Arrêts maladie : 740 000 contrôles prévus en 2026 pour traquer les salariés qui multiplient les médecins
En 2024, plus de 13 000 salariés ont consulté au moins cinq médecins généralistes différents pour se faire prescrire des arrêts de travail. Une pratique baptisée « nomadisme médical » que le gouvernement compte bien freiner — avec un décret attendu à l’automne 2026, 740 000 actions de contrôle, et des sanctions encore tenues secrètes. Voici ce que l’on sait déjà.

Des sommes records qui ont fait réagir l’exécutif
Le gouvernement ne s’en cache plus : les dépenses liées aux indemnités journalières ont atteint des niveaux historiques en 2025. La durée moyenne des arrêts de travail continue d’augmenter, et l’État a décidé de passer à l’offensive pour réduire le déficit public. Plusieurs catégories de salariés sont dans le viseur, mais l’une d’entre elles cristallise l’attention.
C’est le fameux « nomadisme médical ». Concrètement, il s’agit de consulter plusieurs médecins différents pour obtenir des arrêts de travail plus facilement. Pas un second avis pour une pathologie complexe. Non, ici, on parle de salariés qui enchaînent les cabinets pour accumuler les jours d’absence. Les chiffres du ministère du Travail donnent le vertige : en 2024, ces 13 000 assurés identifiés ont obtenu en moyenne 12,4 jours d’arrêt par prescription, auprès de cinq généralistes libéraux différents sur l’année.
L’ampleur du phénomène a poussé le gouvernement à détailler un plan de bataille qui va bien au-delà d’un simple tour de vis. Et les nouvelles règles sur les arrêts maladie annoncées ces derniers mois n’étaient qu’un avant-goût.
740 000 contrôles : comment l’État compte traquer les abus
Le plan d’action déployé tout au long de 2026 repose sur un chiffre massif : près de 740 000 actions de contrôle prévues. Cela représente une hausse de 6 % par rapport à 2025. L’objectif est limpide — identifier les salariés qui multiplient les arrêts maladie en passant d’un cabinet à l’autre.

Une attention particulière sera portée aux arrêts courts répétitifs. C’est souvent le signal d’alarme : un salarié qui cumule des arrêts de trois ou quatre jours, prescrits par des médecins différents, sans que les praticiens aient connaissance des prescriptions précédentes. L’Assurance maladie veut connecter les points.
L’État reconnaît toutefois une nuance importante. Consulter plusieurs médecins peut avoir une justification médicale parfaitement légitime — un spécialiste pour un problème de dos, un autre pour une infection, un troisième en urgence un week-end. Le durcissement des règles sur les arrêts ne vise pas les patients de bonne foi. Seule l’intention frauduleuse sera dans le collimateur.
Mais entre le discours rassurant et la réalité d’un contrôle, il y a un espace flou que beaucoup de salariés redoutent. Et justement, le gouvernement a prévu un dispositif pour éviter les mauvaises surprises.
Un courrier avant la sanction : le filet de sécurité promis
Avant tout contrôle ou sanction, l’Assurance maladie enverra un courrier d’information aux assurés qui cumulent plusieurs arrêts sur un semestre. Le mot clé ici, c’est « accompagnement personnalisé ». L’idée n’est pas de piéger les gens, mais de les alerter que leur profil a été repéré.
Si vous avez eu plusieurs soucis de santé légitimes dans l’année et que vous avez consulté différents praticiens pour des raisons médicales réelles, ce courrier ne devrait être qu’un simple avertissement sans suite. En revanche, pour ceux qui jouent sciemment avec le système, ce sera le premier signal qu’un contrôle approche.
On pense notamment à des cas extrêmes comme celui de ce faux médecin qui avait vendu 44 000 arrêts maladie sur internet pour un million d’euros. Si les fraudeurs professionnels sont une minorité, les « petits arrangements » avec les arrêts courts semblent bien plus répandus que ce que l’on imaginait.
Reste la grande question : que risquent concrètement les salariés pris en flagrant délit ? Pour l’instant, le flou est total.
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Un décret à l’automne 2026 — mais quelles sanctions ?
C’est le point central de ce dossier, et c’est aussi celui sur lequel le gouvernement reste le plus évasif. Un décret sera adopté d’ici l’automne 2026 pour définir l’ensemble des sanctions applicables aux salariés qui abusent du nomadisme médical. Mais à ce stade, rien n’a filtré sur la nature exacte de ces sanctions.
Remboursement des indemnités perçues ? Suspension temporaire des droits ? Pénalités financières ? Tout est sur la table. Ce qui est certain, c’est que le gouvernement veut frapper fort pour envoyer un signal dissuasif. La CNAM a déjà évoqué des limitations à 15 jours pour certains types d’arrêts, et cette logique de restriction pourrait s’étendre.

