Mélanome : Nathalie a testé le premier vaccin contre le cancer à prouver son efficacité, 42 % de risque en moins

Une petite tache noirâtre sur le bas d’une jambe, qu’on regarde sans trop y penser. Pour Nathalie, ce détail a tout changé : elle fait partie des quelque 1 100 personnes qui ont testé un vaccin contre le mélanome. Les résultats viennent d’être présentés à Madrid, et un chiffre précis a déclenché les applaudissements de la salle.
Une excroissance grosse comme une pièce de cinq centimes : comment Nathalie s’est retrouvée dans l’essai
Tout commence dans le Loiret. Son mari, Jean-Marie, observe depuis un moment une petite excroissance noirâtre sur le bas de sa jambe gauche. Elle a la taille d’une pièce de cinq centimes.
Leur petit-fils, lui, en est un peu effrayé. Le détail compte : ce sont parfois les proches qui voient avant nous ce qui cloche sur notre peau. Nathalie finit par consulter, selon le récit publié par Le Parisien.
Il y a trois ans, une dermatologue d’Orléans la fait revenir en urgence pour retirer la lésion. Sur place, Nathalie se doute tout de suite qu’il s’agit probablement d’un mélanome. Ce cancer de la peau peut passer inaperçu, comme le montre l’histoire de cet adolescent dont le médecin a confondu le premier signe avec un symptôme de puberté.
Ce qu’elle n’imagine pas à ce moment-là, c’est la suite. Elle va rejoindre environ 1 100 personnes dans le monde, toutes engagées dans un essai ambitieux. Leur point commun : tester le tout premier vaccin thérapeutique contre le cancer à faire la preuve de son efficacité, d’après le quotidien.
Un vaccin thérapeutique ne protège pas d’une maladie à venir. Il s’ajoute au traitement d’un cancer déjà diagnostiqué, pour tenter d’empêcher son retour. Reste à savoir ce que cet essai a réellement montré, et ce n’est pas qu’une question de pourcentage.
Phase 3, congrès de Madrid : l’étape que tous les laboratoires attendent
Dans le monde de la recherche, la phase 3 est le moment de vérité. C’est celle dont les résultats permettent à un laboratoire de déposer une autorisation de mise sur le marché. Le candidat testé ici porte le nom d’intismeran.
Les résultats définitifs sont présentés ce samedi après-midi au congrès de la société européenne de cancérologie, l’Esmo, à Madrid. Un rendez-vous scruté par toute la profession. Quand une salle applaudit un résultat de ce type, c’est rarement par politesse.
Le principe de l’essai est simple à comprendre. Des patients ont reçu le vaccin en plus de l’immunothérapie, le traitement classique. D’autres n’ont reçu que cette immunothérapie. On compare ensuite combien de personnes rechutent dans chaque groupe.
Cette idée d’un vaccin pensé pour chaque malade n’est pas nouvelle sur le site : nous avions déjà parlé d’un vaccin à ARN fabriqué sur mesure contre le mélanome. Mais ici, on parle de résultats définitifs, présentés devant les spécialistes du monde entier.
Alors, que disent les chiffres ? Deux ans après le traitement par vaccination, 82 % des patients n’ont pas connu de récidive de leur cancer. Chez ceux qui avaient seulement reçu l’immunothérapie, ils sont 70 %. Et c’est là que la professeure qui présentait l’étude a ajouté deux autres chiffres, bien plus parlants.
Pourquoi 12 points d’écart valent bien plus qu’ils n’en ont l’air
Sur la peau, une lésion qui ne guérit pas ou qui change d’aspect ne se discute pas, comme le rappelle ce bouton qui ne guérit jamais. Mais revenons à Madrid, et à ce qui a fait réagir la salle.
Passer de 70 % à 82 %, cela peut paraître modeste pour un profane. Retournons le calcul : 18 % de rechutes dans le groupe vacciné, contre 30 % avec le traitement seul. Là, l’écart saute aux yeux.
C’est ce qu’a expliqué la professeure Georgina V. Long, de l’université de Sydney, en Australie. « Cela représente une diminution du risque de décès ou de rechute de 42 % par rapport au traitement standard », a-t-elle souligné. Sous les applaudissements de la salle.
Elle a ajouté un second chiffre : 38 % de réduction du risque d’apparition de métastases. Pour une personne qui a déjà vécu un cancer, c’est la crainte numéro un : que la maladie revienne ailleurs dans le corps.
Voilà la réponse à la question posée par ce vaccin. Il ne guérit pas à lui seul, mais ajouté au traitement classique, il fait nettement reculer le risque de retour de la maladie. Selon Le Parisien, c’est le premier vaccin thérapeutique contre le cancer à en faire la démonstration.
Et pour Nathalie, comment cela s’est-il passé au quotidien ? Sa réponse tient en une phrase, et elle est rassurante.

Ce que ça change pour les patients, et pour la suite
Le témoignage de Nathalie donne le ton : « Je ne me suis jamais sentie malade ou inquiète ». Cette phrase, rapportée par le quotidien, résume ce que beaucoup de patients espèrent d’un traitement : qu’il protège sans bouleverser leur vie.
Concrètement, l’étape suivante est administrative. Ces résultats de phase 3 sont ceux qui permettent à un laboratoire de déposer une demande d’autorisation de mise sur le marché. Le dépôt n’est pas une autorisation, et la source ne précise ni calendrier ni date.
Ce succès s’inscrit dans une série de résultats encourageants en cancérologie. On pense à cette trithérapie française qui fait disparaître la tumeur chez un patient sur deux dans le cancer du poumon. Ou encore à ce traitement qui a fait disparaître la tumeur chez tous les patients d’un essai sur le cancer du rectum.
Chaque cancer a ses règles, et un résultat obtenu sur un type de tumeur ne se transpose pas automatiquement à un autre. Mais le message est clair : les traitements qui aident le système immunitaire occupent une place grandissante dans les congrès. Celui de Madrid en est une nouvelle illustration.
Ce qu’il faudra surveiller : la décision sur une éventuelle mise sur le marché, puis l’accès réel des patients à ce vaccin. Ce sont les deux questions qui détermineront si cette avancée change vraiment le quotidien des malades.
Pour Nathalie, une chose est déjà acquise. Une tache repérée par son mari l’a menée, sans qu’elle le sache, au cœur d’une étape majeure de la recherche.
Un vaccin, 42 % de risque en moins : voilà ce que retiendront les patients de ce congrès. Ça ne guérit pas tout, mais ça fait reculer la rechute. Et si la science avance parfois par des pistes inattendues, celle qui consiste à avaler des selles pour vaincre le cancer divise encore les spécialistes. Quant à votre propre corps, ces démangeaisons persistantes que certains oncologues relient à quatre types de cancers méritent peut-être plus d’attention que vous ne le pensez.