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Ni la NASA ni la marine : ce milliardaire a dépensé une fortune pour repêcher les moteurs d’Apollo 11

Publié par Cassandre le 22 Sep 2026 à 15:24
Moteur de fusée corrodé au fond de l'océan

Imaginez un autobus en acier, capable de développer une poussée de plusieurs centaines de tonnes, qui repose depuis plus de quarante ans dans le noir absolu des fonds marins.

C’est exactement le sort qu’ont connu deux moteurs de la fusée Saturn V, ceux-là mêmes qui ont propulsé Apollo 11 vers la Lune en 1969. Personne à la NASA n’avait jugé bon d’aller les chercher.

Ce qui les a finalement fait remonter à la surface n’a rien à voir avec une agence spatiale ou une flotte militaire.

Des mastodontes abandonnés au fond de l’Atlantique

Pour comprendre comment on perd des moteurs aussi imposants, il faut revenir au fonctionnement même d’une fusée à étages. La Saturn V se délestait de ses parties une fois leur carburant épuisé, un peu comme un feu d’artifice qui perd ses éléments au fur et à mesure de son ascension.

Le premier étage, équipé de cinq moteurs F-1, n’a fonctionné qu’environ 150 secondes, le temps d’arracher l’engin à l’attraction terrestre. Une fois ce travail titanesque accompli, il s’est détaché et a chuté vers l’océan, comme les découvertes scientifiques les plus improbables finissent parfois par attendre des décennies avant d’être exhumées.

Dans les années 1960, la priorité de la NASA était la conquête lunaire, pas le recyclage spatial. Ces débris, une fois tombés dans l’Atlantique, étaient tout simplement considérés comme perdus. Ils ont ainsi dormi depuis le 16 juillet 1969 par 4 300 mètres de fond, sous une pression écrasante, dans un silence que même les mystères comme celui de la pyramide de Gunung Padang n’égalent pas en durée d’oubli.

Le pari fou d’un patron de la tech

C’est en 2012 que l’histoire bascule. Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et déjà engagé dans la conquête spatiale via sa société Blue Origin, annonce avoir localisé les moteurs grâce à un sonar de mer profonde. Une prouesse en soi : chercher un objet précis dans l’immensité de l’Atlantique revient à trouver une aiguille dans une botte de foin version abyssale.

Il faudra près d’un an de préparation avant qu’une véritable expédition, financée intégralement sur les fonds personnels de Bezos, ne parvienne à remonter des composants en mars 2013. L’entrepreneur, dont l’appétit pour les grandes ambitions technologiques rappelle celui d’autres figures comme Elon Musk, décrira la scène sous-marine comme « un jardin de sculptures incroyable, fait de moteurs F-1 tordus, racontant l’histoire d’une fin brutale et enflammée ».

Identifier formellement les pièces prendra encore des mois. Il faudra attendre juillet 2013 pour qu’une inscription presque invisible, dissimulée sous une épaisse couche de corrosion, tranche le doute : le chiffre 2044, gravé sur le métal, confirme que ce moteur provient bien du lanceur d’Apollo 11.

Un détail minuscule pour clore un mystère vieux de plusieurs décennies, à l’image de ces grandes fortunes de la tech comme celles qui pilotent aujourd’hui l’intelligence artificielle et se découvrent une passion soudaine pour l’histoire spatiale.

Récupération d'un moteur de fusée sur un navire

11 300 kilos de ferraille, propriété de l’État américain

L’expédition a permis de récupérer au total 11 300 kilogrammes de composants, envoyés ensuite au Kansas Cosmosphere and Space Center pour y être traités, un peu à la manière dont on a réussi à décoder les géoglyphes de Nazca grâce à des méthodes qu’on n’imaginait pas il y a vingt ans.

Le choc de l’amerrissage, à des vitesses considérables, associé à plus de quarante ans d’immersion, avait littéralement déchiqueté ces structures pourtant massives. Le travail des conservateurs ne vise donc pas à reconstituer les moteurs dans leur état d’origine : il consiste avant tout à stopper la corrosion et à stabiliser les artefacts, sans chercher à les réassembler.

Un détail mérite d’être souligné : malgré un financement entièrement privé, la propriété des pièces n’a jamais été remise en question. Les moteurs F-1 restent la propriété du gouvernement américain, qui a réparti ces reliques entre plusieurs musées.

Un jeu de pièces a été offert au Smithsonian pour le National Air and Space Museum de Washington, tandis que les composants d’un second moteur ont rejoint le Museum of Flight de Seattle, preuve que la curiosité privée peut parfois surpasser l’ingéniosité collective qu’on retrouve chez certains animaux capables de résoudre seuls des problèmes complexes.

Il aura fallu la curiosité et le portefeuille d’un particulier pour redonner vie à ce chapitre englouti de la conquête lunaire, là où une agence gouvernementale n’aurait probablement jamais engagé de tels moyens. L’histoire spatiale ne se limite décidément pas aux étoiles : elle se cache parfois dans les profondeurs les plus sombres de nos océans. Combien d’autres trésors technologiques attendent encore, quelque part, d’être redécouverts ?

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