« Je suis épuisée par le moindre effort » : en arrêt maladie, elle fait un Hyrox et perd son travail

Un arrêt maladie n’autorise pas tout, même quand le médecin invoque la fatigue. Une salariée néerlandaise en a fait l’amère expérience après avoir participé à une compétition sportive éprouvante en pleine incapacité de travail. Son employeur l’a découvert, et la sanction est tombée sans préavis ni indemnité. Reste à savoir ce que la justice a finalement tranché, et pourquoi son argument n’a convaincu personne.
Une salariée déjà sous surveillance avant son arrêt maladie
Embauchée en 2025 dans une agence immobilière néerlandaise pour un contrat de 28 heures par semaine, la salariée peinait dès ses débuts à honorer ses horaires. En cause, des « contraintes personnelles » qu’elle invoquait régulièrement pour justifier retards et départs anticipés.
Son employeur avait pourtant tenté d’arranger les choses en lui accordant le lundi comme jour de repos, à condition qu’elle rattrape les heures manquées plus tard. Un compromis qui n’a jamais suffi : le déficit d’heures continuait de se creuser semaine après semaine.
Elle réclamait aussi fréquemment d’inverser ses jours de travail, devait partir plus tôt le mardi pour récupérer sa fille à l’école, et quittait régulièrement son poste avant l’heure les autres jours. Ses collègues, eux, devaient combler ces absences à répétition, ce qui alimentait les tensions au sein de l’équipe.
Face à ce climat, la salariée s’est vu refuser une demande de passage à temps partiel. C’est peu après ce refus qu’elle a commencé à enchaîner les arrêts maladie, une situation que son employeur, comme le rapporte le quotidien néerlandais AD, allait bientôt regarder d’un autre œil. Pourtant, contre toute attente, l’entreprise choisissait encore de lui renouveler son contrat pour un an, à une condition précise que tout employeur confronté à ce type de situation connaît bien : que sa vie personnelle cesse de perturber le fonctionnement du service.
Un message alarmant, puis une découverte qui change tout
Le 13 mars 2026, la salariée envoyait à son employeur un message sans équivoque. Elle y annonçait souffrir d’une mononucléose infectieuse associée à une forte angine, une maladie virale connue pour provoquer une fatigue intense et prolongée.
Dans ce message, elle précisait que son médecin généraliste lui avait conseillé « d’écouter son corps » pour déterminer ce qu’elle pouvait encore supporter. Elle ajoutait être « épuisée par le moindre effort » et dormir une grande partie de la journée, un tableau clinique cohérent avec la pathologie annoncée.
Rien, dans cette description, ne laissait présager la suite. Deux semaines plus tard seulement, alors qu’elle était toujours officiellement incapable de travailler, son employeur apprenait qu’elle avait participé à un Hyrox, une compétition de fitness en salle qui enchaîne 8 kilomètres de course à pied et une série d’épreuves physiques intenses, un format devenu très populaire chez les amateurs de sport d’endurance.
Interpellée sur cette contradiction manifeste entre son état déclaré et son engagement physique, la salariée s’est contentée d’une réponse laconique : « le sport est bon pour la santé ». Une explication que son employeur a jugée totalement insuffisante face à l’ampleur de l’incohérence, et qui allait précipiter la fin de la collaboration.

Le verdict du tribunal : ce que la justice a vraiment retenu
Face à cette réponse jugée dérisoire, l’employeur a décidé de licencier la salariée sans préavis ni indemnité. Une rupture brutale, que l’ex-employée a immédiatement contestée devant la justice néerlandaise.
Devant le tribunal, elle avançait une tout autre version des faits. Selon elle, son arrêt initial découlait avant tout des tensions accumulées au sein de l’équipe, et non de sa seule maladie, une nuance qu’elle jugeait déterminante pour sa défense.
Elle affirmait également que sa direction était parfaitement informée de sa participation à l’événement sportif, puisqu’elle avait formulé, en amont, une demande de congé pour cette date précise. Un argument qui aurait pu peser lourd si l’employeur n’avait pas eu, de son côté, un motif solide et documenté.
Le tribunal a finalement tranché : l’employeur disposait bien de motifs légitimes pour rompre le contrat sans préavis. Toutes les demandes d’indemnisation de la requérante ont été rejetées, la juridiction estimant qu’un effort physique aussi intense que celui d’un Hyrox était incompatible avec l’incapacité de travail déclarée quelques jours plus tôt.
Ce que cette décision change pour les arrêts maladie contestés
Le jugement n’a pas non plus été une victoire totale pour l’employeur. Ce dernier réclamait le remboursement de 2 430 euros, correspondant à 120 heures de travail que la salariée aurait dû rattraper en 2025 sans jamais les effectuer.
Sur ce point précis, le juge a débouté l’entreprise, estimant que les deux parties n’avaient jamais formalisé d’accord clair sur les modalités de ce rattrapage. Une leçon qui vaut aussi pour les employeurs : un arrangement informel, même bien intentionné, ne suffit pas toujours devant un tribunal.
L’affaire, largement relayée après sa publication par le quotidien AD, a suscité de nombreuses réactions parmi les lecteurs, certains jugeant la décision logique tant l’effort demandé par un Hyrox paraît incompatible avec un épuisement invoqué au travail. D’autres commentaires pointaient plus largement l’attitude de certains jeunes salariés face aux contraintes du monde professionnel, un débat qui dépasse largement ce seul dossier.
Ce type de litige n’est pas isolé : les contrôles autour des arrêts maladie se multiplient, tout comme les décisions de justice sur le sujet, à l’image de ce salarié qui continuait à travailler pendant son arrêt sans perdre ses indemnités. Chaque cas révèle une frontière différente entre droits du salarié et loyauté envers l’employeur.
Un Hyrox de trop, une réponse trop légère, et voilà un an de contrat balayé sans indemnité. L’histoire rappelle qu’un arrêt maladie protège, mais qu’il n’efface jamais totalement le regard de l’employeur sur ce que fait réellement son salarié pendant cette période. Si cette affaire de sport et d’arrêt maladie vous a marqué, ce coureur de trails licencié pour un simple pouce blessé a lui obtenu gain de cause face à son employeur, avec un dénouement radicalement différent. Et avant de juger trop vite ce genre de situation, cette autre affaire d’arrêts maladie en cascade au sein d’une même entreprise montre à quel point les abus peuvent parfois prendre une tout autre ampleur.