Un salarié licencié après avoir été dénoncé pendant son arrêt maladie pour avoir travaillé chez un concurrent, un facteur marseillais viré après 20 ans de service pour accumulation d’arrêts… Les cas récents montrent que les conséquences peuvent déjà être sévères, même sans le décret. La nouveauté, c’est que l’État veut systématiser la traque.
Les médecins aussi dans le viseur
Et les salariés ne seront pas les seuls à rendre des comptes. L’Assurance maladie va intensifier son accompagnement — le mot est choisi avec soin — des médecins dont le volume de prescription d’arrêts de travail est jugé « atypique ». Traduction : si un généraliste prescrit significativement plus d’arrêts que ses confrères, il va recevoir de la visite.
Près de 13 000 praticiens seront ainsi « accompagnés » en 2026 par des médecins-conseils, des binômes médico-administratifs ou des délégués de l’Assurance maladie. Le dispositif fonctionne à plusieurs niveaux : d’abord un échange, puis un suivi plus rapproché si les « atypies » persistent. Le sous-texte est clair : certains médecins prescrivent trop facilement, et l’État veut que ça cesse.
Cette double approche — contrôle des patients ET des prescripteurs — est inédite par son ampleur. Elle témoigne d’un changement de paradigme : jusqu’ici, la fraude aux arrêts maladie était traitée au cas par cas, presque artisanalement. Désormais, c’est une politique industrielle de détection qui se met en place.
Ce que ça change concrètement pour vous
Si vous êtes salarié et que vous avez un médecin traitant unique, il n’y a strictement rien à craindre. Les contrôles ciblent les profils qui consultent au moins cinq médecins différents pour des arrêts dans l’année. Un rhume soigné par un remplaçant et une entorse vue aux urgences ne font pas de vous un suspect.
En revanche, si vous faites partie des salariés qui, pour diverses raisons, n’ont pas de médecin traitant fixe — et ils sont des millions en France en raison de la pénurie de généralistes — la situation pourrait devenir inconfortable. Car le système de détection ne fait pas forcément la différence entre un désert médical et une volonté de fraude. C’est d’ailleurs tout l’enjeu du décret à venir : trouver le curseur entre lutte contre les abus et respect des droits des patients.
En parallèle, d’autres mesures touchent déjà le quotidien des salariés. La baisse de l’indemnisation des arrêts entrée en vigueur au printemps, les changements dans les conditions d’indemnisation, ou encore les nouvelles règles pour les congés payés pendant un arrêt dessinent un paysage où l’arrêt maladie devient un sujet de plus en plus encadré.
Une chose est sûre : à partir de l’automne 2026, consulter cinq médecins différents pour des arrêts de travail dans la même année ne passera plus inaperçu. Le gouvernement a les chiffres, les outils de détection, et bientôt le cadre légal pour sévir. Reste à savoir si cette chasse au nomadisme médical épargnera vraiment ceux qui n’ont tout simplement pas trouvé de médecin traitant.