut-il savoir dans quelles boîtes il se glisse.

Mains de pharmacien tenant une boîte et une notice

Où il se planque vraiment, et comment le débusquer sans être pharmacien

Avant de fouiller votre armoire, un réflexe : même pour les médicaments contre le rhume, la notice reste votre meilleure alliée. C’est elle qui livre la clé de l’énigme.

Dans la pratique, le dioxyde de titane se cache surtout dans l’enrobage des comprimés, les gélules et les capsules molles. Les formes effervescentes, les poudres et de nombreuses solutions buvables en contiennent beaucoup moins souvent.

Le piège, c’est que la boîte ne dit presque jamais rien. Pour connaître la liste complète des excipients, il faut lire la notice ou demander au pharmacien de l’afficher sur son écran.

Autre piste : la base de données publique des médicaments. Il faut chercher non pas le nom commercial, mais la dénomination commune internationale, par exemple ibuprofène ou paracétamol.

Ensuite, on ouvre chaque fiche et son résumé des caractéristiques du produit, le fameux RCP, pour y traquer la mention « dioxyde de titane ». C’est fastidieux, mais c’est exactement la méthode utilisée par 60 Millions de consommateurs.

Résultat de ce travail : une liste de médicaments en vente libre sans E171, mise à jour sur le site du magazine. De quoi gagner un temps précieux avant de vider votre armoire à pharmacie. Mais attention : une mauvaise idée guette ceux qui veulent aller trop vite.

Ce qu’il faut faire, et surtout ne pas faire, dès ce soir

Première règle, rappelée par les autorités : ne jamais interrompre seul un traitement, même si le médicament contient du dioxyde de titane. Le bénéfice du médicament est démontré, alors que les risques de l’excipient restent discutés.

Deuxième règle : on ne bricole pas. Ne pas ouvrir les gélules, ne pas croquer ni rincer les comprimés pour retirer l’enrobage, surtout lorsqu’ils sont conçus pour être gastro-résistants. Ce type de comprimé doit rester intact pour agir au bon endroit.

Le bon réflexe consiste à en parler à son médecin ou à son pharmacien. Il pourra proposer, si elle existe, une spécialité équivalente sans TiO2, avec le même principe actif, le même dosage et la même efficacité. Une logique d’équivalence proche de celle des génériques, comme ce tube de Voltarène à 8 € dont le générique tombe à 2 €.

Reste à surveiller la suite. La saisine de la justice européenne par Avicenn pourrait relancer le débat sur la prolongation de l’autorisation, et les laboratoires restent censés reformuler leurs produits.

Le sujet des médicaments bouge d’ailleurs vite : ce changement qui ne plaira pas aux plus de 60 ans en est un autre exemple.

Ce qu’on retire de l’assiette peut rester dans la boîte à pharmacie, et la seule façon de le savoir tient en une notice. Et si vous croyez que l’assiette est désormais sans danger, ce que 60 Millions de consommateurs a trouvé dans les pâtes risque de vous faire relire vos placards. Quant aux médicaments du passé, celui qui était en réalité un antigel détourné prouve que la vigilance n’a rien de nouveau.

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